Ancienne internationale française, Lenaïg Corson poursuit son engagement en faveur du rugby féminin à travers la RugbyGirl Académie. Entre transmission, accompagnement des jeunes filles et lutte contre les violences faites aux femmes, elle incarne une nouvelle génération d’actrices du sport, engagées bien au-delà du terrain.
Passée du statut de joueuse de haut niveau à celui d’entrepreneure engagée, Lenaïg Corson trace une trajectoire cohérente, structurée autour d’un même fil conducteur : utiliser le rugby comme outil de transformation. Fondatrice de la RugbyGirl Académie et d’Impact PlayHer, conférencière, formatrice et ambassadrice pour ONU Femmes France, elle agit aujourd’hui sur plusieurs fronts, du développement du rugby féminin à la prévention des violences sexistes et sexuelles, en passant par le leadership et la cohésion d’équipe.
Un parcours atypique façonné par le collectif
Rien ne prédestinait Lenaïg Corson à devenir une figure du rugby féminin. Elle découvre ce sport à 20 ans, presque par hasard, à l’université de Rennes. Issue d’un parcours en athlétisme, elle cherche alors à sortir d’une pratique individuelle pour rejoindre une dynamique collective. « J’étais très grande, je courais très vite, mais je ne savais pas attraper un ballon. Donc, ça a été un petit peu compliqué au départ. Et finalement, j’ai rapidement trouvé ma place, parce que j’ai senti de la confiance dans le regard des autres. Et c’est comme ça que j’ai accroché. » Très vite, elle s’investit pleinement, enchaînant les entraînements et développant une discipline proche du haut niveau malgré un statut amateur.
Un tournant intervient lorsqu’on lui propose de faire partie des premières joueuses professionnelles. En bénéficiant de meilleures conditions d’entraînement, elle constate concrètement que « dès qu’on met les moyens pour que les joueuses progressent, tout de suite ça fait la différence. » Une exigence qu’elle transpose aujourd’hui dans ses activités, en cultivant discipline, ambition et capacité à fédérer. « C’est ce qui façonne aussi ma personnalité aujourd’hui, je cherche toujours à faire les choses avec beaucoup d’ambition, en étant exigeante, disciplinée et avec cette envie de partager autour de moi. »
La RugbyGirl Académie, un projet éducatif et social
Après avoir anticipé sa reconversion, Lenaïg Corson fonde la RugbyGirl Académie, un programme structuré autour de l’éducation, de l’insertion et de la confiance en soi. L’objectif : aider les jeunes filles, de 12 à 18 ans, à se construire grâce au rugby, en leur donnant des outils concrets pour avancer. Elle résume cette ambition en expliquant vouloir « aussi aider des jeunes filles dans les quartiers à trouver leur voie professionnelle. » En effet, au-delà du terrain, l’académie propose un suivi autour du projet professionnel : savoir se présenter, oser parler, définir une trajectoire. « L’idée c’est vraiment de les accompagner à être mieux dans leur tête et dans leur corps. Pour cela, on s’appuie sur des entreprises qui sont mentors de jeunes filles et qui, par exemple, les accompagnent à refaire leur CV, à se préparer pour un entretien professionnel… » ajoute Lenaïg Corson.
Côté rugby, les filles bénéficient d’un staff diplômé, qui connaît le public féminin. Un dispositif dont toutes ne bénéficient pas durant la saison : « Il y a des filles qui nous racontent qu’en club, elles jouent avec des garçons, qu’elles n’ont pas souvent de ballon. C’est difficile de composer des équipes parce qu’il manque du monde. Les entraîneurs, des fois, ils n’ont pas forcément le temps de bien les coacher ou ils manquent parfois de compétences. » rapporte Lenaïg Corson. Chaque année, près de 500 participantes bénéficient des différentes actions mises en place. Les retours convergent vers un même constat : un véritable déclic s’opère. Beaucoup ressortent des stages avec une nouvelle perception d’elles-mêmes, convaincues qu’elles sont capables d’agir, d’oser, de s’affirmer.
Un stage pour les femmes, entre confiance, collectif et dépassement des préjugés
Cette dynamique s’étend désormais aux femmes adultes, avec un programme d’une semaine mêlant sport, prise de parole et bien-être. Lenaïg Corson part d’un constat simple : beaucoup de femmes manquent de confiance et n’osent pas franchir certaines étapes, alors que, selon elle, « il ne manque parfois pas grand-chose pour avoir un déclic ». Le cadre collectif, inspiré du rugby, permet alors de libérer la parole et de renforcer l’estime de soi. « Le fait de partager, d’être relancée, d’être encouragée, ça donne une force extraordinaire et je pense qu’entre femmes on se comprend aussi mieux et on se sent aussi peut-être plus à l’aise pour évacuer la charge mentale qu’on peut accumuler. »
Déjà 20 femmes sont inscrites, mais il reste encore des places, ouvertes à toutes, quel que soit le niveau en rugby : « Il y a plein d’a priori, comme quoi c’est agressif mais en fait le rugby c’est surtout un sport ou la sororité est clé ». Ce stage de rugby pour les femmes s’inscrit aussi dans les actions développées par Impact PlayHer qui accompagne les femmes dans le développement de leur confiance, de leur posture et leur capacité à prendre leur place dans le collectif.
Un rugby féminin en progression, mais encore fragile
En une quinzaine d’années, le rugby féminin français a changé de dimension. Le nombre de licenciées est passé d’environ 8 000 à plus de 50 000, une évolution que Lenaïg Corson observe avec lucidité, estimant que « ça avance quand même très fort ». La médiatisation et les performances de l’équipe de France ont contribué à transformer l’image du rugby féminin. Les joueuses ne sont plus uniquement perçues à travers des stéréotypes, mais reconnues pour leur niveau et leur engagement. Comme elle le souligne, elles ont réussi à montrer qu’elles étaient de véritables compétitrices, attachées au jeu et à ses valeurs. « Les jeunes filles peuvent enfin avoir des modèles féminins en regardant les joueuses de l’équipe de France. Chose que nous, on ne pouvait pas avoir, puisque aucun match n’était diffusé à la télévision. » Pour autant, des freins structurels subsistent.
Le manque de formation spécifique des encadrants au public féminin constitue, selon elle, « la plus grosse difficulté » actuelle. À cela s’ajoutent des problèmes d’accès à la pratique, notamment liés au maillage territorial. Dans certains cas, les joueuses doivent parcourir de longues distances pour s’entraîner, ce qui entraîne une perte progressive de pratiquantes. « On a besoin de plus de gens motivés, qui croient vraiment au développement du rugby féminin. Mais tout cela dépend aussi de la gouvernance des clubs, d’où le besoin de féminiser les gouvernances pour inclure beaucoup plus le public féminin dans les discussions, dans les projets et réussir à recruter plus de licenciées dans les clubs. »
Un engagement sociétal au-delà du sport
Au-delà du développement du rugby, Lenaïg Corson s’investit dans des combats sociétaux, en particulier la lutte contre les violences faites aux femmes. Ambassadrice pour ONU Femmes France, elle intervient sur des questions de prévention, de consentement et d’accompagnement des victimes. Elle alerte sur une réalité préoccupante, y compris dans le sport, où les cas de violences sexistes et sexuelles restent présents. « Ce sont des choses qui ne devraient plus arriver dans la société et dans le sport, c’est à nous d’être modèles aussi là-dedans, et aujourd’hui, on ne l’est pas. » Son engagement consiste alors à informer, à sensibiliser et à encourager la prise de parole. Dans un contexte qu’elle juge inquiétant, marqué par une montée de discours antiféministes, elle souligne l’importance de rester mobilisé pour défendre les droits des femmes.
« C’est important de se battre pour que notre parole soit écoutée, pour que demain toutes les femmes victimes puissent oser parler et dénoncer ce qui se passe et que tout simplement les fautifs payent pour ce qu’ils font. » Elle s’interroge aussi sur la manière de représenter celles qui ne peuvent pas s’exprimer, avec une volonté claire de porter leur voix, les représenter, pour qu’elles soient prises au sérieux. Finalement, à travers son parcours et ses initiatives, Lenaïg Corson inscrit le rugby féminin dans une dynamique plus large, où le sport devient un outil d’émancipation. Une approche cohérente avec son message final : croire en soi, oser franchir le premier pas et dépasser les préjugés pour découvrir un sport qui, selon elle, permet avant tout de « prendre énormément de plaisir » et de trouver sa place.
Lien vers son site : lenaig-corson.fr

























