« Sas manquant » au Semi de Paris : quand l’absence des femmes devient visible sur la ligne de départ

HOKA Semi de Paris

À l’occasion du Semi-Marathon de Paris et de la Journée internationale des droits des femmes, la marque HOKA et l’association Sine Qua Non ont matérialisé une réalité invisible : celle des femmes qui ont cessé de courir à cause du harcèlement de rue. Avec un « sas manquant » installé en tête de course, l’initiative met en lumière un phénomène massif, encore trop banalisé.

Sur la ligne de départ du Semi de Paris, un vide. Un espace inhabituel dans un événement où chaque mètre est occupé. Ce « sas manquant », placé en tête du peloton, ne relève pas d’un simple dispositif scénographique. Il incarne l’absence de milliers de femmes qui, autrefois, couraient. Et qui ne sont plus là. « Cette absence n’est pas visible sur les lignes de départ, mais elle est bien réelle. À travers des échanges avec notre communauté et avec Sine Qua Non, le harcèlement de rue est apparu comme une cause majeure de cet abandon. L’initiative vise à rendre cette réalité visible« , souligne HOKA, à l’initiative du projet.

Un phénomène massif, longtemps invisibilisé

Derrière cette installation, un constat documenté. Près de 45% des femmes déclarent avoir déjà subi du harcèlement en courant, et plus d’un tiers d’entre elles modifient ou abandonnent leur pratique . Une réalité que l’association Sine Qua Non observe depuis plusieurs années sur le terrain. « Il y a des sifflements, il y a des klaxons, il y a des voitures qui ralentissent, il y a des gens qui nous suivent, il y a des gens qui nous font des propositions sexuelles quand on court. La liste, finalement, elle est assez énorme« , explique Tiphaine Poulain, co-fondatrice de l’association Sine Qua Non. Mais surtout, ses conséquences sont durables. « Ce n’est pas anodin. C’est tellement grave que les femmes arrêtent de courir.« 

Le « sas manquant », rendre visible l’absence

L’idée du dispositif repose sur une mécanique simple : dans une course, chaque sas correspond à un groupe de coureurs. Ici, il manque une vague. Une absence matérialisée. « Si une vague représente un groupe de runneuses, une vague manquante représente celles qui ne sont plus là« , explique HOKA. Une traduction visuelle d’un problème souvent relégué au second plan.

Pour Sine Qua Non, l’enjeu dépasse la simple sensibilisation. « L’idée, c’était de représenter toutes ces femmes qui auraient pu être sur la ligne de départ et qui ne sont pas là à cause du harcèlement. » En rendant ce manque tangible, le dispositif change la perception. Il ne s’agit plus d’un ressenti individuel, mais d’un phénomène collectif. L’impact est immédiat, notamment auprès des participantes. « Quand on visualise un espace vide, ça donne une légitimité à ce que les femmes vivent et verbalisent. » Un basculement important dans un contexte où ces situations restent souvent minimisées.

Courir, un acte encore conditionné pour les femmes

Au-delà des faits, le « sas manquant » met en lumière une inégalité plus profonde : celle de l’accès à l’espace public. Là où courir reste un geste banal pour les hommes, il implique une série de contraintes pour les femmes. « Avant d’aller courir, un homme pense à sa performance ou à sa musique. Une femme se demande si c’est le bon moment, comment elle doit s’habiller, si elle va subir une remarque« , détaille Tiphaine Poulain. Une charge mentale permanente, qui influence directement la pratique. Ce contexte crée un cercle vicieux. Moins de femmes dans l’espace public signifie un sentiment d’insécurité renforcé, qui à son tour limite la pratique.

« Ce qui rassure quand une femme court, c’est de croiser d’autres femmes« , souligne-t-elle. Pour HOKA, la question dépasse le marketing. « Les marques de sport façonnent la culture, pas seulement les produits. En soutenant des organisations expertes et en mettant en lumière des problématiques réelles, elles peuvent contribuer à lever des freins à la pratique. Pour HOKA, la performance passe aussi par la capacité à permettre au plus grand nombre de courir. » L’enjeu devient alors sociétal : permettre à davantage de femmes de courir, sans contrainte.

De la prise de conscience à l’action collective

Le « sas manquant » ne se veut pas une fin en soi. Il s’inscrit dans une démarche plus large, articulée autour d’actions concrètes. Parmi elles, le développement des Sine Qua Non Squads, des groupes de course collectifs visant à créer des environnements plus sécurisés. « Le sas manquant, c’est un point de départ. L’objectif, c’est de le remplir« , insiste Tiphaine Poulain. Autrement dit, transformer une absence en dynamique de retour. Au-delà du symbole, l’initiative pose une question centrale : celle du droit à courir librement. « Aujourd’hui, courir ne devrait pas être un acte de courage. » Une affirmation qui résume l’ambition du projet : faire en sorte que la pratique sportive redevienne un espace de liberté et non de contrainte.

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