Laure Boulleau : « Le sport est devenu une question de santé publique »

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Avec plusieurs centaines de projets déposés pour sa cinquième édition au Parc des Princes, le programme Sensationnelles confirme l’intérêt croissant des clubs pour le football féminin amateur. Laure Boulleau y voit un signal positif, mais aussi le reflet des difficultés persistantes du monde amateur.

Le football féminin amateur continue de gagner du terrain en France, jusque dans l’enceinte du Parc des Princes, stade du double champion d’Europe en titre. La forte participation au programme Sensationnelles témoigne d’une dynamique réelle, portée par des clubs de plus en plus nombreux à vouloir structurer leurs sections féminines.

« Quand je vois encore des clubs se présenter, je me dis que ce projet plaît. C’est positif », confie Laure Boulleau. Mais derrière cet engouement, l’ancienne internationale française souligne aussi une réalité plus contrastée : celle de clubs amateurs qui peinent encore à se développer dans de bonnes conditions.

Organisé en lien avec la Fédération Française de Football dans le cadre du dispositif Toutes Foot, le programme met en lumière des initiatives locales portées par des bénévoles et des éducateurs engagés. « Je suis contente et en même temps ça m’interpelle, parce que je sais aussi que ce n’est pas tous les jours facile dans le football amateur pour les dirigeants et les bénévoles », reconnaît-elle.

Une reconnaissance qui ouvre des portes

Le football amateur reste le point de départ de toutes les trajectoires. C’est là que naissent les vocations, que les jeunes filles découvrent la pratique et que se construisent les premiers parcours sportifs. Mais ces structures locales manquent souvent de moyens.

Pour Laure Boulleau, les dispositifs d’accompagnement jouent donc un rôle essentiel. Les dotations financières, comme celle de 30 000 euros attribués au premier prix, permettent aux clubs de financer du matériel, d’améliorer leurs infrastructures ou de renforcer leurs actions auprès des jeunes joueuses. Mais l’enjeu dépasse largement la seule dimension économique. La reconnaissance d’un projet au niveau national peut également avoir un effet d’entraînement.

« En termes d’image, ça peut leur permettre d’aller chercher d’autres aides auprès de la mairie, de la région ou du département », explique-t-elle. « Remporter un concours national avec la FFF a une résonance énorme et entraîne beaucoup de choses positives pour les clubs. » Cette visibilité peut ainsi devenir un levier décisif pour la survie et le développement de certaines structures.

Une professionnalisation en marche

Le football féminin a connu de profondes évolutions ces dernières années. Longtemps en quête de légitimité, il a progressivement construit sa propre identité avant de franchir une étape importante vers la professionnalisation. Un tournant symbolique intervient lors de la Coupe du monde 2011 en Allemagne, où l’équipe de France atteint les demi-finales et termine à la quatrième place. Cette compétition marque un premier véritable changement dans la visibilité du football féminin en France.

Pour Laure Boulleau, cette période constitue un déclic : « Les gens sont tombés un peu amoureux de nous à la Coupe du monde 2011, par le football qu’on a produit mais aussi par les personnalités qu’on avait. En plus, on arrivait derrière l’Afrique du Sud des garçons. Donc forcément, les portes étaient ouvertes. »

« On ne s’est pas autant éloigné du football amateur », estime Laure Boulleau. Une proximité qui constitue aujourd’hui encore l’une des forces du développement de la discipline. Parmi les défis majeurs, les infrastructures restent un point sensible. Selon les territoires, l’accès aux terrains et aux équipements demeure inégal, ce qui freine encore la progression de certaines équipes féminines.

Des freins encore persistants

Au-delà des structures, la question de la fidélisation des jeunes joueuses reste centrale. À l’adolescence, beaucoup abandonnent la pratique sportive, un phénomène qui dépasse largement le football.

Pour Laure Boulleau, il est essentiel de mieux valoriser les bienfaits du sport dans cette période clé. « Le sport devient aussi une question de santé publique », explique-t-elle. Au-delà de la performance, il permet de préserver la santé physique et mentale, de renforcer la confiance en soi et de créer du lien social. « Il faut expliquer aux filles tout ce que le sport peut leur apporter », insiste-t-elle.

Une dynamique collective à poursuivre

En 2024-2025, le football féminin français a franchi un cap historique avec plus de 251 000 licenciées, un record pour la Fédération Française de Football. Une progression qui s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration de la discipline.

Mais pour la marraine du programme Sensationnelles, cette évolution ne peut se poursuivre qu’à travers un effort collectif. Clubs, institutions, médias et familles ont tous un rôle à jouer pour permettre aux jeunes filles de trouver leur place durablement dans le football. Une construction progressive, qui repose autant sur les moyens que sur les mentalités.

« On a toujours gardé cette petite authenticité », souligne-t-elle, rappelant que cette proximité avec le monde amateur reste l’une des forces du football féminin français.

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