Henri Leconte, figure du tennis français et finaliste à Roland-Garros en 1988, livre pour SPORTMAG son analyse de l’édition 2026 des Internationaux de France, qui s’achève ce dimanche, et son regard sur la nouvelle génération.
Lorsque vous franchissez à nouveau les portes de Roland-Garros, que ressentez-vous ?
C’est toujours une émotion particulière. Le tournoi a énormément évolué, dans le bon sens, mais l’atmosphère reste unique. Revenir ici ravive forcément des souvenirs forts. Trente ans ont passé, et pourtant tout semble encore très proche. Avec le temps, on a d’ailleurs l’impression que tout s’accélère.
Quand vous regardez les images de votre finale en 1988, vous reconnaissez-vous toujours ?
Oui, bien sûr. C’est même assez amusant. En travaillant aujourd’hui comme consultant, notamment avec Mats Wilander, on en parle parfois. On a parfois le sentiment d’être encore sur le court. Mais cela appartient désormais au passé. Le stade, lui, a changé : aujourd’hui, le central accueille environ 15 000 spectateurs, alors qu’à notre époque, on montait jusqu’à 17 500, avec une ambiance plus libre, plus spontanée. Le tennis était sans doute moins cadré, plus brut. Aujourd’hui, il est devenu plus structuré, plus tourné vers le business, comme beaucoup de sports.
Le public français vous a toujours soutenu avec ferveur. Que représentait cet amour dans les moments difficiles ?
C’était une relation passionnelle, parfois ambivalente. Le public pouvait être à la fois très chaleureux et très exigeant. Mais il m’a énormément porté, notamment lors de mes meilleurs résultats. Je reste le seul joueur français à avoir atteint trois demi-finales à Roland-Garros et le dernier finaliste. J’espère évidemment que cela changera bientôt. Le public a évolué aussi. On l’a vu récemment avec Diane Parry, qui est passé complètement de son match a été soutenue malgré sa défaite. À mon époque, notamment lors de la finale de 1988, l’exigence était différente.
Voyez-vous émerger une nouvelle génération capable d’écrire une grande histoire pour le tennis français ?
Il y a du potentiel, c’est indéniable, mais il reste encore beaucoup de chemin. Prenez Moïse Kouamé. Il est 200ème au classement, il possède de grandes qualités, mais il est encore loin du très haut niveau. Il doit progresser sans brûler les étapes. On sent qu’il s’amuse sur le court et qu’il aime partager avec le public, ce qui est essentiel. Il n’est pas encore arrivé.
Si vous deviez revivre un moment à Roland-Garros, lequel choisiriez-vous ?
Il y en a beaucoup, mais je pense à ce match en 1992 où j’étais largement mené avant de renverser la situation. Le public commençait à quitter les tribunes, persuadé que le match était terminé. Et puis tout a basculé. J’ai réussi à revenir et à m’imposer. Ce sont des moments extraordinaires, des émotions rares que seul le sport peut offrir. C’est fabuleux à vivre. On ne bat jamais Henri Leconte en cinq sets à Roland Garros !
Vous avez connu Roland-Garros comme joueur puis comme consultant. Que perçoit-on de l’intérieur que le public ignore ?
L’organisation est aujourd’hui remarquable, avec des conditions de travail exceptionnelles pour les joueurs et leurs équipes. En revanche, je regrette parfois un manque de spontanéité. Les joueurs communiquent beaucoup via les réseaux sociaux, mais on ressent moins d’émotion sur le court. À part quelques grandes figures comme Nadal, Djokovic ou Federer, et plus récemment Sinner, beaucoup semblent plus formatés. Or, jouer sur le Philippe-Chatrier est un privilège immense. Il faut en prendre conscience, vivre pleinement l’instant et le partager avec le public. Le spectacle ne doit pas se limiter au jeu. Il doit aussi transmettre des émotions, faire rêver les jeunes.
Le tennis peut-il rivaliser avec la popularité du football ?
Non, ce sont deux univers différents. Le tennis est un sport individuel, plus exigeant mentalement et plus exclusif. Sur un court, vous êtes seul face à 15 000 personnes, sans possibilité de vous reposer sur un coéquipier. Le football, par nature collectif, touche un public beaucoup plus large. Cela ne l’empêche pas d’être un sport magnifique, à condition de ne pas en retenir uniquement les débordements.
Avez-vous suivi la victoire du PSG ?
Oui, même si j’étais à Roland-Garros pour travailler, tout le monde suivait le match. C’est une excellente nouvelle pour le sport français. Le PSG a construit un projet solide avec son staff et son entraîneur. C’est un exemple à suivre pour les fédérations et la formation des jeunes. Il faudrait davantage mettre en avant ce type de réussite plutôt que les aspects négatifs. Le sport doit rester une source de plaisir et d’émotion.
