Le directeur de Montfermeil (depuis 2004) Kaddour Abdelaziz revient pour SPORTMAG sur la progression de William Saliba. De ses débuts en Seine-Saint-Denis à son explosion chez le champion d’Angleterre Arsenal, il décrypte les qualités mentales et sportives d’un joueur, devenu un cadre en équipe de France.
À quel âge arrive-t-il à Montfermeil ?
William arrive après sa formation à Bondy, qu’il effectue jusqu’en catégorie U13. Il rejoint ensuite Montfermeil en U14-U15, mais il n’évoluera jamais avec les U14. Il est immédiatement surclassé et intégré directement avec les U15 DH. Dès sa première saison, il joue donc au niveau supérieur.
Vous l’avez encadré pendant combien de temps ?
Pendant deux saisons. Dès son arrivée, je le prends avec les U15 DH alors qu’il est encore censé évoluer en U14. La saison suivante, il joue dans sa catégorie d’âge en U15. J’ai donc eu la chance de l’avoir sur une période complète de développement.
Quel type de jeune était-il au quotidien ?
C’est un garçon très attachant, avec un excellent état d’esprit. Il dégageait quelque chose de positif en permanence. Il était joyeux, très investi dans la vie du groupe, et contribuait énormément à l’ambiance du vestiaire. Malgré son jeune âge, il avait déjà une forme de leadership naturel. Il poussait ses partenaires à donner le meilleur d’eux-mêmes. C’était un leader dans le sens positif du terme.
À quel moment avez-vous compris qu’il pouvait devenir professionnel ?
Dès sa période d’essai, en juin, au moment de la préparation de la saison. On était en pleine phase de constitution des effectifs. À ce moment-là, il montre immédiatement des qualités supérieures. Je comprends très vite que s’il assimile les exigences et s’il s’adapte, il peut aller très loin. Sa capacité d’apprentissage est rapide, et son potentiel évident.
A-t-il rencontré des difficultés à Montfermeil ?
Oui, notamment au niveau du poste. Il n’avait jamais évolué en défense centrale auparavant. Lorsqu’il arrive, il souhaite jouer au milieu, en numéro 6 ou dans un rôle plus offensif. Il faut donc l’amener à accepter un repositionnement. C’est un joueur qui savait ce qu’il voulait : devenir professionnel. Mais il fallait aussi lui faire comprendre que certains choix étaient nécessaires pour atteindre ce niveau.
Ce changement de poste a-t-il été difficile ?
Oui, au départ. Il découvre un rôle totalement nouveau en défense centrale, ce qui le déstabilise. Mais il comprend très vite les exigences du poste. En deux mois environ, il s’adapte complètement. Sur ses deux saisons à Montfermeil, il progresse énormément, notamment sur le plan physique et tactique. Il franchit un vrai cap de maturité.
Était-il déjà un joueur à part ?
Oui. Très rapidement, on comprend qu’il possède des qualités supérieures à la moyenne. Son évolution est logique : plus il comprend les exigences, plus il devient performant. C’est un joueur qui assimile vite, qui travaille, et qui se donne les moyens d’atteindre ses objectifs.
Quel est son potentiel aujourd’hui selon vous ?
Pour moi, il est déjà dans un rôle de très haut niveau. À terme, il peut s’installer durablement parmi les meilleurs à son poste. La clé n’est plus l’apprentissage, mais la continuité. Le plus difficile maintenant est de maintenir ce niveau d’exigence sur la durée. Il a beaucoup progressé, notamment dans la concentration et la rigueur. C’était un axe de progression au départ, il l’a largement corrigé.
Son profil est-il adapté au football anglais ?
Oui, parfaitement. Le football anglais est un championnat d’intensité permanente, sans temps mort. Ce type de joueur, puissant, rapide, capable de défendre dans de grands espaces et propre dans la relance, correspond idéalement à ce contexte. Mais il peut s’adapter partout. Il a les qualités pour jouer en Allemagne, en Espagne ou dans n’importe quel grand club européen.
Quel club a lancé sa carrière ?
Il y a deux étapes importantes. La première, c’est Saint-Étienne. Le club lui donne rapidement sa chance en Ligue 1, ce qui est déjà un signal fort à son âge. Peu de joueurs de 17 ans ont cette opportunité. Ensuite, son passage en prêt, notamment à Marseille, est déterminant. L’environnement, la pression et l’exigence d’un grand club français lui permettent de franchir un cap important.
Le prêt à Marseille a-t-il été un tournant ?
Oui, clairement. Il évolue dans un contexte très exigeant, avec une forte pression médiatique et sportive. Réussir dans ce cadre lui apporte une vraie crédibilité et surtout beaucoup de confiance. C’est une étape qui lui fait gagner plusieurs années en termes de maturité.
Gardez-vous le contact avec lui ?
Oui, ponctuellement, par messages. Notamment lors de sa blessure avant une grande échéance internationale. Nous avons échangé à ce moment-là. Il restait confiant sur sa capacité à jouer et à revenir rapidement.
Comment gérait-il cette blessure ?
Il était rassuré. Il savait qu’il pouvait tenir malgré la douleur. Ce n’était pas une blessure nouvelle, mais quelque chose qu’il traînait depuis un certain temps.
Son importance en équipe de France est-elle déjà évidente ?
Oui. On le voit dans les grands matchs, où il apporte de la solidité et de la sérénité. Dans une équipe portée vers l’avant, il est essentiel d’avoir un défenseur capable de gérer les espaces et d’apporter de la sécurité.
Est-il encore accessible aujourd’hui ?
Il est très pris par son rythme de joueur professionnel, ce qui est normal. Mais chaque fois qu’il a été sollicité, il a répondu présent. C’est aussi une marque de son état d’esprit.
Un dernier mot sur son évolution ?
C’est un joueur dont la trajectoire est cohérente et logique. Il a toujours eu les qualités, mais il a surtout su les transformer en régularité et en performance au plus haut niveau.
