Basket : après 90 ans, le club de Trappes s’éteint sur un conflit avec la mairie

Photo by Icon Sport

Née en 1936 dans le giron de la SNCF, l’Étoile sportive des cheminots de Trappes Saint-Quentin-en-Yvelines aura vécu neuf décennies avant de disparaître.

Le club de basket a fermé la porte il y a quelques jours, au terme d’un bras de fer prolongé avec la municipalité. Samedi, pour la première fois depuis des années, il n’était pas présent au forum des associations de Trappes.

Un club forgé par et pour les cheminots

L’histoire commence modestement dans les Yvelines. Une section féminine est créée en 1936, suivie l’année d’après d’une équipe masculine, sous l’impulsion d’un responsable de l’école d’apprentissage de la SNCF. En 1945, la fusion de deux structures locales donne naissance à l’Étoile sportive des cheminots. Le club gravira ensuite les échelons du basket amateur pendant six décennies, jusqu’à atteindre, l’espace d’une saison en 2006-2007, la Nationale 1, alors troisième division nationale. « On était au plus haut niveau fédéral. On a fait des miracles pendant des années. Une vingtaine de nos jeunes ont fait des carrières professionnelles », résume Nacer Belgacem, manager général du club.

Un enrayement progressif, sur fond de tensions autour des créneaux

Le point de bascule remonte à 2020, avec un premier différend sur l’attribution de créneaux sportifs, refusés par la mairie de Trappes. Depuis, la situation n’a fait que s’envenimer entre le club et Ali Rabeh, le maire. Déménagement forcé du local, matchs délocalisés, entraînements annulés au dernier moment, différend autour de l’occupation d’un logement communal : la liste des points de friction s’est allongée année après année. « On nous avait retiré des créneaux, on ne pouvait plus aller au forum des associations… On ne pouvait plus vivre », résume Nacer Belgacem, qui parle d’un véritable acharnement de la part de l’édile.

Le coup fatal intervient en janvier 2024, avec le non-versement d’une partie de la subvention municipale annuelle, fixée à 100 000 euros. Le conseil municipal va plus loin en votant le remboursement de six années de subventions déjà versées au club, une décision qui déclenche le blocage de 60 000 euros par le Trésor public. « Cela fait deux ans qu’on ne touchait plus de subventions de Saint-Quentin-en-Yvelines, ajoute le manager général. On ne pouvait pas payer les joueurs. » L’ultime assemblée générale, programmée début octobre, doit officialiser la dissolution.

Deux versions qui s’opposent frontalement

La mairie livre un tout autre récit de cette affaire. Pour Ali Rabeh, la responsabilité de cette chute incombe entièrement à la gestion du club. « C’était un club mal géré qui se soustrayait à ses obligations légales. On a mandaté un bureau de contrôle. Ils ont toujours refusé de fournir leurs comptes détaillés. Ils avaient quelque chose à cacher. Un clan a fait main basse sur le club et l’a fait dériver jusqu’à sa faillite. » La municipalité envisage même de porter plainte contre les anciens dirigeants pour mauvaise gestion.

Pour l’édile, la disparition de l’ESCTSQY ne signe pas pour autant la fin du basket local. Le Trappes basket-club, lancé il y a un an, doit prendre le relais et récupérer l’ensemble des créneaux libérés. « Le basket ne s’arrête pas à Trappes. Au bout d’un an d’exercice, le nouveau club fonctionne bien. Les enfants de Trappes vont enfin pouvoir s’appuyer sur un club sérieux », conclut-il.

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