Rugby : les POD entrent en scène pour booster le rugby par la base

Crédit photo : Fédération Française de Rugby

Ce mois de septembre a marqué la rentrée du rugby… et le début de la première année opérationnelle du Plan d’Orientation Départemental (POD). Une avancée majeure que nous détaille Jean-François Contant, ancien président de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté de rugby et actuel membre du Comité d’orientation politique de la Fédération Française de Rugby.

Qu’est-ce qu’un Plan d’Orientation Départemental (POD) ?

L’appellation qui décrit le mieux la spécificité au niveau départemental, c’est le POD : le Plan d’Orientation Départemental. C’est ce que l’on a voulu mettre en place. Auparavant, on parlait de POS. Désormais, le POS désigne le plan réservé aux ligues régionales. Il y a eu une phase d’initiation et d’appropriation, car la gestion d’un POS était une nouveauté pour les départements. Mais dans un souci de simplification, la territorialité a proposé de remplacer le POS départemental par le POD.

Ayant moi-même travaillé sur le sujet, je perçois le POD comme une évolution majeure et une vraie simplification pour les comités départementaux. C’est un outil indispensable pour que la politique de développement du rugby, chère à Florian Grill, se concrétise directement par la base. Cela permet aussi d’incarner sur le terrain l’effort financier de la Fédération, qui représente un budget d’un million d’euros fléché pour les comités départementaux.

Dans le cadre de ces POD, quels sont les outils et les leviers mis à disposition des différents comités départementaux partout en France ?

Le POD est un document écrit élaboré par les élus départementaux. Il structure la démarche depuis le diagnostic jusqu’aux réalisations, en passant par la définition des projets. Pour accompagner cette démarche, la Fédération Française de Rugby (FFR) fournit une trame pré-formalisée sous format PowerPoint à chaque comité.

Cette trame contient ses diagnostics, des cartes et des chiffres de référence, les données de l’Observatoire du rugby, mis en place par la FFR, où les comités retrouvent la quasi-totalité des indicateurs nécessaires à la construction de leur dossier, une révision et un regard quantitatif portés par les CTC (Conseillers Techniques de Clubs) sur le terrain pour définir des objectifs opérationnels et des actions précises.

De plus, chaque POD doit obligatoirement intégrer 4 piliers fondamentaux : l’accompagnement de proximité et l’animation des clubs du territoire, le milieu scolaire (qui suit le calendrier et le découpage départemental de l’Éducation nationale), les écoles de rugby (EDR), et les sélections départementales, véritable vivier où se détectent les futurs joueurs de haut niveau au plus près du terrain.

Ce POD a une cohérence nationale, mais comment la FFR s’assure-t-elle qu’il réponde aussi aux spécificités locales ? Est-ce le rôle des comités d’intégrer ces réalités du terrain ?

Absolument, mais cela se fait surtout sous l’égide des ligues régionales. Les comités départementaux dépendent des ligues, et le POD doit être en parfaite osmose avec le POS de la ligue correspondante.

L’idée est de faire travailler tout le monde ensemble vers un objectif commun et avec la même trame. En fin de saison, ce sont d’ailleurs les ligues régionales qui évaluent le POD des départements. La ligue régionale conserve ce rôle d’encadrement et d’évaluation.

Quels sont les critères et indicateurs précis qui permettent de suivre l’avancement des POD et de mesurer leur réussite au fil de la saison ?

Le suivi repose d’abord sur la mesure des résultats par rapport aux chiffres et aux objectifs que les concepteurs du POD ont eux-mêmes fixés. Ce que la ligue et les CTC vérifient en priorité, c’est que les 4 piliers obligatoires ont bien été mis en œuvre et ont produit des résultats.

Ensuite, au-delà de ces 4 piliers imposés, les comités départementaux ont la liberté d’ajouter un ou plusieurs piliers complémentaires parmi une liste de 8 thématiques facultatives.

Ces 8 axes ont été définis collectivement lors d’un congrès des présidents de comités départementaux : le développement du rugby féminin, les pratiques adaptées (Rugby Santé, rugby adapté, rugby loisir), les écoles d’arbitrage, la prévention et la lutte contre les violences (sensibilisation), l’engagement sociétal des clubs (actions en zones blanches et QPV), la formation, l’accompagnement des acteurs et la valorisation du bénévolat, l’accompagnement d’actions sur le temps périscolaire et pendant les vacances, et enfin la structuration interne du comité départemental.

Chaque comité est libre de retenir un, deux ou trois piliers supplémentaires selon ses capacités, son diagnostic et les besoins réels de son territoire. L’essentiel est de valider d’abord le socle des 4 piliers obligatoires, puis de choisir des projets réalistes qui seront concrètement menés à bien.

Pour mener à bien l’ensemble de ces objectifs, les structures départementales et les ligues ont-elles bénéficié de moyens, notamment financiers, accrus ces dernières années de la part de la Fédération ?

Oui, c’est un très gros effort réalisé par la Fédération malgré les difficultés de l’époque. La Fédération a mis 2 millions d’euros supplémentaires pour les ligues et 1 million d’euros supplémentaire pour les comités départementaux. En parallèle, elle met en route des outils informatiques comme l’Observatoire du Rugby ou Mon Rugby, qui aident les clubs, les départements et sont mis à la disposition des ligues.

Le POD est-il aussi un levier politique au niveau local lorsqu’un comité départemental s’adresse à un conseil départemental, des grandes villes ou des métropoles ?

En effet, ils peuvent présenter cela comme des actions. Au-delà des piliers principaux, il est possible d’associer le département aux actions complémentaires pour justifier une demande d’aide ou de contribution afin de faire tourner le comité départemental. La ligue peut aussi aider le comité départemental, même si cela reste à sa libre appréciation. Mais vis-à-vis des départements, la Fédération fournit un effort inédit depuis longtemps.

Cet effort prend place dans cette première année opérationnelle pour les POD. Quelles vont être les prochaines étapes majeures pour évaluer et continuer à construire leur fonctionnement au fil du temps ?

Il y aura des phases de diagnostic et de construction. Les indicateurs suivis seront l’évolution du nombre de licences, la formation des éducateurs et le ratio de joueurs par éducateur, la cartographie des clubs et l’évolution des antennes, le travail dans les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV) et en zone rurale et l’évolution des écoles de rugby.

Tout cela sera mesuré grâce à l’Observatoire du Rugby et à la présence sur le terrain des Conseillers Techniques de Clubs (CTC) qui font remonter la réalité de la vie des clubs et des départements.

L’un des grands objectifs de Florian Grill est la relance du rugby par la base. Les POD sont-ils le symbole d’une fédération plus proche que jamais du terrain ?

Bien sûr. Le département est l’organe décentralisé le plus proche des clubs. Pour relancer le rugby par la base, il faut aider les départements : par la formation, des chiffres précis, des supports de présentation adaptés… L’action des CTC aide directement les départements. Je tiens également à souligner la compétence et la motivation de la Direction Technique, sous la houlette du vice-président Jordan Roux, et de ses équipes pour faire avancer ces sujets sur le terrain.

C’est par ce biais et par les sélections départementales que l’on prépare le futur du rugby. Cette proximité permet aussi d’organiser des tournois avec moins de kilomètres à parcourir. Ce cadre permet enfin d’aller voir les institutions et des partenaires pour soutenir les démarches, notamment en lien avec la « Fédération à mission ».

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