Responsable du pôle débutants du FCM Aubervilliers depuis 2010 et éducateur historique du club, Zizek Belkebla a connu Warren Zaïre-Emery bien avant son arrivée au PSG. De ses premiers pas en U6 à son explosion au plus haut niveau, il revient sur un parcours déjà singulier et une intelligence de jeu hors norme, repérée dès ses premières touches de balle.
Warren Zaïre-Emery a joué au club de quel âge à quel âge ?
Il a joué chez nous de U6 jusqu’à U9. Environ trois saisons, même un peu plus si on prend en compte ce qu’il faisait déjà avant.
Justement, il était déjà présent au club avant ?
Oui. Son père était éducateur avec nous, donc Warren était tout le temps sur les terrains. Il n’avait même pas encore de licence officielle qu’il était déjà là, à courir, toucher le ballon, observer. Il vivait dans le foot.
À quel moment tu comprends qu’il est différent des autres ?
Très tôt. Il était déjà plus éveillé que les autres enfants. Dès qu’on mettait en place des ateliers simples, il comprenait immédiatement ce qu’on demandait. On n’avait presque jamais besoin de répéter. Et à cet âge-là, c’est assez rare.
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué chez lui à cet âge ?
Sa concentration. C’est vraiment le mot qui revient. C’était un enfant très calme, très à l’écoute. Il aimait comprendre. Il n’était jamais dissipé, jamais dans l’excès. Même à 5 ou 6 ans, il avait une capacité d’attention étonnante.
Comment tu l’as accompagné dans ses premières années ?
Je ne dirais pas qu’on a “fait un travail spécifique” sur lui. Il était déjà dans le foot en permanence. Il venait avec son père, il était sur les terrains, il jouait librement. Il répétait des gestes, il testait des choses. C’était un enfant qui aimait profondément le ballon. Moi, mon rôle, c’était surtout de canaliser cette passion et de lui faire comprendre que le football est un jeu collectif. Qu’il y a des rôles, des responsabilités, même à 6 ans.
Est-ce que tu as adapté les séances pour lui ?
Non. Et c’est important de le dire. On ne s’est pas mis à faire du “spécial Warren”. Tout ce qu’on faisait, on le faisait pour tous les enfants. Je pense que c’est important pour l’équité du groupe. Quand un enfant est très bon, on peut être tenté d’adapter, mais ce n’est pas la bonne logique selon moi.
Est-ce que tu as dû le freiner parfois parce qu’il était au-dessus ?
Pas vraiment. Déjà, physiquement, il était petit, assez frêle. Donc il n’y avait pas de problème d’excès dans le jeu. Notre vigilance, c’était surtout de le protéger, d’éviter qu’il prenne des coups inutiles. Mais sur le plan du jeu, il était dans un cadre normal.
Qu’est-ce qui le différenciait vraiment sur le terrain ?
Son intelligence de jeu. À 6 ans, il avait des notions qu’on voit habituellement vers 8 ou 9 ans : le placement, la compréhension des espaces, la lecture de ce qui se passe autour de lui. Il avait déjà cette capacité à jouer juste.
Tu as été surpris par sa trajectoire vers le haut niveau ?
Pas vraiment. On sentait déjà qu’il allait dépasser sa catégorie. Quand il a rejoint le PSG, on savait que le plus gros travail allait commencer là-bas. Et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé. Nous, on lui a donné les bases, mais c’est le PSG qui a fait le reste du travail : la formation physique, tactique, mentale.
Qu’est-ce qui change chez lui à ce moment-là ?
Tout change progressivement. Entre 12 et 15 ans, il grandit beaucoup. Il prend une vingtaine de centimètres, il se développe physiquement, il devient plus solide. Et là, on commence à voir un joueur beaucoup plus complet : technique + puissance + intelligence.
Quel regard tu portes aujourd’hui sur sa progression ?
Beaucoup de fierté, évidemment. Mais aussi beaucoup de lucidité. C’est une trajectoire rare, mais elle est aussi le fruit de plusieurs étapes : la famille, le club, puis surtout le PSG. Et il ne faut pas oublier que beaucoup de très bons jeunes ne deviennent pas pros. Lui a réussi à franchir toutes les étapes.
Quelle qualité explique le plus sa réussite aujourd’hui ?
Je dirais son intelligence de jeu, mais aussi sa capacité à s’adapter. Aujourd’hui, il peut jouer à plusieurs postes : milieu relayeur, sentinelle, parfois plus haut selon les besoins. Personnellement, je l’ai toujours imaginé dans un rôle de numéro 10, derrière les attaquants, parce qu’il a cette capacité à éliminer et à créer des situations.
Est-ce que tu penses qu’il peut encore progresser ?
Oui, clairement. Il n’a que 20 ans. On oublie parfois que la maturité d’un joueur arrive souvent autour de 26-27 ans. Il a encore énormément de marge.
Le vois-tu faire toute sa carrière au PSG ?
C’est possible. C’est son club, il y est bien, il a grandi là-bas. Mais dans le football, tout peut aller très vite. Ce qui est sûr, c’est que son histoire est déjà une réussite, et qu’il peut encore écrire beaucoup de choses.
