Alors que le gala PALATINA 7 s’apprête à faire vibrer Cherbourg ce samedi 9 mai, la boxe tricolore semble retrouver un second souffle sous l’impulsion de promoteurs audacieux. Témoin privilégié de l’histoire du noble art depuis 1985, la voix emblématique de la boxe, Jean-Philippe Lustyk, analyse pour nous ce renouveau.
Ce samedi 9 mai, place au gala PALATINA 7 à Cherbourg. Ces organisations PALATINA font-elles du bien à la boxe en France ?
Je trouve que c’est une initiative magnifique. Jusqu’à maintenant, la boxe existait en province avec des clubs qui font un très bon boulot, mais qui, malheureusement, ne peuvent pas organiser plus de deux galas par an, voire trois si c’est exceptionnel. Les boxeurs avaient donc un problème de visibilité et de régularité. Pour la première fois depuis de très nombreuses années, dans un environnement compliqué et un contexte économique difficile, un organisateur prend des risques et établit un calendrier. En l’espace de 15 mois, on aura sept galas ! C’est un record. Il y a une démarche avec une vraie lisibilité, en s’appuyant sur de nouvelles générations. C’est une très belle démarche, courageuse et structurée, avec des perspectives très prometteuses.
Comment avez-vous vécu le dernier gala à Lisieux, où vous étiez aux commentaires ? Est-ce qu’on y retrouve du très haut niveau à chaque fois ?
Ce qu’on a vécu à Lisieux, c’est vachement bien. J’adore ces soirées avec des championnats de France acharnés, un titre souvent dévalorisé mais pourtant crucial. Le matchmaking est un art : il s’agit de trouver le juste milieu pour équilibrer le combat, car le palmarès n’est pas le seul critère ; il faut des opposants durs à battre. C’est passionnant. J’accompagne cela depuis 1985. Ma relation avec Franck Nicotra, dont je commentais les combats sur Canal et TF1, joue beaucoup. La clé pour un promoteur, c’est d’aimer les boxeurs, et c’est ce qu’on fait pour les valoriser.
Parlons du combat d’Hugo Morel pour la ceinture IBO Continentale contre un Mexicain, Chester Parada. Est-il prêt pour ce rendez-vous ?
Hugo est prêt. Il a boxé en novembre pour son championnat de France face à Belasem, un combat difficile contre un adversaire qui illustre bien mon propos : il a des défaites, mais un vrai niveau européen. Hugo Morel a 25 ans et possède le punch, un don du ciel. Quand il touche, ça ébranle. Il est invaincu en 13 combats. Il doit encore progresser techniquement et tactiquement, il est perfectible, mais sa puissance est géniale. Face à lui, un Mexicain qui vient pour un titre n’est jamais facile. Au Mexique, il y a plus de 450 pros chez les welters ; faire partie des quinze meilleurs là-bas indique un très haut niveau. Son adversaire a 15 victoires dont 11 K.O. Ses 4 défaites datent de 2019, il faut savoir lire le palmarès. Ce sera un vrai combat car pour le Mexicain, c’est l’occasion de se faire connaître. Pour Hugo, ce passage par la victoire est essentiel pour la construction de sa carrière.
PALATINA met aussi en avant les boxeuses. Quelle est votre vision de cette génération féminine prometteuse en France ?
La boxe féminine fait désormais partie du paysage, il y a une équité. Le problème reste le manque de notoriété et le fait qu’elles boxent peu (parfois seulement cinq combats pour un championnat de France). Mais le niveau progresse car il y a de plus en plus de licenciées (40 % de femmes) et les entraîneurs sont mieux formés à la gestion émotionnelle spécifique de la relation avec une boxeuse. Il y a de vrais talents, comme Isis Logerie ou la petite D’Almeida, une surdouée de 19 ans. Au-delà du sport, j’aime raconter leurs histoires : Odelia Ben Ephraim est une artiste qui peint et sculpte, par exemple. C’est inspirant de voir ces filles qui sont professionnelles mais obligées d’avoir un métier à côté pour vivre, tout en s’entraînant comme des pros. Dans chaque soirée Palatina, la boxe féminine a complètement sa place.
Après Lisieux, direction Cherbourg. La Normandie est-elle plus que jamais une terre de boxe ? Quelle ambiance attendez-vous ?
La Normandie est une terre de sport en général. C’est historique. Franck Nicotra y est installé depuis 20 ans, il a ses repères et cette sensibilité normande. L’ambiance à Lisieux était excellente, et à Cherbourg, les deux fois où nous y sommes allés pour Hugo Morel, c’était extraordinaire. Hugo Morel fait partie de ces boxeurs qui déplacent les foules et soulèvent la passion de leur ville. L’ambiance va être dingue, je n’ai aucun doute. C’est un public en fusion et c’est génial.
