Dynamique positive, essor du rugby féminin et vitrine du haut niveau : la Ligue Centre-Val de Loire de rugby se développe. Mais derrière les chiffres, Rodolphe Estève rappelle les réalités du terrain.
Comment se porte le rugby en Centre-Val de Loire aujourd’hui ?
La dynamique est positive mais elle demande une vigilance de chaque instant. Nous avons réussi à stabiliser nos effectifs au-dessus de la barre symbolique des 11 000 licenciés. Nous sommes passés de 8500 licencié(e)s en 2020 à 11500. C’est une fierté, car nous avons longtemps stagné sous les 10 000. L’effet « Coupe du Monde » a été un catalyseur, mais le défi aujourd’hui est de fidéliser ces nouveaux pratiquants.
Le rugby féminin semble être le grand gagnant de cette croissance. Où en êtes-vous sur ce sujet ?
C’est un axe majeur. Nous observons une progression constante chez les féminines grâce à des actions spécifiques sur le territoire. Mais pour moi, la féminisation ne s’arrête pas au terrain. C’est un enjeu de parité dans nos instances, dans l’arbitrage et au sein des bureaux des clubs. Il nous faut des femmes à tous les niveaux de l’organisation.
Quid du haut niveau ? Orléans évolue en Nationale 2, d’autres projets se développent-ils ?
En effet, des clubs comme Orléans, en Nationale 2, tirent le haut niveau vers le haut. C’est important, c’est une vitrine. En Centre-Val de Loire, nous sommes entourés par une dizaine de clubs de haut niveau des autres régions. Forcément, ça donne envie pour continuer à développer le rugby, à attirer les jeunes dans les clubs. Nous avons accueillis à l’automne dernier une rencontre du XV de France U20 face à l’Afrique du Sud à Châteauroux. Là aussi, c’est le type d’événement lié au haut niveau qui permet de promouvoir le rugby sur notre territoire.
Concernant les structures, avez-vous pu avancer sur le projet de pôle de performance régional ?
C’est un sujet délicat. La Fédération nous incite à monter des structures, notamment pour le haut niveau féminin, mais la réalité financière nous rattrape. Créer un lieu dédié avec un encadrement professionnel pour une douzaine de jeunes joueuses, c’est un budget de plus de 100 000 € par an. Pour l’instant, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions sur ce point précis. On ne sait pas encore comment financer cela sans fragiliser le reste.
Les infrastructures, c’est l’un des sujets majeurs pour la Ligue Centre-Val de Loire. Nous avons beaucoup de zones rurales pour lesquelles les communes n’ont pas de moyens à mettre dans le rugby et son développement. Personnellement, je crois beaucoup à la mutualisation des infrastructures. C’est le cas à Chinon, il y a eu un projet de mutualisation qui concerne la création et l’utilisation d’un terrain synthétique pour les deux disciplines que sont le football et le rugby. De même à Orléans, les travaux à venir au stade d’Olivet vont servir aux deux disciplines.
Pour porter tout cela, il faut des moyens humains. Est-ce difficile aujourd’hui pour une Ligue comme la vôtre ?
Absolument. Il faut arrêter de segmenter. Il y a les bénévoles de terrain et les bénévoles « élus » qui portent des responsabilités juridiques et financières lourdes. Beaucoup de gens pensent que nous sommes salariés, mais nous sommes tous volontaires. Si la France ne reconnaît pas davantage le rôle social des associations sportives, le modèle s’essoufflera. Quand on voit que le budget national du sport est inférieur à celui d’un grand club comme le PSG, il y a de quoi se poser des questions sur nos priorités nationales.
La gestion humaine est donc l’une de vos priorités quotidiennes. Est-ce complexe ?
Une Ligue, c’est avant tout de l’humain : des techniciens, des administratifs, des élus et des bénévoles. Nous faisons face à un turnover important. Par exemple, en cinq ans, j’ai connu trois Conseillers Techniques de Ligue (CTL). Il faut sans cesse recruter, former et intégrer de nouvelles ambitions. Mon rôle, ce n’est pas de parler de tactique de jeu toute la journée, c’est de gérer ces mouvements et de s’assurer que l’information circule bien entre la Fédération, la Ligue et les clubs.


























