À 22 ans, Mathys Rondel s’apprête à découvrir l’ivresse du Tour d’Italie. Pour le grimpeur de la formation Tudor Pro Cycling, ce Giro a tout pour devenir la rampe de lancement d’une grande carrière.
L’ovni venu du roller
L’histoire de Mathys Rondel ressemble à ces récits de transferts sportifs que le cyclisme moderne affectionne tant. Issu du roller de vitesse — discipline dont son père, Anthony, fut une figure — le Sarthois n’a réellement épousé la bicyclette qu’en 2020. Un retard à l’allumage qui explique sa fraîcheur mentale, mais qui rend ses performances actuelles presque irréelles.
Après avoir impressionné chez les espoirs sur la Ronde de l’Isard, il a franchi les échelons au sein de la structure suisse dirigée par Fabian Cancellara. Ses saisons 2024 et 2025 ont servi de rampe de lancement, marquées notamment par une 9e place sur le Tour de Romandie et un top 10 probant sur Paris-Nice en mars dernier. Capable de tenir tête aux cadors mondiaux dès que la route s’élève, Rondel a récemment prouvé sa fidélité à son projet en prolongeant son contrat jusqu’en 2030. Un signe fort : il est l’homme autour duquel Tudor compte bâtir son futur en Grand Tour.
Le Giro : une terre de prédilection
Pourquoi l’Italie plutôt que la France pour ses débuts sur trois semaines ? La réponse est à chercher dans son passé récent. En 2023, Mathys avait déjà brillé sur le Giro Next Gen (le Tour d’Italie des moins de 23 ans), s’y classant parmi les meilleurs grimpeurs. Il ne s’en cache pas : « C’est le Grand Tour que j’aime le plus », confiait-il récemment. Les cols italiens, souvent plus irréguliers et plus abrupts que les cols français, conviennent à son profil de grimpeur pur, léger mais capable de produire des efforts à très haute intensité.
Objectifs et chances : entre prudence et ambition
Pour ce mois de mai 2026, l’encadrement de la Tudor joue la carte de la mesure, mais les performances de Mathys sur l’UAE Tour (12e) et Paris-Nice (8e) parlent pour lui. Sur ce Giro, le maillot blanc de meilleur jeune est sans doute son objectif le plus concret. S’il parvient à limiter la casse sur les quelques secteurs chronométrés, sa régularité en montagne pourrait lui permettre de jouer les premiers rôles au classement du meilleur jeune.
Terminer dans les dix premiers à Milan serait une performance monumentale pour une première participation. Mais au vu de sa progression linéaire, le voir batailler avec les leaders confirmés dans la troisième semaine (souvent dantesque sur le Giro) n’a plus rien d’une utopie.
En cas de perte de temps précoce, Mathys possède le tempérament pour se glisser dans une échappée de haute montagne, et ainsi glaner un succès d’étape. Son intelligence de course et sa capacité à gérer les efforts en altitude en font un candidat sérieux pour lever les bras au sommet d’un col mythique.
L’atout du collectif
Il ne sera pas seul dans cette aventure. Entouré de coureurs d’expérience comme Michael Storer, Rondel bénéficie d’une équipe structurée, sans la pression médiatique étouffante qui pèse parfois sur les jeunes leaders des formations françaises du WorldTour. Désormais installé dans les Pyrénées pour parfaire ses entraînements en altitude, il arrive sur ce Giro avec une préparation millétrée.
Alors que le maillot rose hante les rêves des plus grands, Mathys Rondel entame son périple avec une humilité qui n’exclut pas une faim de loup. En Italie, il ne vient pas seulement pour apprendre, mais pour valider son statut de futur grand du cyclisme tricolore.
