Kyrian Jacquet : « À la fin du match, j’avais les larmes aux yeux »

Kyrian Jacquet : « À la fin du match, j'avais les larmes aux yeux »

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En pur local de l’étape, le Lyonnais brille au premier Grand Prix Auvergne-Rhône-Alpes organisé à l’Arena de Décines par Thierry Ascione et Jo-Wilfried Tsonga, également dirigeants de la All In Academy (située juste à côté)… dont Kyrian Jacquet est pensionnaire. Ce dernier, 25 ans, a vécu un intense moment d’émotion ce mardi soir en se qualifiant pour les 8es de finale (7-6, 7-5) face à l’Italien Matteo Berrettini, ancien 6e mondial, finaliste à Wimbledon, demi-finaliste à l’US Open et Melbourne. Il raconte.

Comment avez-vous vécu cette qualification ?

Franchement, c’était un super match, je suis hyper content. Pourtant, dans le premier set, j’avais des problèmes jusqu’au tie-break, j’étais en « hypo » (hypoglycémie). Je ne voyais pas bien la balle, c’était assez compliqué sur ses retours. Je suis très content de m’en sortir au premier set, c’est lui qui l’a un peu plus dominé, même si au tie-break, c’est moi qui suis allé un peu plus le chercher.

J’ai été fort mentalement, j’ai réussi à rester concentré vraiment sur mon jeu et être agressif du début à la fin, je suis vraiment fier de ça. C’est le genre de match que je n’aurais pas réussi à gagner il y a quelques mois. Depuis ma tournée réussie en Asie (demi-finale à Hangzhou, quart de finale à Tokyo), je sens que je prends de l’expérience. Je sens que ces matches face à des top 50, je commence à les maîtriser de plus en plus aussi. Avant, je jouais un top 50, je me disais que ça allait être très dur, il fallait vraiment que je joue à mon meilleur tennis. Maintenant, je sais que j’ai tout ce qu’il faut pour gagner contre ce genre de joueur…

Face à Berrettini, votre première balle a été un réel atout. Le service est l’une de vos armes généralement ?

Il l’a été particulièrement aujourd’hui ! Depuis la tournée asiatique, j’ai senti quelque chose aussi à ce niveau, et je me sens de mieux en mieux dans ce secteur. Là, je ne sais pas combien j’ai fait d’aces, mais un grand nombre (16 aces et 78 % de points derrière sa première balle). C’est cool, j’arrive à être plus relâché dans mon geste. Je sens quelque chose qui s’est amélioré. Dans ce match, il n’y a pas eu énormément d’échanges, ça s’est joué beaucoup là-dessus.

Vous avez reçu un énorme soutien dans le public, comment avez-vous vécu l’ambiance ?

L’ambiance a été incroyable, jouer à la maison, il n’y a pas mieux, franchement. Les émotions de dingue que j’ai ressenties… À la fin du match, j’avais les larmes aux yeux, j’étais tellement heureux de vivre ça et de pouvoir rejouer un nouveau match ici. Ce sera contre Brandon Nakashima (17e à l’ATP) et ce sera encore un très gros match. Il y avait tous les jeunes de la All In Academy, où je m’entraîne, qui étaient là, qui m’ont poussé du premier au dernier point. C’est incroyable d’avoir leur soutien. J’essaie vraiment d’être un exemple aussi pour eux, ils me le rendent X 1000 avec cette ambiance.

(Il leur a dit au micro après sa victoire : « Merci les gars, vous êtes des mutants, vous m’avez fait rêver tout le match ! J’espère vous donner un maximum de plaisir à me regarder jouer parce que moi, je prends énormément de plaisir à être là. »)

Vous avez dû passer les qualifications pour entrer dans le tableau du tournoi, pensiez-vous avoir une wild-card ?

Oui, on aurait pu se dire que je la méritais parce que je suis Lyonnais. Mais une wild-card, ce n’est pas un dû non plus. Quand on voit les têtes d’affiche, quand on voit la force du tableau, quand on voit à qui elles ont été attribuées (Fritz, Wawrinka, Kouame) ou que ça devait être à Gaël (Monfils), il n’y a aucune honte. C’est à moi de prouver aussi que j’ai le niveau pour la mériter. Je me suis qualifié, je montre que j’ai le niveau pour battre ces joueurs. À moi maintenant d’aller le plus loin possible

Quelle influence a votre coach dans votre réussite ?

« Steph » (Robert, ancien n°50 mondial, huitième de finaliste à l’Open d’Australie en 2014), c’est un génie. Je rigole tellement avec lui, il m’apporte tellement, que ce soit en dehors ou sur le cours. Il se renouvelle tout le temps, même quand on fait des entraînements. Il me dit : « Aujourd’hui, j’ai inventé un exercice. » Il arrive à inventer des exercices tous les jours, donc c’est génial. Je ne passe pas un moment sans rigoler avec lui. C’est vraiment un mec qui est tout le temps joyeux. Et sur le court, il m’aide énormément sur l’aspect mental. Je suis vraiment très heureux de l’avoir avec moi.

(sur le court après sa victoire, Jacquet a aussi remercié tout son staff : « c’est grâce à eux que je peux vivre ce genre de moment et les vivre avec eux, c’est incroyable pour moi. J’ai envie de profiter de chaque jour sur et en dehors du court, ici à la maison, j’espère aller le plus loin possible.)

À chaque changement de côté, on vous a vu sortir un petit ventilateur…

Oui, parce qu’en indoor, je suis vite trempé et j’ai les mains moites. Pour éviter que ça influe sur ma prise de raquette, j’ai pris cette habitude depuis la tournée asiatique, il faisait très humide là-bas. C’est devenu un rituel : maintenant, je le fais même quand je n’en ai pas besoin, ça me permet de penser à autre chose pendant les pauses.

Comment avez-vous commencé le tennis ?

C’est grâce à mon père : il jouait au Tennis club de Charly (15 km au sud de Lyon), il était classé (il hésite) 15/2. Bon, s’il était 15/1, il va me gronder, mais ce n’est pas grave ! Je suis allé le voir pour les matches par équipes, j’ai tout de suite adoré ça. Il m’a fait jouer aussi, c’est comme ça que j’ai découvert le tennis. En parallèle, je faisais aussi du foot. Puis, mes parents ont décidé que je ne ferais que du tennis, ils ont fait le bon choix, je suis content (sourire) ! Aujourd’hui, je ne suis pas le foot et donc même si je suis pur Lyonnais, je ne supporte pas l’OL ! Mais je ne supporte aucune autre équipe.

Qui était votre modèle quand vous étiez gamin ?

Roger (Federer) au début et après, c’est devenu Rafa (Nadal) !

Avant de rejouer en simple jeudi, vous enchaînez ce mercredi en double, associé à Titouan Droguet (69e mondial, battu en simple au 1er tour par l’Allemand Daniel Altmaier 5-7, 7-6, 7-6). Quel est l’objectif ?

On se connaît depuis qu’on est tout petits, c’est un très bon ami (Droguet est aussi membre de la All In Academy, à Villeneuve-Loubet). On se tire vraiment vers le haut, quand je le vois bien jouer, ça me donne aussi envie de bien jouer. On a gagné le tournoi d’Estoril ensemble (en juillet dernier), on va tenter d’aller le plus loin possible cette semaine.

En tant que local de l’étape, vous rentrez à la maison pour dormir ou vous restez à l’hôtel ?

Je dors chez moi et je viens en trottinette. C’était dur aujourd’hui (hier) parce qu’il pleuvait vraiment beaucoup. J’habite à Grandclément (quartier de Villeurbanne). Du coup, je fais trottinette jusqu’au tram et le tram jusqu’à l’Arena… Il n’y a rien de mieux que de dormir à la maison.

Propos recueillis par Sylvain Lartaud

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