Entre accompagnement individualisé, lien avec le monde médical et adaptation des pratiques, les salles labellisées sport santé redéfinissent progressivement les contours du fitness. Encore peu visibles, elles s’inscrivent pourtant dans un enjeu plus large : faire de l’activité physique un levier concret de prévention et de qualité de vie.
À Brive, Blois ou Cusset, mais aussi dans plusieurs autres villes, les salles labellisées sport santé d’Elancia ne ressemblent pas tout à fait aux clubs de fitness classiques. L’organisation, le rythme, l’encadrement : tout y est pensé pour accueillir des publics parfois éloignés de la pratique sportive ou en parcours de soins. « J’ai toujours voulu créer un espace où les gens viendraient chercher des solutions pour améliorer leur qualité de vie« , explique Nina Commandré, franchisée à Brive et coach en activité physique adaptée (APA) depuis dix ans. Dans son club de 600 m², les machines sont guidées pour sécuriser les mouvements, les cours collectifs se déroulent en petits groupes et des espaces de détente ou de relaxation complètent l’offre. L’objectif dépasse la simple séance : proposer un lieu où l’activité physique s’inscrit dans un cadre global, mêlant bien-être, accompagnement et lien social.
Un cadre structuré, au croisement du sport et du médical
Le label sport santé repose sur une organisation précise, qui distingue ces structures des salles traditionnelles. À l’entrée, chaque adhérent bénéficie d’un bilan complet. « On va faire le point sur leurs objectifs, sur leurs contraintes de santé, sur leurs données corporelles et on va faire des tests physiques et à partir de là on va leur proposer une programmation d’entraînements« , détaille Nina Commandré. Ce suivi se prolonge ensuite dans le temps, avec des réévaluations régulières et une adaptation continue des séances. Ce fonctionnement s’inscrit souvent dans un parcours plus large. Les pratiquants peuvent être orientés par des médecins ou intégrés dans des dispositifs de sport sur ordonnance.
« On reçoit déjà des prescriptions, donc c’est déjà un grand pas en avant« , souligne-t-elle. À Cusset, Angéline, coach en APA observe également cette continuité : « On a des personnes qui viennent à la suite de leur passage à l’hôpital ou au CREPS et qui continuent chez nous. » Les partenariats avec des professionnels de santé, diététiciens ou kinésithérapeutes complètent cette logique. L’activité physique n’est plus isolée, mais intégrée dans un accompagnement global. Une structuration encore incomplète, mais qui tend à rapprocher deux univers longtemps séparés.
Des coachs formés pour adapter, rassurer et accompagner
Au cœur de ce dispositif, le rôle des enseignants en activité physique adaptée apparaît central. Leur spécificité repose sur leur capacité à individualiser la pratique en fonction des pathologies ou des contraintes de chacun. « On va être beaucoup plus dans l’adaptation propre à chaque adhérent« , explique Léa, coach en APA à Blois. Cette approche concerne des profils variés : diabète, suites d’AVC, maladies chroniques ou simplement vieillissement. Au-delà des compétences techniques, cette expertise modifie la relation au pratiquant. « Ça permet à l’adhérent d’être plus en confiance, parce qu’il se sent compris« , poursuit-elle.
Même constat pour Angéline : « Il y a une vraie prise en charge des antécédents sportifs et médicaux, ce qui permet d’adapter réellement la pratique. » Cette différence se traduit concrètement dans les séances : intensité ajustée, temps de récupération adapté, attention portée à la fatigabilité. « C’est de l’adaptation en temps réel« , insiste Nina Commandré, qui évoque aussi l’importance du lien humain dans la progression. Les effets observés dépassent souvent le cadre physique. « Reprendre confiance en soi, reprendre confiance en son corps« , cite-t-elle parmi les évolutions les plus fréquentes. Elle évoque le cas d’une adhérente ayant retrouvé la capacité de marcher sans appréhension après une opération de la hanche. Des progrès parfois discrets, mais déterminants dans le quotidien.
« Il y a encore un besoin évidemment »
Malgré ces résultats, les salles labellisées sport santé restent encore peu développées et peu identifiées. « Ce n’est pas encore la norme« , reconnaît Nina Commandré. Un constat partagé par les coachs. « Il y a encore un besoin évidemment« , insiste Léa, pointant notamment le manque de visibilité et l’image persistante des salles de sport centrées sur la performance. Cette méconnaissance freine l’accès à la pratique, notamment pour les publics qui n’osent pas franchir la porte. « On a une étiquette de salle de sport traditionnelle, alors qu’une salle labellisée sport santé, comme chez Elancia, ce n’est pas du tout ça« , observe Nina Commandré.
L’enjeu est aussi économique. Si certaines structures intègrent l’accompagnement dans leur abonnement, le coût peut rester un frein, notamment après un parcours médical où l’activité physique était parfois prise en charge. « La suite de l’activité n’est plus remboursée« , explique Angéline, soulignant les inégalités que cela peut engendrer. Dans ce contexte, la démocratisation du sport santé repose sur plusieurs leviers : formation des éducateurs, meilleure communication, mais aussi développement de passerelles avec le système de soins.
« Il faudrait travailler un peu plus tous ensemble« , résume Léa, en évoquant la nécessité d’une prise en charge pluridisciplinaire. À mesure que la prévention devient un enjeu central, ces structures pourraient occuper une place plus importante. « L’activité physique, ce n’est pas un privilège, c’est nécessaire pour tout le monde« , rappelle Nina Commandré. Une idée qui, pour l’instant, peine encore à s’imposer à grande échelle, mais qui dessine une évolution progressive du rôle des salles de sport dans la société.
