Du XXe arrondissement de Paris aux pelouses internationales, Hannibal Mejbri a construit son parcours étape après étape. Ancien éducateur du milieu tunisien à l’ACBB, Fabien Caballero revient pour SportMag sur les premières années d’un joueur qu’il décrit comme « déterminé, passionné et différent ».
Quand Hannibal Mejbri arrive à l’ACBB, quel est le premier élément qui vous marque chez lui ?
Ce qui m’a frappé immédiatement, c’est qu’il savait exactement ce qu’il voulait. Beaucoup de jeunes joueurs disent vouloir devenir professionnels ou atteindre le plus haut niveau, mais sans forcément savoir comment y parvenir. Hannibal, lui, avait déjà une idée très claire de son objectif. Il cherchait simplement les bonnes personnes pour l’accompagner dans cette progression.
Il n’avait que 14 ou 15 ans à cette période. À quel moment avez-vous compris qu’il était différent des autres ?
Je connaissais déjà un peu son profil avant de le côtoyer, mais je l’avais surtout observé de l’extérieur. Il y avait une image qui circulait autour de lui, celle d’un joueur parfois perçu comme arrogant ou prétentieux. En réalité, en travaillant avec lui, j’ai découvert tout l’inverse : un garçon très déterminé, passionné et extrêmement investi. Il ne faisait jamais les choses sans raison. Tout devait avoir du sens pour lui.
Vous avez été son éducateur, mais vous dites aussi qu’il vous a fait progresser. Pourquoi ?
Parce qu’il était très exigeant. D’abord avec lui-même, puis avec les autres. Quand je lui donnais une consigne tactique, il n’était pas du genre à simplement répondre « d’accord ». Il cherchait à comprendre : pourquoi on fait cela ? Quelle conséquence cela aura sur le jeu ? Cette capacité de réflexion m’a obligé à approfondir mes propres explications. Il m’a poussé à devenir un meilleur éducateur.
Cette exigence pouvait-elle parfois être difficile à gérer dans un groupe ?
Oui, forcément. Hannibal n’acceptait pas la médiocrité. Il s’imposait une grande rigueur et attendait la même chose de ses partenaires. Avec des joueurs qui avaient la même envie de progresser, cela créait une dynamique positive. Mais avec ceux qui étaient davantage dans la consommation ou moins impliqués, cela pouvait provoquer des tensions. Son exigence venait surtout d’une volonté de toujours progresser.
Quel rôle joue un premier éducateur dans la construction d’un joueur destiné au haut niveau ?
Le plus important est d’abord de transmettre le goût du jeu. Avant de parler de performance ou de carrière, il faut donner envie de jouer au football pour les bonnes raisons : aimer le sport, prendre du plaisir, apprendre à vivre avec un collectif. Aujourd’hui, on voit parfois des jeunes très tôt focalisés sur l’idée de devenir professionnels. Il faut aussi leur construire des bases solides.
Sur le plan technique, Hannibal avait-il déjà des qualités particulières ?
Oui, clairement. C’était un joueur au-dessus de la moyenne. Techniquement, il avait des qualités naturelles, notamment dans sa compréhension et sa capacité a faire le choix adapté aux situations mais aussi à conclure les actions. Je pense qu’il faut comprendre l’homme pour en tirer tout son potentiel sur le terrain.
Son parcours, de l’ACBB à Monaco, Manchester United puis la sélection tunisienne, montre-t-il que le talent finit toujours par être reconnu ?
Je ne dirais pas que le talent suffit. Il y a beaucoup de joueurs talentueux qui ne sont jamais arrivés au plus haut niveau. Ce qui distingue Hannibal, c’est l’association entre son talent, son amour du jeu et surtout sa détermination. Il est programmé pour atteindre ses objectifs. Même lorsqu’il rencontre des obstacles, il continue d’avancer.
Vous avez côtoyé d’autres jeunes talents. Qu’est-ce qui différencie les joueurs qui réussissent ?
Souvent, les qualités et les défauts sont déjà présents très tôt. Le rôle de l’encadrement est d’améliorer les points faibles et de renforcer les qualités naturelles. Un joueur ne deviendra pas excellent dans tous les domaines. L’objectif est plutôt de développer ses forces au maximum et de rendre ses faiblesses suffisamment solides pour qu’elles ne l’empêchent pas d’évoluer au plus haut niveau.
Si vous deviez choisir un souvenir qui résume Hannibal avant son passage professionnel, lequel serait-ce ?
La finale de la Coupe de Paris contre le Paris Saint-Germain. Nous étions l’équipe qui réalisait une belle saison, mais le PSG avait une génération considérée comme supérieure sur le papier. Il y avait aussi un contexte particulier car Hannibal avait toujours refusé de rejoindre le club parisien.
Dans ce climat, il a été fidèle à lui-même. Il a pris ses responsabilités, a énormément communiqué avec ses partenaires, a relayé les consignes du coach et est resté concentré du début à la fin. Même dans la séance de tirs au but, avec toute la pression autour, il a gardé son calme. Ce match représente bien sa personnalité : une grande détermination et la capacité à entraîner les autres avec lui.
Vous pensez qu’il a encore une marge pour atteindre un niveau supérieur ?
Oui. Je pense qu’il a encore beaucoup à montrer. Il a besoin d’un environnement qui correspond pleinement à ses ambitions et à sa vision du football. Je ne veux pas parler à sa place, mais je ne l’imagine pas se contenter d’une situation qui ne correspond pas à ses objectifs. Il a toujours eu cette volonté d’aller plus loin.
Suivez-vous toujours son évolution avec la Tunisie ?
Oui, forcément. On garde un œil sur son parcours. Mais nous n’avons pas une relation quotidienne. Hannibal est quelqu’un qui avance par lui-même. J’ai simplement été une personne qui l’a accompagné à un moment précis de sa formation. C’était une étape de son parcours, et aujourd’hui il continue de construire son histoire.
