Derrière les podiums et les drapeaux, des centaines de professionnels de l’événementiel œuvrent dans l’ombre pour faire tourner la mécanique des Jeux. Parmi eux, plusieurs membres du collectif LeadHer ont franchi le pas de l’international. Récit d’une aventure construite, avant tout, sur la puissance du réseau.
Dans l’événementiel sportif, les offres circulent vite, les équipes se constituent souvent avant même que les postes soient publiés et appartenir au bon réseau fait parfois toute la différence entre décrocher un contrat et passer à côté. C’est précisément ce que confirme Inès, présidente de LeadHer, une communauté associative dédiée à l’événementiel : « Dans l’événementiel, c’est la chose la plus importante. Il y a forcément la voie classique où tu postules, ça marche également. Mais pour aller plus vite et plus loin, si tu as du réseau, tu gagnes vraiment beaucoup de temps.
» LeadHer s’est donc construit autour de cette réalité du terrain, avec des sous-groupes dédiés selon les profils (alternance, stage, emploi) et une logique de partage d’offres qui ouvre l’accès à des opportunités que beaucoup n’auraient jamais croisées seuls. Lorsque les premières occasions liées à Milan-Cortina 2026 émergent, les deux fondatrices, Inès et Cassandre, structurent un programme d’accompagnement : sélection sur CV et lettre de motivation parmi une vingtaine de candidatures, trois sessions de travail collectives, un groupe LinkedIn d’offres partagées en temps réel et un suivi individualisé pour aider les candidats à naviguer dans les méandres administratifs italiens, dont l’obtention du codice fiscale, ce précieux numéro d’identification sans lequel aucun contrat ne peut être signé.
« Sans ce réseau, je n’aurais probablement pas eu cette opportunité »
Mayé en est l’illustration concrète. Fraîchement sortie d’une expérience sur les Jeux de Paris 2024, elle cherche à se repositionner à Paris sans grande réussite. C’est en réseautant, autour d’un café avec Cassandre, qu’elle entend parler d’Inès, déjà en poste en Italie. Un CV transmis, un entretien passé et la voilà recrutée comme coordinatrice des opérations aéroportuaires pour Milan-Cortina. Cassandre elle-même finit par postuler en parcourant les offres qu’elle avait compilées pour les autres : « À force de voir des annonces, je me suis dit pourquoi pas. J’ai rejoint le programme d’accompagnement, entre guillemets, sans le vouloir » Superviseuse transport dans les Dolomites, elle gère au quotidien les déplacements, forte de ses expériences accumulées sur Roland-Garros et les Jeux de Paris.
Dans les coulisses d’un événement planétaire
Ce que le grand public ignore, c’est l’ampleur humaine et logistique que représente l’organisation des Jeux. Des centaines de shifts se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des équipes entières sont dédiées à des missions aussi précises que la gestion de véhicules ou la coordination des arrivées aéroportuaires. Sans oublier les mois, voire les années de préparation que l’on peine à imaginer de l’extérieur.
« Si je demande à mes proches combien de temps se prépare un événement comme les JO, ils diraient peut-être six mois. En réalité, c’est trois ou quatre ans« , glisse Cassandre. Mayé coordonnait à l’aéroport de Milan les flux de délégations entières, avec leurs équipements sportifs, leurs bagages surdimensionnés et leurs impératifs de transfert vers des sites de compétition nichés en altitude. Un jour, 54 personnes non répertoriées dans les fichiers débarquent sans prévenir. « Dans ces moments-là, la communication est ce qu’il y a de plus important. Il faut trouver des solutions rapidement, faire preuve d’adaptabilité et gérer son stress » confie Mayé.
« C’était l’heure à laquelle on finissait qui devenait l’heure à laquelle on devait recommencer »
Côté montagnes, Cassandre décrit des journées en roulement continu, avec des transitions de nuit au matin qui ressemblent à un décalage horaire permanent : « On regardait le plafond parce qu’on avait travaillé la nuit d’avant. C’était l’heure à laquelle on finissait qui devenait l’heure à laquelle on devait recommencer. » Inès retient pour sa part la densité humaine de cette aventure. Sur son site, le groupe informel des Français, surnommé « Oui Oui Baguette« , rassemblait selon ses estimations plus de 300 français engagés par le Comité Olympique.
« Je trouve ça hyper fort, le nombre de Français compétents qui travaillent sur ces événements. » Et dans ce contexte d’isolement relatif, la présence d’une petite communauté LeadHer sur place a joué un rôle que personne n’avait vraiment anticipé : celui d’un ancrage émotionnel. Retrouver des visages familiers dans un environnement étranger, partager les galères organisationnelles, se serrer les coudes lors des after-work organisés par le collectif, autant de moments qui transforment des collègues de circonstance en véritables alliées.
Une aventure qui repousse les horizons
Au-delà de l’expérience en elle-même, ce qui frappe chez ces trois femmes, c’est l’effet catalyseur de ce séjour sur leur trajectoire. Mayé avait posé ses valises à Milan avec une seule idée en tête : décrocher un CDI à Paris. Elle en repart avec une vision radicalement différente de ce que peut être une carrière dans l’événementiel. « Cette expérience m’a permis de lâcher prise. Je me suis rendu compte que le CDI n’était pas la seule voie possible. » Elle s’apprête désormais à rejoindre le village olympique de Dakar pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse, une opportunité née d’un échange spontané à l’aéroport avec le délégué général des Jeux, venu observer les opérations. Une conversation, un CV transmis dans la foulée, un entretien le lundi suivant.
Le réseau, encore. Cassandre multiplie de son côté les entretiens avec la FIFA et des agences internationales en vue de la Coupe du Monde 2026. Quant à Inès, elle reconnaît volontiers que l’expérience a bousculé ses certitudes autant qu’elle les a renforcées. Elle qui avait longtemps évité un certain type de poste s’est retrouvée à le faire, puis à le refaire et maintenant à repartir pour Dakar avec ce même rôle. « Ça m’a donné plus de conscience sur comment manager une équipe. Et même si ça a été dur, il y a toujours des choses positives à en sortir. » Trois parcours différents, une même conviction : dans l’univers des grands événements sportifs, les compétences ouvrent les portes, mais c’est souvent le réseau qui tient la poignée.
