Michel Savin : « Le sport français est très inquiet »

Divisé par deux, le budget du Centre national pour le développement du sport (CNDS) fait beaucoup parler. Sénateur Les Républicains de l’Isère, Michel Savin n’a pas hésité à interpeller Laura Flessel sur le sujet. Il se dit très déçu de la réponse de la Ministre des Sports.

 

La baisse de moyens du CNDS préfigure-t-elle une crise du sport français ?

Il y a en tout cas lieu d’être inquiet. On constate une baisse de moitié des moyens du CNDS, qu’en sera-t-il l’année prochaine ? Si j’ai fait cette intervention jeudi lors des Questions au gouvernement au Sénat, c’est parce que plusieurs fédérations, comités régionaux et départementaux font face à de grandes problématiques de financement, aussi bien concernant leurs actions que les équipements. Même chose pour les associations ou les collectivités qui sollicitaient jusqu’à présent l’aide du CNDS. Aujourd’hui, le sport français est très inquiet. Les critères ont changé, ce qui fait que beaucoup sont aujourd’hui exclus du financement du CNDS. Clairement, ce n’est pas la réponse de la Ministre des Sports qui nous a rassurés.

Le « recentrage » de l’action du CNDS, évoqué par Laura Flessel, est-il justifié selon vous ?

Justifié ou pas, il y a des façons de procéder. Je pense que tout le monde partage sa volonté d’une grande réflexion sur la gouvernance du sport en France. Des tables rondes sont organisées sur le sujet et vont déboucher sur des propositions. Attendons tout simplement ces propositions avant de prendre des décisions. Or là, il y a déjà une volonté de recentrer les crédits du CNDS. Le gouvernement met la charrue avant les bœufs.

Faut-il être inquiet pour la compétitivité du sport français ?

C’est certain. On ne peut pas avoir un discours de promotion du sport et d’une hausse sensible du nombre de pratiquants en France, et dans le même temps diviser par deux le budget du CNDS. Ce sont des décisions qui sont incompatibles avec les actions menées sur les territoires, aussi bien par les clubs que par les comités départementaux et régionaux. Si on veut des sportifs de haut niveau, il faut que ces entités puissent fonctionner.
Je ne remets pas en cause la nécessité de soutenir la pratique sportive dans les quartiers défavorisés. Mais, dans le même temps, on ne doit pas oublier d’autres territoires. Comme je l’ai dit jeudi à la ministre, on est là pour l’aider. On ne veut pas augmenter la dépense publique, on veut simplement cibler autrement les recettes de la FDJ vers le CNDS pour développer le sport, qui est aussi l’objectif de la ministre. Mais pour cela, il faut s’en donner les moyens.

Le mode de financement du CNDS doit-il évoluer ?

C’est en effet une question qui doit faire partie du débat. Quelles seront les missions du CNDS ? Doit-il perdurer dans sa configuration actuelle ? Le mouvement sportif doit-il prendre plus de poids dans les décisions prises ? Quel rôle pour les collectivités ?… Ce sont autant de questions qui doivent être débattues. Je ne peux pas imaginer qu’en termes de gouvernance, la situation et l’avenir du CNDS ne soient pas évoqués.

À quelles décisions appelez-vous désormais le gouvernement ?

Je demande tout simplement que l’on puisse rétablir les crédits qui étaient ceux du CNDS jusqu’à présent. Il manque près de 64 millions d’euros. Lors du vote du budget, le Sénat avait proposé d’affecter des crédits de la FDJ, qui sont en augmentation chaque année, au CNDS. On ne demandait pas une augmentation, mais simplement que cette part soit la même que les années précédentes. Le gouvernement a fait un choix différent des années précédentes, au détriment du sport. Il faut donc que sur l’année 2018, lors d’un débat budgétaire rectificatif, la Ministre des Sports récupère un montant de 64 millions d’euros pour le cibler sur le CNDS.

Propos recueillis par Olivier Navarranne

 

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