Le vendredi 29 mai, le Comité d’organisation (COJOP) et le Comité International Olympique (CIO) ont acté le retrait définitif de Nice du dispositif olympique, laissant les épreuves de glace migrer vers Lyon. Pour la Région Sud, les ambitions doivent entièrement se réinventer à moins de quatre ans de l’échéance.
Le choc et la discorde : un « gâchis immense »
Pour Renaud Muselier, président de la Région Sud, la pilule est extrêmement amère. Celui qui avait porté la candidature alpine dès les premières heures ne cache pas son désarroi face à ce qu’il qualifie de recul historique. Interrogé sur ce bouleversement, sa réaction est épidermique. « C’est une immense tristesse, face à ce qui est un immense gâchis. J’ai fait de ma région une région olympique. Mais oui, je suis abattu. Je suis abattu mais combatif, heureux mais désespéré. J’ai envie de pleurer, de joie et de rage. »
Cette fracture est le résultat d’un dialogue de sourds entre la Région et le nouvel exécutif niçois mené par Éric Ciotti. Le maire de Nice a catégoriquement refusé d’immobiliser le stade Allianz Riviera pendant de longs mois pour y installer des patinoires temporaires destinées au hockey sur glace, dénonçant une « aberration environnementale » consistant à produire du froid dans une enceinte de 35 000 places. Éric Ciotti fustige une « sanction politique » et renvoie la responsabilité de l’échec à la Région, tandis que Renaud Muselier regrette la perte de trois ans de travail, balayant l’argument écologique pour pointer du doigt un manque de vision globale.
Le coût de l’éviction : plus d’un milliard d’euros en fumée ?
L’enjeu n’est pas seulement symbolique, il est massivement financier. Selon les calculs de l’exécutif régional, le départ du pôle glace ampute le territoire d’une dynamique économique colossale. L’impact négatif global pour Nice et sa périphérie est évalué par la Région dans une fourchette allant de 800 millions à 1,1 milliard d’euros.
Cette somme intègre 180 à 280 millions d’euros de retombées touristiques et hôtelières directes, 300 millions d’euros d’investissements publics qui devaient financer le village olympique (reconverti ensuite en 300 logements pérennes), le centre des médias et d’importantes infrastructures de transport, et 550 millions d’euros d’activité économique induite pour les entreprises et sous-traitants locaux.
Une lecture économique qu’Éric Ciotti qualifie de « démonstration grotesque ». Selon le maire, le projet représentait un gouffre de 250 millions d’euros de deniers publics pour le bloc local, dont 100 millions d’euros à la charge directe des collectivités niçoises. Préférant le pragmatisme à l’événementiel, l’édile a d’ores et déjà annoncé la réorientation de l’enveloppe municipale de 140 millions d’euros vers le sport de proximité, les clubs amateurs et la rénovation des équipements du quotidien.
« Mettre le paquet sur Briançon »
Avec la sortie de la Côte d’Azur, la Région Sud se retrouve dans une configuration paradoxale : elle n’a plus qu’un seul pôle territorial pour ces Jeux d’hiver, situé à Briançon et dans les stations des Hautes-Alpes (Serre Chevalier, Montgenèvre). L’effort budgétaire de la région PACA ne s’annule pas, il se déplace et se concentre. Renaud Muselier a immédiatement annoncé son intention de recentrer la puissance financière de la collectivité sur ce dernier bastion alpin.
Néanmoins, des zones d’ombre persistent sur la clé de répartition des investissements structurels globaux. Pour le seul budget de fonctionnement 2026 de la Solideo (l’établissement public chargé des ouvrages olympiques), la Région Sud doit contractuellement apporter 11,25 millions d’euros, à parts égales avec l’Auvergne-Rhône-Alpes.
La grande question logistique et financière est désormais de savoir comment sera renégociée la facture des infrastructures de transport et de désenclavement. La Région Sud avait déjà voté une première enveloppe de 26,6 millions d’euros dédiée aux mobilités décarbonées, aux gares et aux axes routiers des Alpes du Sud.
Ces chantiers de modernisation (notamment sur les axes ferroviaires et routiers menant au Briançonnais) devront être accélérés pour absorber le flux des spectateurs, alors que la vitrine niçoise et ses capacités hôtelières géantes ne font plus partie du voyage. Nice partie, la Région Sud joue sa crédibilité sur sa capacité à transformer un pôle unique de haute montagne en une réussite logistique exemplaire, loin des projecteurs de la Promenade des Anglais.
