Le développement en milieu scolaire s’affirme comme un pilier stratégique de la Fédération Française de Rugby. Sébastien Carrez, vice-président de la FFR, détaille les ambitions fédérales. Son objectif : lever les freins liés à l’appréhension du contact pour offrir aux enseignants des outils concrets, tout en créant des passerelles durables entre les cours d’école et les clubs.
Depuis le mois de septembre, qu’a développé la Fédération Française de Rugby dans le cadre du développement du rugby scolaire ?
Nous menons de front deux chantiers majeurs. Le premier concerne la signature des conventions avec les ministères de l’Éducation Nationale et des Sports, ainsi qu’avec l’ensemble des fédérations scolaires : l’USEP, l’UNSS, et l’AEFE.
C’est un travail colossal cette année car nous entamons un nouveau cycle de quatre ans. Toutes les fédérations sont dans cette phase de renouvellement. Cela demande énormément d’investissement et de réunions avec les cabinets ministériels et nos collègues du milieu scolaire pour finaliser ces textes que nous signons au fil de l’eau.
Par exemple, la convention UNSS a été signée lors du match France-Italie à Lille, et celle avec l’USEP le sera durant France-Angleterre à Bordeaux. Celle avec le Ministère de l’Éducation Nationale devrait aboutir dans quelques jours, après un dernier aller-retour de vérification entre les cabinets. L’idée est vraiment de caler précisément nos ambitions pour les quatre prochaines années.
Le second grand projet est un programme monté avec la Commission Européenne dans le cadre d’Erasmus. Après avoir créé une ressource pour le cycle 2, nous développons actuellement un outil pour le cycle 3. Nous collaborons pour cela avec la Fédération Néerlandaise de Rugby et un laboratoire d’Éducation Physique et Sportive en Catalogne. Ce partenariat européen est une obligation légale pour le projet, mais c’est surtout une opportunité technique.
Nos collègues néerlandais, très attentifs à notre modèle de rugby scolaire, expérimentent nos contenus sur leur terrain. Quant au laboratoire, il va nous permettre de mesurer l’impact réel de nos actions. Jusqu’ici, nous évaluions souvent le succès par le seul prisme du nombre d’enfants rejoignant un club, ce qui est trop restrictif. Je souhaitais une mesure plus fine, portant sur les compétences et les capacités motrices, pour vraiment évaluer ce que le rugby apporte à l’école.
Vous évoquez ces conventions avec les fédérations sportives scolaires. Pourquoi est-il si crucial de nouer ces liens et ces organismes sont-ils sur la même longueur d’onde que la FFR ?
C’est essentiel car ces fédérations ont une délégation du Ministère pour organiser le sport à l’école, principalement sur le temps périscolaire ou le mercredi, comme pour l’UNSS, même si l’USEP intervient aussi sur le temps scolaire. Ce lien permet de créer une continuité entre l’école et la Fédération Française de Rugby autour de rencontres sportives.
Nous sommes parfaitement alignés. Au-delà du développement moteur de l’enfant, nous travaillons sur des compétences transversales et des valeurs communes. Ce qui est intéressant dans ces conventions, c’est qu’on ne se contente pas de faire pratiquer les élèves : on développe aussi les rôles sociaux. On forme de jeunes coachs, de jeunes arbitres ou de jeunes reporters. Le rugby devient un support pour apprendre différents métiers et responsabilités.
Le rugby à 5 se développe partout sur le territoire. Est-ce le format privilégié en milieu scolaire pour garantir une pratique plus sécurisée ?
C’est une forme privilégiée, mais elle n’est pas unique. L’idée n’est pas que le rugby à 5 vienne « aseptiser » la pratique en remplaçant systématiquement le rugby éducatif au contact ou le plaquage. Le contact reste l’essence de notre sport.
Cependant, le rugby à 5 est une porte d’entrée formidable. Il permet à un enseignant qui débute dans l’activité de se lancer sans appréhension, avec des contraintes matérielles limitées. On peut y jouer dans un gymnase ou dans une cour de récréation puisqu’il n’y a pas de passage au sol. C’est un outil qui répond aux problématiques quotidiennes des professeurs. Mais c’est aussi une pratique qui s’inscrit dans une continuité : on peut commencer par le rugby à 5 et évoluer ensuite vers le contact ou le plaquage sans que l’activité ne soit dénaturée. Nous n’avons rien remplacé, nous avons simplement ajouté une offre pour que chacun s’y retrouve.
Est-ce un moyen de rassurer les enseignants et les parents qui voient encore le rugby comme un sport potentiellement dangereux ?
Absolument. Dans l’imaginaire collectif, le rugby est souvent associé à une certaine brutalité à cause du contact. Ce n’est pas le cas, mais nous ne devons pas nier ces représentations, nous devons les faire évoluer. Proposer une pratique sans contact permet de sécuriser tout le monde : l’enseignant, l’élève et même les parents. Une fois que tout le monde est rassuré et que la formation progresse, le professeur peut choisir d’aller crescendo vers des formes de jeu au contact, puis éventuellement vers le plaquage.
Le développement en milieu scolaire permet-il réellement de gagner des licenciés en club ? Les passerelles fonctionnent-elles ?
C’est l’objectif affiché, tant par le Ministère que par nous. L’élève qui découvre le rugby à l’école doit pouvoir trouver un club de proximité pour continuer. C’est le sens de la convention « Une école, un club ».
Mais au-delà du nombre de licenciés, il y a un principe éducatif : on forme des citoyens, et un citoyen doit pouvoir choisir. Pour être choisi par un enfant, notre sport doit être présent dans le panel qu’il découvre à l’école. Si nous ne sommes pas là, nous n’existons pas dans ses choix possibles.
Nous multiplions aussi les antennes « École de rugby » pour réduire la distance entre les établissements et les clubs. Quant aux chiffres, nous avons désormais un indicateur dans le formulaire de licence qui permet de savoir comment le nouveau joueur est arrivé chez nous. Cela nous donne des retours concrets sur l’efficacité de la découverte en milieu scolaire.
Quelles seront vos priorités pour la rentrée de septembre prochain ?
La priorité absolue reste la formation des enseignants. Nous terminons actuellement le volet ressources avec les livrets cycles 2 et 3, et nous réfléchirons peut-être à un livret pour le cycle 1 (maternelle).
Notre ambition est d’intervenir sur deux fronts : la formation continue et la formation initiale. Pour la formation continue, nos Conseillers Techniques de Clubs (CTC) font déjà un gros travail. Nous avons d’ailleurs obtenu du Ministre une avancée majeure : la formation d’une centaine de formateurs de l’Éducation Nationale qui iront eux-mêmes former leurs collègues. Il est crucial qu’un jeune professeur ait vu, durant sa propre formation, que le rugby est une activité tout à fait praticable et enrichissante en EPS.
