À seulement 20 ans, Titouan Pilliard s’apprête à prendre le départ de la Route du Rhum 2026. Plus jeune skipper engagé sur cette édition, le Breton ne se présente pas seulement comme un compétiteur. Derrière son projet sportif, il porte une ambition plus large : donner de la visibilité à son initiative Use It Again for Youth.
Originaire de Bretagne, Titouan Pilliard a été immergé très tôt dans l’univers de la voile, presque naturellement. « J’ai toujours vécu au contact de la mer. J’ai été bercé par la navigation« , confie-t-il. Son père, lui-même engagé dans la course au large, organise une épreuve rassemblant plusieurs centaines de bateaux chaque année. Un environnement qui façonne rapidement le regard du jeune Titouan.
À 7 ans, il entre en compétition. Mais c’est en 2018, à 12 ans, que tout bascule réellement : le départ de la Route du Rhum de son père agit comme un déclic. « Ça m’a donné envie de prendre le départ de cette course un jour. » Depuis, le parcours s’est construit étape par étape. Dériveur, compétitions nationales, puis internationales, planche à voile, puis expériences en mer aux côtés de son père. À 16 ans, il traverse l’Atlantique depuis l’Afrique du Sud. Vingt-cinq jours en mer qui marquent un tournant. « C’était une belle traversée.«
Un projet familial et une ambition assumée
Aujourd’hui skipper de son propre bateau, Titouan s’appuie sur un socle solide : une aventure familiale. Son père l’accompagne sur le plan technique, sa mère dirige l’équipe. « C’est une chance énorme de pouvoir compter sur eux« , explique-t-il. Malgré son jeune âge, il revendique sa légitimité. Être le plus jeune au départ de la Route du Rhum constitue un marqueur, mais pas une finalité. « C’est un atout pour la visibilité, mais sur l’eau, je me sens capable comme les autres.
» La préparation, elle, est déjà bien engagée. Entraînement physique orienté cardio, travail musculaire, adaptation progressive aux contraintes de la course au large. Mais au-delà du corps, c’est l’esprit qui doit suivre. Gestion du sommeil fragmenté, anticipation des conditions extrêmes, adaptation au mal de mer. « On ne dort jamais vraiment. Ce sont des rythmes qui sont assez saccadés. » Son objectif reste clair, presque minimaliste en apparence : « Être à l’arrivée, ce sera déjà une victoire.«
Naviguer pour sensibiliser : l’engagement au cœur du projet
Si Titouan Pilliard prend la mer, ce n’est pas uniquement pour performer. Son projet s’inscrit dans une démarche plus globale, tournée vers l’environnement. « Je navigue aussi pour donner de la visibilité à une cause« , affirme-t-il. À l’origine de cet engagement, plusieurs expériences marquantes, dont un passage à Shanghai confronté à une pollution extrême. « On vivait constamment avec des purificateurs d’air dans l’appartement, il y a des moments où on ne pouvait pas sortir et on voyait rarement le ciel bleu. Donc ça a été vraiment le premier choc. D’ailleurs, c’est de là qu’est née l’initiative de mes parents de rénover un ancien bateau de course pour la protection de l’environnement.«
À cela s’ajoutent ses observations lors de voyages, où il constate directement les effets du changement climatique. Avec ses parents, il participe à la rénovation d’anciens bateaux destinés à être abandonnés, en appliquant les principes de l’économie circulaire. Réutilisation de matériaux, transformation d’équipements en fin de vie, détournement des ressources. « On essaie de donner une seconde vie à tout ce qu’on peut. » Cette logique dépasse le cadre technique. Elle devient un outil de transmission. À travers Use It Again for Youth, Titouan fédère une communauté internationale de jeunes engagés. « Aujourd’hui, on est environ 130 dans une dizaine de pays et on a déjà sensibilisé plus de 1300 jeunes. » Le cœur du dispositif repose sur des interventions directes, notamment en milieu scolaire. « Quand ce sont des jeunes qui parlent à d’autres jeunes, l’impact est beaucoup plus fort.«
« J’aime bien les grands défis »
La Route du Rhum 2026 n’est qu’une étape dans un projet plus large. Titouan Pilliard voit déjà plus loin. Dans son viseur : le Vendée Globe 2028. « C‘est une course qui fait rêver et j’aime bien les grands défis. Je me dis aussi qu’être au départ de cette course, en portant les couleurs de Use It Again for Youth, ça peut vraiment avoir un immense impact. » D’ici là, le travail continue. Recherche de partenaires, développement du projet, accumulation d’expérience en mer.
Une construction progressive, où chaque étape compte. À ceux qui souhaitent suivre une voie similaire, il livre un message simple : « Il faut s »entourer, ne rien lâcher et aller au bout de ses projets. » Et sur le terrain environnemental : s’informer, comprendre et s’engager. « Il existe beaucoup de structures qui ont besoin de monde. » À 20 ans, Titouan Pilliard avance avec lucidité. Entre passion héritée et engagement construit, il trace sa route, bien au-delà de la ligne de départ.
