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Jean-François Vulliez : « Faire émerger le talent, c’est notre objectif »

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Au club depuis 2011, Jean-François Vulliez, 45 ans, a pris la tête du très performant centre de formation de l’Olympique lyonnais depuis un an. Il en décrypte les méthodes et commente le départ de la pépite Geubbels.

 

L’OL vient d’être encore classé meilleur centre de formation des clubs de L1, comment l’expliquez-vous ?

En fait, ce classement tient compte de 5 critères : l’encadrement, le nombre de joueurs qui passent pro, le nombre de pro de moins de 25 ans qui jouent dans un championnat élite, le nombre de diplômés (bac ou bac pro, bep…) et le nombre de joueurs en sélections nationales. On a la chance d’avoir des joueurs formés au club qui jouent dans notre équipe pro. Il y a, à l’OL, une culture de confiance aux jeunes. C’est ce qui permet, depuis plusieurs années, de passer un cap en termes de résultats bruts pour le centre de formation. C’est bien en termes d’images, on est très contents et très fiers, mais on sait que c’est dépendant du nombre de jeunes qui jouent pro. D’où cette réflexion permanente : quels sont les objectifs et moyens à mettre en place quotidiennement pour atteindre des résultats d’excellence ?

Quelle est la spécificité de l’OL en termes de formation ?

Ce sont des valeurs qui sont inscrites depuis très longtemps : des valeurs éducatives fortes, de la patience à voir grandir les jeunes, à les observer et à les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent émerger au plus haut niveau. Faire émerger le talent, c’est notre objectif. Nos quatre valeurs, ce sont humilité, respect, engagement et excellence. À partir de là, la seule valeur c’est la valeur d’exemple.

La préparation mentale est devenue un aspect primordial de la formation des jeunes…

Il y a 3 ans, on s’est demandé comment on pouvait aider les jeunes sur le plan mental : gérer le stress, les peurs, le manque de confiance et de concentration, certains blocages ou encore des difficultés à répéter des efforts sur les transitions au niveau tactique. On se rendait compte que certains jeunes, par rapport, par exemple, à une forte pression externe, avaient besoin de se confier ou n’arrivaient pas à gérer leurs frustrations. On s’est demandé comment les aider à appréhender des événements, sans subir une pression qui vient inhiber leur potentiel. On a alors mis des actions en place et créé une cellule d’habilité mentale. Sont ainsi organisés pour les jeunes à partir de 12 ans des entretiens avec une préparatrice mentale, des séances de yoga, ils voient un hypnothérapeute pour faire de l’hypnose conversationnelle et un apprentissage de technique respiratoire pour gérer les événements. On essaie de trouver les clés de l’apprentissage des jeunes pour mieux communiquer avec eux. Avec des résultats probants puisqu’aujourd’hui, on a constaté une meilleure gestion émotionnelle chez eux et une capacité à prendre conscience que les difficultés ne sont pas une fatalité. On peut travailler les émotions et sur le plan tactique, on a constaté des améliorations visuelles.

L’OL forme davantage de joueurs à vocation offensive que de joueurs à vocation défensive. Comment l’expliquer ?

On n’a pas de recette miracle pour former des attaquants. Cela va vous paraître basique comme explication, mais cela vient simplement de notre propension à organiser beaucoup de jeux sur les buts à l’entraînement. Je vous avoue que cela a été un point d’interrogation. Depuis quelques années, on travaille autant sur la formation des défenseurs. On doit former des joueurs à tous les postes, on forme les gardiens aussi. Il faut que les joueurs soient polyvalents et adaptatifs. La réserve joue généralement dans le même système que les pro, mais les plus jeunes sont utilisés dans différents systèmes pour qu’ils soient capables de s’adapter.

Espérez-vous un jour voir l’OL être composé uniquement de joueurs formés au club ?

Oui, c’est tout à fait l’objectif. Je travaille avec l’équipe technique pour l’atteindre. C’est le rêve et une volonté commune.

Qui est le futur Fekir ?

(rires) Je ne peux pas vous donner de noms, plusieurs joueurs vont pointer leur nom. Mais Nabil Fekir a eu un parcours particulier, il est revenu à l’OL à 18 ans. Il y a un futur Fekir, mais il y en aura aussi un futur Aouar, un futur Lopes, un futur Umtiti, un futur Lacazette ou un futur Tolisso. L’idée, c’est de former des joueurs de cette qualité encore plus régulièrement.

Willem Geubbels (notre photo) aurait pu être le futur Fekir ou Benzema, mais il a signé à Monaco son premier contrat pro plutôt qu’à l’OL. Quel est votre regard sur ce cas ?

Willem, je l’ai connu quand il avait 10 ans, j’ai suivi tout son parcours. C’est toujours dommage qu’un jeune quitte son club formateur, on a beaucoup investi pour l’aider à progresser. Le club a fourni tous les efforts d’encadrement pour qu’il puisse franchir des étapes et atteindre le niveau pro. Le projet était bien établi. Les chemins se séparent toujours à un moment donné, celui-là trop tôt à notre goût.

Comment vivez-vous cette situation ?

C’est frustrant et décevant. Pour moi, le projet de formation est puissant en termes d’éducation et de formation sportive pour le jeune. Tout ça, cela n’a pas de prix. Cela vaut plus que quelques centaines de milliers d’euros que gagnera le joueur à court terme (Geubbels a été transféré pour 20 millions d’euros, NDLR). Je suis déçu que Willem parte car le cadre sportif et éducatif que l’OL lui a proposé et la confiance témoignée était une véritable opportunité pour qu’il réussisse son début de carrière au sein de notre club qui l’a vu grandir, s’épanouir et s’émanciper.

Sylvain Lartaud

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