Licenciée à l’ES Vitry depuis son enfance, Alice a grandi au sein du club où elle a découvert le cirque à seulement 10 ans. Aujourd’hui encadrante, elle revient sur son parcours, la nature hybride de cette discipline entre sport et art, et les exigences d’une pratique souvent méconnue du grand public.
À vos débuts, vous perceviez le cirque comme un sport ou comme une activité artistique ?
Au départ, c’est venu dans un contexte d’activité physique. J’avais arrêté la danse et la natation pour me tourner vers le cirque. Mais très vite, j’ai compris qu’il y avait une dimension artistique très forte. Finalement, j’ai toujours considéré cette pratique comme un mélange des deux : une activité sportive et une expression artistique.
Comment définiriez-vous le cirque aujourd’hui ?
Je le définis comme une activité physique et sportive associée à une dimension de création artistique d’expression et d’engagement du corps. C’est aussi une discipline où chacun peut trouver sa place, car il existe de nombreuses formes de pratique : jonglage, équilibre, aérien… C’est une véritable jonction entre technique et expression.
Le grand public voit surtout le spectacle. Quelle place occupe la préparation ?
La préparation représente une grande partie du travail. L’un des objectifs du cirque est de produire un spectacle, donc de se présenter devant un public. Mais avant cela, il y a un long travail de préparation physique et technique. La technique sert ensuite la création artistique. C’est plutôt dans cet ordre-là que les choses s’organisent, bien qu’en travaillant l’artistique, la technique évolue également.
Le cirque reste-t-il une discipline sportive à vos yeux ?
Oui, clairement. C’est une activité sportive, même si elle est moins codifiée ou compétitive que d’autres disciplines. Il y a une exigence physique réelle, mais elle s’exprime différemment, avec une forte dimension artistique.
Quelles qualités sont indispensables pour progresser en cirque ?
Cela dépend des disciplines pratiquées : trapèze, fil, jonglage, boule d’équilibre… Chaque agrès a ses spécificités. Mais de manière générale, on cherche à développer la polyvalence chez les pratiquants. Les bases communes sont la coordination, l’équilibre, la souplesse, le gainage et la dextérité. L’aérien demande par exemple des qualités différentes du jonglage, mais tous les pratiquants doivent avoir une base corporelle solide.
Un profil type existe-t-il ?
Pas vraiment. On peut avoir un jongleur peu souple et une gymnaste très souple incapable de jongler. Le cirque est fondamentalement pluridisciplinaire.
À partir de quel âge peut-on commencer le cirque ?
À Vitry, les cours commencent à partir de 8 ans. Mais en réalité, on peut être en contact avec le cirque bien avant. Certains enfants de 2 ou 3 ans découvrent déjà les objets, les balles ou le fil, même sans apprentissage structuré.
Au-delà de la technique, que permet le cirque que d’autres sports ne permettent pas ?
Le cirque est avant tout une discipline d’expression. C’est ce qui le distingue des autres activités physiques. Il permet de transmettre des émotions, des messages, une intention artistique. Il y a d’un côté le travail préparé autour d’un spectacle, construit avec une thématique et une intention. Et de l’autre, des formes plus spontanées, liées à l’improvisation et à l’expression immédiate. Chaque spectacle est unique.
Les blessures sont-elles fréquentes dans le cirque ?
Je n’ai jamais eu de blessures graves. Quelques brûlures, des bleus, mais pas de fractures. Aujourd’hui, étant davantage dans l’encadrement que dans la pratique intensive, je fais attention à mes limites. En revanche, chez les pratiquants, il peut y avoir chaque année des blessures, notamment aux genoux ou aux articulations, comme dans toute activité physique.
Le cirque souffre-t-il d’un manque de reconnaissance ?
Je parlerais plutôt d’une méconnaissance que d’un manque de reconnaissance. Le public est souvent curieux, parfois intrigué. Il existe encore une image assez traditionnelle du cirque, associée aux chapiteaux et aux artistes itinérants. Or aujourd’hui, le cirque est multiple : cirque traditionnel, cirque contemporain… Les formes sont très diverses, parfois même en opposition dans leur manière de concevoir la discipline.
Le cirque est-il pleinement reconnu comme discipline ?
Il est surtout reconnu comme discipline culturelle, rattachée au ministère de la Culture et non au ministère des Sports. Dans l’imaginaire collectif, il reste associé au spectacle vivant, au théâtre, à la musique ou à la danse. Il existe peu de structures de cirque intégrées à des clubs sportifs, contrairement à d’autres disciplines. Pourtant, l’engagement physique est bien réel.
