Figure du football amateur à Villiers-le-Bel, où il est responsable du football à 11, Jean-Paul Dédé accompagne au quotidien ses deux fils, Yanis et Noah Dédé Lhomme, dans leur parcours vers le haut niveau. Une aventure familiale qui demande du temps, de l’investissement et des choix parfois difficiles.
Avez-vous poussé vos enfants vers le football ou cette passion est-elle venue naturellement d’eux ?
Je pense qu’ils ont été influencés par leur environnement quand ils étaient petits. Yanis notamment venait souvent avec moi au stade, puisque j’étais entraîneur. Il pouvait passer des journées entières avec moi autour des terrains, donc forcément, il a été plongé dedans assez tôt. Peut-être qu’il y a aussi une part de transmission familiale, mais ils ont surtout eu envie eux-mêmes de faire du football.
Noah, par exemple, n’a pas commencé par le foot. Jusqu’à ses 9 ans, il faisait du judo. Puis un jour, il a voulu essayer le football. Il a participé à un tournoi, a marqué en finale, et je pense que ça a déclenché quelque chose chez lui. Son parcours a d’ailleurs été différent de celui de Yanis. Noah est passé par des clubs amateurs, comme Saint-Brice ou Sarcelles, avant d’arriver à Laval. Yanis, lui, a suivi un parcours de formation plus classique. Deux chemins différents, mais avec la même envie d’aller au bout.
Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre votre rôle de père et celui d’accompagnateur dans leur carrière ?
Cet équilibre n’est pas toujours simple. Il faut reconnaître que cela demande parfois des sacrifices familiaux. Quand on accompagne un enfant dans un projet sportif de haut niveau, cela prend beaucoup de temps et d’énergie. Après, le football est une passion pour moi, donc les accompagner a toujours été naturel. Et puis j’aime ça. J’ai aussi la chance d’avoir une expérience d’entraîneur, ce qui me permet de les accompagner différemment. Quand je regarde leurs matchs, je ne réagis pas uniquement comme un père, mais aussi comme un coach.
Je peux passer du temps à analyser une rencontre, parfois jusqu’à tard dans la nuit, puis revenir avec eux sur certaines actions. Avec Noah cette saison, on débriefe beaucoup : ce qu’il aurait pu mieux faire, les choix qu’il aurait pu prendre, mais aussi les choses qu’il a réussies. Il ne faut pas seulement parler des erreurs. Il faut aussi savoir reconnaître ce qui est bien fait.
Quel conseil donneriez-vous aux parents de jeunes joueurs qui rêvent de haut niveau ?
Le plus important, c’est de rester à sa place de parent. Même quand mes enfants étaient en école de football, je n’intervenais jamais auprès des entraîneurs. Pourtant, j’étais moi-même coach, mais je laissais les éducateurs faire leur travail. Après les matchs, en revanche, nous échangions ensemble. Les enfants ont une mémoire incroyable : ils se rappellent de chaque action, de chaque situation. Quand on revient sur un moment précis, ils savent exactement de quoi on parle.
Ils n’ont pas besoin que leurs parents deviennent des entraîneurs à côté du coach. Ils ont besoin d’être accompagnés et soutenus.
Votre regard reste-t-il objectif lorsqu’il s’agit d’évaluer leurs performances ?
Oui, je pense avoir suffisamment de recul pour être objectif. Je n’ai pas besoin qu’on me dise quand mes enfants ont été bons ou moins bons. Je le vois. Quand ils réussissent, je sais le reconnaître. Et quand ils passent à côté d’un match, je sais aussi leur dire. Le fait qu’ils soient mes enfants ne change pas mon analyse. Je leur explique aussi la réalité du métier : un entraîneur veut gagner. S’il ne fait pas jouer un joueur, ce n’est pas forcément personnel. C’est simplement qu’à ce moment-là, il pense pouvoir gagner avec quelqu’un d’autre.
C’est difficile à entendre pour un jeune joueur, mais c’est la réalité du haut niveau.
Quelles ont été les décisions les plus difficiles à prendre pour protéger leur progression ?
Jusqu’à maintenant, il n’y en a pas eu énormément. La décision la plus importante a concerné Yanis lorsqu’il a choisi de partir à Châteauroux. C’était une décision collective, mais au final, c’est lui qui a toujours eu le dernier mot. Même plus jeune, lorsqu’il avait le choix entre Monaco et Lens, c’est lui qui a choisi son projet. Nous étions là pour conseiller, pas pour décider à sa place. Pour Noah, la situation a été différente. Il se sentait bien à Laval, il avait ses repères et ses amis. Mais parfois, dans une carrière, certaines opportunités ne peuvent pas être refusées.
Un contrat professionnel, c’est une étape majeure. Entre rester dans un cadre amateur et signer professionnel, le choix devient forcément évident.
Comment les agents perçoivent-ils votre rôle auprès de vos enfants ?
Nous faisons partie d’un ensemble autour d’eux. Les agents nous tiennent informés de ce qui se passe, mais la décision finale revient toujours aux garçons. Notre rôle est surtout de donner notre avis, de discuter et d’accompagner. Pour l’instant, les situations n’ont pas été trop compliquées à gérer. On avance tous ensemble, avec beaucoup d’échanges.
Avec le recul, aviez-vous conscience de la difficulté de devenir professionnel ?
Oui, et c’est quelque chose que je leur rappelle souvent : devenir professionnel est extrêmement difficile. On voit surtout ceux qui atteignent l’élite, mais il y a aussi tous les autres. Ceux qui jouent en Ligue 2, en National, en N2… Ce sont aussi des joueurs professionnels qui vivent de leur passion. Les parcours et les réalités financières sont différents, mais ils exercent leur métier. Il faut comprendre que les places sont très rares. Même dans un centre de formation, rien n’est acquis. Le chemin est long et la concurrence est énorme.




























