Ancien champion olympique de judo et ex-ministre, David Douillet revient sur la création de la Fondation 1 % pour le sport et du label du même nom. Lancé en décembre 2024, ce dispositif vise à mobiliser 1 % de la valeur générée par des programmes immobiliers labellisés afin de financer des projets sportifs locaux. Une initiative qui entend proposer un nouveau modèle de soutien durable au sport amateur.
Le principe du 1 % existe déjà dans d’autres secteurs, notamment la culture ou l’architecture. Comment avez-vous choisi de l’adapter au monde sportif ?
Ce n’est pas exactement le même fonctionnement. Notre 1 % part d’une logique de création de richesses. Dans le secteur immobilier, lorsqu’un promoteur décide de labelliser un projet avec le 1 % pour le sport, toutes les entreprises qui participent à la réalisation de ce projet vont reverser 1 % du chiffre d’affaires généré à travers la Fondation du Sport. Concrètement, sur chaque opération, environ 1 % du coût global revient au sport et est ensuite redistribué aux associations locales et aux projets qui existent sur le terrain.
La différence, c’est que nous ne sommes pas dans une logique de dons ponctuels. Ce n’est pas un mécène qui donne une année et peut arrêter l’année suivante. Là, le financement est directement lié à une activité économique qui existe réellement.
Est-ce aussi une manière de construire un modèle de financement plus durable pour le sport, dans un contexte où les ressources publiques sont plus contraintes ?
C’est exactement l’idée. Nous n’avons pas de subventions, et nous n’en cherchons pas. On sait que la situation est compliquée pour tout le monde, que ce soit pour l’État ou les collectivités. Notre volonté est justement de créer un modèle qui puisse fonctionner dans la durée. Il y aura toujours besoin de construire des logements, des bureaux, des bâtiments. Le secteur immobilier continuera donc à générer de la valeur. Le potentiel de financement est permanent, et c’est ce dont le sport a besoin aujourd’hui : des ressources qui s’inscrivent dans le temps.
Peut-on imaginer que ce type de contribution devienne demain un réflexe dans les grands projets immobiliers ?
Je ne suis pas quelqu’un qui souhaite imposer les choses. Je ne crois pas qu’il faille forcer les entreprises à agir de cette manière. Je préfère aller à la rencontre des entrepreneurs, des chefs d’entreprise, de toutes celles et ceux qui représentent une force économique dans notre pays, et leur expliquer pourquoi le sport est un enjeu majeur.
Le sport n’est pas uniquement une activité physique. C’est un outil d’éducation, d’inclusion, de santé publique, de cohésion sociale. Quand une entreprise décide d’intégrer cette démarche dans un projet, elle contribue directement à améliorer son territoire et la société dans laquelle elle évolue. C’est ce message que nous voulons porter : montrer qu’il existe une manière concrète d’avoir un impact positif.
Quels seront les critères précis de sélection des projets soutenus ? Comment garantir que les financements bénéficient réellement aux acteurs locaux ?
Le principe est assez simple : nous partons du terrain. Ce sont les associations sportives locales qui nous font remonter leurs besoins et leurs projets. Ensuite, un comité de sélection étudie ces propositions. Son rôle est de vérifier que ce sont de vrais projets, qu’ils répondent à un besoin identifié et qu’ils auront un impact concret sur la pratique sportive. L’objectif est notamment de favoriser l’accès au sport pour les plus jeunes et pour toutes les populations. Parce que le sport est un formidable outil de construction personnelle et collective.
Avec plus de 20 fédérations impliquées, comment éviter qu’une discipline soit davantage soutenue que d’autres au détriment des clubs de proximité ?
Ce n’est pas quelque chose que nous décidons à l’avance. Nous ne choisissons pas une discipline plutôt qu’une autre. Ce sont les territoires qui vont faire émerger les projets. Un promoteur peut décider d’intégrer la démarche sur une opération à Lille, Marseille, Strasbourg ou ailleurs. Ensuite, ce sont les besoins locaux qui vont déterminer les associations et les disciplines concernées. S’il y a davantage de projets liés à la gymnastique, à la natation, au football ou au handball dans une région, ce sera simplement parce que le tissu sportif local porte ces initiatives. Notre volonté est d’être cohérents avec les territoires et leurs réalités.
Le financement du sport repose encore largement sur les collectivités et sur le bénévolat. Ce modèle peut-il permettre de rééquilibrer durablement la place des acteurs économiques dans l’écosystème sportif ?
Je ne raisonne pas en opposant le privé et le public. L’idée est avant tout de trouver des solutions qui fonctionnent. Aujourd’hui, on voit bien que les financements deviennent plus difficiles, que ce soit pour l’État ou pour les collectivités territoriales. Dans ce contexte, il faut être capable d’imaginer de nouveaux modèles. Si des entreprises peuvent contribuer à soutenir le sport, c’est évidemment positif. Ce que nous essayons de faire, c’est d’apporter une réponse intelligente à une situation qui évolue.
Nous travaillons notamment à construire des partenariats avec les régions. Certaines réfléchissent déjà à un système où, pour chaque euro versé à une association, un autre euro pourrait être ajouté. Cela permet de multiplier l’impact et de rassurer les financeurs sur la qualité des projets. Notre rôle est aussi de sélectionner les projets les plus pertinents, ceux qui auront une vraie efficacité sur le terrain.
Vous avez été champion olympique puis ministre. Ce projet représente-t-il une nouvelle façon de transmettre ce que le sport vous a apporté ?
Finalement, ce n’est pas une question de statut ou de parcours. Ce n’est pas parce qu’on a été champion olympique ou ministre que l’on porte ce type de projet. Tout vient d’une expérience personnelle. Quand j’étais enfant, je suis entré dans un dojo. J’avais une dizaine d’années, et à ce moment-là je ne savais pas que cela allait changer ma vie. Aujourd’hui, ce qui compte, c’est de faire en sorte que d’autres enfants puissent avoir cette même opportunité. Le plus important, ce n’est pas le titre ou le parcours. C’est de permettre aux jeunes de découvrir le sport, parce que c’est une véritable école de sociabilité, d’inclusion et de vivre-ensemble.
