Dans ce club amateur, le football devient un outil de protection

Crédit photo : Farid Rouas

Le football féminin amateur était à l’honneur mardi 23 juin au Parc des Princes. Huit clubs finalistes, chacun représentant une région Intermarché, y ont présenté leur projet dans le cadre de la 5ᵉ édition du programme Sensationnelles, porté par la Fédération française de football pour développer la pratique féminine et renforcer la place des femmes dans le football.

Dans ce club amateur, le football ne sert pas seulement à jouer. Il sert à protéger. Le Football Club de Bourg-la-Reine a été récompensé pour un projet ambitieux, à la croisée du sport et de l’engagement sociétal. Son initiative repose sur un triptyque clair : féminisation, prévention des violences sexistes et sexuelles, et construction d’un environnement sportif plus sûr.

« C’est un engagement fort de la part de tous », souligne Marion Libertucci, vice-présidente du club. Car ici, le football ne se limite pas à la pratique sportive. Il s’inscrit dans une démarche plus large, pensée comme un levier éducatif et social. « Le club est un lieu de vie, d’éducation et de citoyenneté », insiste-t-elle, où le collectif joue un rôle central dans la transmission des valeurs et la protection des pratiquants.

Construire un cadre sûr

Le prix a été remis notamment, en présence de Laure Boulleau, marraine du programme, et de Mamadou Sakho, ancien joueur du Paris Saint-Germain. Une reconnaissance symbolique pour un travail de fond engagé depuis plusieurs années.

Pour Marion Libertucci, cette distinction vient saluer une conviction forte : « Construire un environnement sûr, ça ne va pas de soi. Ça se décide, ça se construit et ça se protège. » Créée en 2002, la section féminine du club occupe aujourd’hui une place structurante dans son développement. Sur les 700 licenciés, 30% sont des femmes, un taux supérieur à la moyenne nationale. Cette progression ne se limite pas au terrain. Elle s’observe également dans l’encadrement et la gouvernance : le club compte une directrice, cinq femmes au sein du comité directeur et dix-sept éducatrices, impliquées auprès des équipes féminines comme masculines.

Cette dynamique traduit une volonté assumée : inscrire durablement la place des femmes à tous les niveaux du club.

Une démarche éducative globale

Au-delà des résultats sportifs, le Football Club de Bourg-la-Reine développe une véritable politique éducative. Des interventions sont organisées dans les établissements scolaires, dès la maternelle, afin d’encourager les jeunes filles à découvrir le football, mais aussi pour sensibiliser l’ensemble des enfants aux notions d’égalité et de respect.

Le club mène également des actions de sensibilisation à des enjeux de santé encore peu abordés dans le sport, comme l’endométriose. Un maillot dédié a notamment été conçu pour porter ce message. Par ailleurs, une réflexion est engagée sur la prise en compte des règles dans la pratique sportive, afin d’adapter les conditions d’entraînement et de jeu aux réalités vécues par les joueuses. Ces initiatives traduisent une approche élargie du rôle du club, qui dépasse le cadre strictement sportif pour s’inscrire dans une logique d’accompagnement.

Au centre de cette démarche, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles constitue un axe prioritaire. Le club a structuré son action autour de plusieurs dispositifs : désignation d’une référente dédiée, mise en place d’une formation obligatoire pour les éducateurs, création d’une charte éthique et réalisation d’outils de sensibilisation, dont une vidéo de mobilisation.

L’objectif est de créer un cadre clair, identifié par tous, où la prévention, l’écoute et la prise en charge sont pleinement intégrées au fonctionnement du club. « Chaque enfant, chaque jeune, chaque adulte qui franchit les portes du club doit avoir le sentiment d’entrer dans un lieu sûr », insiste Marion Libertucci.

Un enjeu qui dépasse le club

Cet engagement s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par une prise de conscience croissante dans le monde du sport. « Nous ne pouvons pas parler de football sans parler de ce qu’il se passe dans le monde qui entoure nos terrains », rappelle Charlotte Rosolini, référente VSS du club.

Les données issues de la plateforme Signal-Sports témoignent de l’ampleur du phénomène. Entre 2024 et 2025, les signalements ont augmenté de 64%. Dans 77% des cas, les victimes sont des femmes, et dans 76%, des mineurs. Près d’un tiers des situations impliquent une personne en position d’autorité. Ces chiffres soulignent la nécessité de structurer les réponses au niveau local, au plus près des pratiquants.

Un modèle pour le football amateur

Doté de 30 000 euros sur trois ans, le prix doit permettre au Football Club de Bourg-la-Reine de consolider et d’élargir ses actions. Pour Charlotte Rosolini, le constat reste clair : « Face aux discriminations, les clubs amateurs ne disposent pas encore d’outils suffisants pour prévenir, repérer et traiter les violences. C’est là que nous intervenons. »

À Bourg-la-Reine, le football devient ainsi un cadre d’engagement, un espace de vigilance et un outil de protection. Une manière de rappeler que, derrière le jeu, se joue aussi une responsabilité collective devenue incontournable.

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