Rendre visibles les femmes dans le fitness : un enjeu au-delà des machines

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À l’occasion de la campagne « Même machine, même légitimité », lancée par Nutrimuscle, l’association Alice Milliat s’engage pour rendre plus visible la place des femmes dans les salles de sport. À travers cette initiative, c’est toute la question de la représentation et de la légitimité qui est posée. Tess Harmand, directrice du développement de l’association, décrypte les enjeux.

Dans les salles de sport, les pictogrammes sont majoritairement masculins. Pourquoi ce détail graphique est-il un enjeu important ?

Il y a un véritable enjeu de représentation, qui correspond au message de la campagne sur laquelle Nutrimuscle a travaillé et auquel on adhère totalement : rendre visible quelque chose pour que cela puisse devenir un modèle et inspirer des vocations. C’est vrai que dans le monde du sport à plein d’égards, que ce soit dans la pratique ou dans la présence des femmes dans les médias ou à certains postes.

Le fait de rendre visible un corps féminin là où on n’en voit habituellement jamais montre simplement que cela existe. Dans la campagne, ce qui est aussi intéressant, c’est qu’on voit que les corps féminins ne sont pas totalement absents des pictogrammes dans certaines salles de sport, mais ils apparaissent sur des exercices très ciblés du corps.

Par exemple, la vidéo qui a été réalisée montre bien que quand on travaille le bas du corps, les fessiers, là, on va plutôt mettre un pictogramme d’une femme. Cela montre aussi qu’il y a quand même un travail de sensibilisation à faire, pour rappeler que tout le monde peut utiliser toutes les machines.

Comment est née la collaboration entre l’association Alice Milliat et Nutrimuscle ?

Nous avons commencé à travailler avec Nutrimuscle il y a quelques mois, en octobre, autour d’un événement appelé Post Workout. Ce type d’événement rassemble leurs clients autour d’une thématique et celui-ci était entièrement dédié aux femmes dans le sport. On est venus apporter notre expertise et animer un temps interactif et de sensibilisation pour les personnes qui étaient présentes.

Ça s’est très bien passé. Cette collaboration s’inscrit dans une volonté de la marque de travailler davantage sur la place des femmes dans le sport, puisqu’elle voit bien qu’il y a une envie de plus en plus présente chez les femmes d’aller vers des disciplines qui étaient historiquement moins ouvertes. Et quand on parle de musculation, c’est vrai qu’il y a encore pas mal de travail à faire. Donc tout naturellement, ils sont revenus vers nous pour 2026 avec cette campagne, mais le but c’est vraiment de travailler sur la durée sur différents projets.

Selon vous, en quoi cette campagne peut-elle changer le regard ou le sentiment de légitimité dans une salle de sport ?

Ce qui est clair, c’est que la campagne a fait des réactions. On a eu des retours plutôt positifs du côté des femmes, mais surtout, ça a créé des débats auprès de pratiquants hommes qui ne voient pas en quoi ça apporte quelque chose de faire cette modification. Et c’est là où c’est intéressant, puisque à partir du moment où ça fait éclore un débat, ça veut dire qu’il y a un sujet sur lequel il faut travailler.

On est dans une société où beaucoup de choses ont été construites par les hommes et pour les hommes et les femmes ont l’habitude de prendre comme norme quelque chose qui est masculin. Dès qu’on vient y ajouter une version féminine, on touche à quelque chose de sensible chez les hommes. Les retours peuvent être contrastées, mais cela crée un espace de dialogue.

Comment faire pour que cette initiative s’inscrive dans la durée au-delà du 8 mars ?

La campagne a été lancée à un moment qui peut résonner, où ces messages ont une place plus importante peut-être dans le débat public, mais elle peut tout à fait continuer à vivre derrière. Les pictogrammes, on peut toujours s’amuser à les remplacer ou en tout cas continuer d’en parler toute l’année. Je pense que les clubs et les salles de sport ont aussi leur rôle à jouer pour faire évoluer les regards, même si ce n’est pas forcément visible immédiatement.

En plus, de la campagne, il y a eu la création du t-shirt « Reinvented », pouvez-vous nous en dire plus ?

Une première version avait été présentée lors de l’événement d’octobre et là il y a eu une volonté de retravailler davantage le produit. Il y a donc eu cette double action, avec la sortie de la campagne et la sortie du t-shirt, avec une figure féminine dessus, qui peut être portée par tout le monde et qui prend le contre-pied de l’image masculine très associée à la marque.

On remercie aussi Nutrimuscle de cette initiative. Les bénéfices sont reversés à l’association Alice Milliat. Cela nous permet de financer des actions concrètes, notamment sur la lutte contre le sexisme dans le sport, la sensibilisation auprès des jeunes et le travail avec les fédérations. Donc tout cela, ça contribue indirectement, à faire évoluer les choses de manière plus globale dans l’écosystème sportif.

Quel rôle les différents acteurs peuvent-ils jouer pour faire avancer l’égalité dans le sport ?

Ce qui nous anime, c’est de travailler de manière collective. Chacun, chacune à son échelle, quel que soit son secteur, peut vraiment contribuer à utiliser le sport comme un levier pour plus d’égalité. Et donc là, travailler avec une marque qui fait plutôt de la nutrition, c’est montrer que c’est possible d’avoir un impact positif en étant dans le secteur commercial avec des produits spécifiques. Mais on a besoin que plus d’acteurs s’emparent de ces thématiques, que ce soit avec des initiatives de communication, mais aussi avec des moyens à investir sur des projets. L’égalité est un sport collectif, donc il faut qu’on y aille tous et toutes ensemble.

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