David Barrot : « Ma femme me dit que je vais verser une larme »

Crédit photo : David Barrot

À 57 ans, David Barrot va prendre part à l’Africa Eco Race 2026, du 24 janvier au 7 février. Une dernière aventure annoncée pour ce passionné de moto, qui entend profiter comme jamais, entouré de ses amis.

Pouvez-vous nous expliquer la Genèse de votre participation à l’Africa Eco Race 2026 ?

Au départ, c’est une histoire d’amitié. Je suis très proche de David Frétigné, qui est un grand pilote, quatre fois champion du monde. Dans les années 2010, j’avais été son « porteur d’eau » et, au-delà de l’aspect sportif, une vraie relation s’est instaurée entre nous. On s’appelle régulièrement. Aujourd’hui, David gère des stages de perfectionnement au pilotage à Villefranche-de-Rouergue ; il apprend aux gens à piloter pour des rallyes comme le Dakar, l’Africa Race ou le rallye du Maroc.

Un jour, en discutant, il me dit : « Putain, c’est vrai qu’on a arrêté tous les deux de faire des courses de manière anonyme. » Moi, j’avais arrêté sur un championnat régional il y a quelques années, et lui aussi. Il m’a proposé de clôturer nos carrières en faisant un dernier truc sympa : l’Africa Race.

Quelle a été votre réaction à cette proposition ?

Au début, je l’ai envoyé balader ! (rires). J’ai 57 ans, lui a trois ans de moins que moi. Je lui ai dit que j’avais arrêté de m’entraîner, que je ne roulais plus et que je ne voulais pas me relancer là-dedans. Mais bon, quand on est sportif dans l’âme… il a insisté et j’ai fini par dire oui.

Comment le projet a-t-il évolué depuis ?

Au départ, on devait partir juste tous les deux avec des motos Honda pour faire ça tranquillement. Puis on en a parlé autour de nous, des copains ont voulu se joindre à l’aventure, et aujourd’hui, nous sommes neuf au départ ! On a un gros soutien de Honda qui nous aide bien. On a même développé une moto spécifique pour l’événement : une Honda 750 Transalp Rally. Tout est prêt pour le départ le 20 janvier.

Vous disiez avoir arrêté l’entraînement intensif. Comment se passe le retour à la préparation physique pour un tel événement ?

(Rires) On sent les vieilles fractures ! Quand on a eu plus de 20 fractures dans une carrière de moto, c’est dur. Le plus difficile, c’est de redemander à son corps de faire des efforts, même si je suis beaucoup plus raisonnable qu’il y a 15 ans.

Je n’ai jamais vraiment arrêté le sport — je fais de la moto, je cours, je fais du vélo — mais là, c’est une préparation spécifique. On a repris contact avec notre ancien préparateur. Il a été simple : il a repris mon ancien programme d’entraînement et il a enlevé 30 %.

Quel est votre état d’esprit à l’approche du départ ?

C’est très sympa parce que ça redonne un but. Dans la vie, c’est important d’avoir des objectifs. En restant raisonnable sur tout — les entraînements, les ambitions et la façon de piloter — on s’est fixé ce nouveau défi et on va essayer de s’y tenir.

Est-ce que l’objectif est d’obtenir un résultat précis, ou est-ce que c’est simplement de profiter de cette « dernière » compétition, de prendre le temps d’apprécier le moment ?

On a envie de partager ça avec des copains qui viennent aussi, c’est vraiment sympa. Notre premier objectif, c’est que tout le monde arrive entier, que personne ne se blesse. C’est la base. Pour cela, on veut rouler, se faire plaisir et ne pas se faire mal. Ce sont nos trois objectifs principaux.

Après, on reste des compétiteurs. On a de bonnes motos et on se dit que si on arrive « propre » à la fin de la première semaine et qu’on n’est pas trop mal classés, un top 10 serait vraiment super. Mais je ne veux pas que cela m’empêche de dormir. Mon grand-père disait souvent : « La passion l’emporte sur la raison ». On va essayer de ne pas se laisser déborder, même si c’est le plus dur.

Justement, si cette passion l’emporte, est-ce que le sport va rester une part importante de votre vie après cette compétition ?

C’est ma philosophie de vie. Je regardais le résumé du Dakar tous les soirs sur la chaîne L’Équipe, et il y a cet ancien pilote de 76 ans qui repart faire un Dakar… Je m’inspire de ces gens-là. Quand je vais courir mes 11 km le dimanche matin, je vois des gars de 65 ans qui s’éclatent encore. Pour moi, le sport, c’est l’essence de la vie.

C’est dans mon ADN. Aujourd’hui, j’ai 57 ans, je sors avec des gamins de 30 ans et on se défie. On fait attention, bien sûr, mais je fais en sorte que mon corps soit toujours disponible pour tout ce que j’ai envie de faire.

Vous parliez du Dakar. Est-ce que cette course fait partie de vos plus beaux souvenirs de carrière ?

Dans ma carrière d’endurance — j’ai fait le Championnat du monde, les 24 Heures du Mans, le Bol d’Or — le Dakar reste le souvenir le plus fort parce que c’est une vraie aventure. Une course de 24 heures, c’est intense, ça dure une semaine avec les préparatifs et on est plusieurs équipiers à se relayer. Mais le Dakar, c’est autre chose.

Par exemple, sur une étape marathon, les pilotes sont en autonomie totale pendant deux jours. Ils ne voient pas leur équipe ni leur mécano, ils parcourent parfois 1 300 bornes dans un milieu hostile… Psychologiquement, cela demande un engagement total. On vit des choses beaucoup plus fortes. Je pense que quand un homme a fait le Dakar, cela le change profondément.

Le 7 février, quand vous allez franchir la ligne d’arrivée, qu’allez-vous ressentir ?

Je ne sais pas trop… en fait, je suis un peu à la recherche de ça. Ma femme me dit que je vais verser une larme. Moi, je ne sais pas. En fait, j’ai envie et j’ai pas envie en même temps. Dans ma philosophie, je veux faire du sport jusqu’à 75 ou 80 balais, et là, je me dis que je vais clôturer cette partie-là. C’est encore assez vague dans ma tête.

Ce qui est sûr, c’est que je veux le vivre pleinement. Pas comme à l’époque où je faisais de la course avec des contraintes, des tableaux de marche, des tactiques et de la pression. Je vais le vivre différemment. À l’arrivée, je pense que ce sera un grand point de satisfaction. Ce ne sera sûrement pas un point final, mais une porte ouverte vers plein d’autres aventures entre potes.

Toute cette carrière à moto, c’est aussi beaucoup de rencontres. J’imagine que faire ça avec des amis et d’autres compétiteurs, ça donne beaucoup de sens à cette « dernière » ?

Toute ma vie et ma carrière ont tourné autour de la moto. J’ai commencé par vendre des motos et je finirai ma carrière professionnelle en vendant des motos. J’ai toujours dit que c’est un sport individuel, mais c’est avant tout un sport de partage et d’équipe.

J’ai eu la chance de rouler avec de grands champions qui m’ont beaucoup apporté, d’abord en les regardant, puis en les côtoyant en compétition. Depuis que j’ai annoncé ma participation à l’Africa Eco Race, j’ai des super potes et des pilotes qui m’envoient des encouragements. Ça fait du bien, on se sent moins seul.

Il y a tout un monde qui nous suit ! Ils me demandent tous : « David, sur quoi on te suit ? Est-ce que les waypoints seront marqués ? ». Quand on est sur la moto, on est seul, mais on se raccroche à tous ces gens qui savent ce qu’on fait et qui rêvent un peu à travers notre aventure. Pour moi, c’est super important.

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