Ski alpin – Julien Lizeroux : « J’ai cet esprit de compétiteur »

Tout jeune quadragénaire, Julien Lizeroux se prépare pour une nouvelle saison sur les skis. La retraite de Marcel Hirscher, les chances du groupe France cette saison, la préparation, mais aussi les modifications du Combiné, le slalomeur n’esquive aucune question.

 

Julien, prêt à repartir pour une nouvelle saison, avec toujours la même fraîcheur ?
Toujours aussi frais mentalement, oui. Physiquement, forcément, un petit peu moins, mais ça va très bien. Après, je ne suis pas encore prêt, parce qu’on a encore une bonne période de préparation. Mais l’envie et la motivation sont là.

 

Y a-t-il un objectif cet hiver ?
Je ne me suis jamais fixé d’objectif comptable pendant toute ma carrière, donc ce n’est pas maintenant que je vais le faire. La seule envie que j’ai, c’est d’afficher du vert en deuxième manche, peu importe le rang, mais pour avoir le sentiment du travail bien fait.

 

Comment vit le groupe de Slalom, qui allie jeunesse et expérience ?
Ça se passe très bien entre nous, c’est un groupe qui a trois ans maintenant. On a à nouveau séparé les structures Géant et Slalom depuis trois ans. Nous sommes quatre athlètes : Jean-Baptiste (Grange), Clément (Noël), Robin Buffet et moi. On a une petite structure avec deux coaches, un kiné, un préparateur physique et deux techniciens, préparateurs de skis. Nous, on s’entend très, très bien. Il y a un vrai partage, une vraie cohésion. Ce sont des échanges, ce n’est pas du tout : “les vieux qui chapeautent les jeunes” ou “les jeunes qui veulent pousser les vieux dehors.” On est tous ensemble dans la même barque, on a tous le même état d’esprit, avec les mêmes valeurs du sport de haut niveau, les mêmes valeurs de la vie. Du coup, ça se fait dans une bonne entente. Les jeunes nous apportent un peu plus de fraicheur, d’envie. Ils nous montrent la voie car ce sont eux qui vont vite. Et nous, on est peut-être un peu plus pondérés, avec un peu plus d’expérience, de connaissances. Ce mélange-là marche très bien. On passe nos journées ensemble, on revient de trois semaines en Argentine, on était tous les quatre dans un petit chalet, on logeait ensemble et tout s’est bien passé. Il y a de la rivalité, mais elle est saine, on est de bons copains. JB, Clément, ce sont vraiment des mecs gentils, agréables à vivre au jour le jour, ils ne sont pas du tout là pour marcher sur les autres. Du coup, c’est aussi une des raisons pour lesquelles je continue ma carrière. L’ambiance est cool et ça me plait.

 

« On s’est toujours très bien entendu avec Marcel »

 

Y a-t-il un secret pour avoir une telle longévité ?
Je ne crois pas qu’il y ait de secret. Moi, mon secret, c’est que j’aime le sport depuis que je suis gamin. Mes parents m’ont donné cette culture du sport outdoor, du dépassement de soi, de l’effort, du plaisir à l’effort et du plaisir à faire du sport. C’est quelque chose que je retrouve vraiment aujourd’hui. Je pense que j’ai aussi fait découvrir un panel de sports très variés. Moi, je m’éclate en faisant ça, je m’éclate en m’entraînant, en mettant une stratégie en place pour être compétitif. J’ai cet esprit de compétiteur. Il y a du plaisir, mais il faut qu’il y ait quelque chose au bout. Qu’il y ait la compétition et des résultats. Je pense aussi que même si j’ai été blessé, j’ai pris le temps de revenir, de me reconstruire physiquement, et je pense que le corps a une mémoire. Du coup, maintenant, j’ai moins besoin de m’entraîner et ça reste quand même efficace. Forcément, avec l’âge, l’endurance a plutôt tendance à stagner voire à s’améliorer. En revanche, l’explosivité, le travail lactique, ça descend, donc il faut compenser un petit peu.

 

Quel est votre sentiment concernant la retraite de Marcel Hirscher ?
Je suis triste, parce que c’est LE skieur des dix dernières années, si ce n’est le meilleur de tous les temps. Je suis arrivé très tôt sur le circuit, après j’ai eu une période plus compliquée. Mais mon retour sur le circuit au plus haut niveau a coïncidé avec l’arrivée de Marcel. J’étais sur la Coupe d’Europe avec lui, sur la Coupe du monde. On s’est toujours très bien entendu, on a toujours pas mal discuté, je l’ai toujours beaucoup apprécié pour son respect des autres. C’est une superstar, mais c’est quelqu’un de gentil, de très respectueux. J’ai toujours eu énormément de plaisir à aller le féliciter pour ses victoires, pour ses podiums. C’est quelqu’un qui a toujours un mot gentil, qui est très sympa. Après, je comprends sa position, parce qu’il a fini l’hiver dernier vraiment sur les rotules. Il était très fatigué. On avait discuté en fin de saison, il disait déjà qu’il ne savait pas s’il allait continuer. Il a un enfant, il est dans le pays du ski, il a réalisé ce que personne n’a jamais réalisé. Et ça ne va pas être réalisé à nouveau tout de suite. Il y a beaucoup d’enjeux derrière, je trouve que ce n’était vraiment pas la solution de facilité de dire “j’arrête” maintenant. Il arrête au top, il a tout gagné, donc chapeau Marcel. Qu’il profite de sa vie.

 

« On dévalue encore le Combiné »

 

Est-ce que sa retraite ouvre une porte à Clément Noël pour le Globe de Slalom ?
Si on commence à parler de Globe au mois d’octobre, pour moi, on fait complètement fausse route. Le classement général de la Coupe du monde se dessine au fur et à mesure d’une saison. Ce n’est pas quelque chose qui se décide au début d’une saison. Le fait que Marcel arrête, ça n’a rien à voir avec Clément, Alexis, JB… Cela concerne tout le monde, tout le monde va gagner une place au classement parce que Marcel était n°1 mondial. Maintenant, ça ne veut pas dire que ça simplifie la chose, bien au contraire. Il y en a beaucoup qui vont arriver avec les dents qui rayent le parquet. On enlève un mec, mais il y aura quand même 30 mecs qui seront là en une seconde, une seconde et demie. Donc ça reste une discipline très aléatoire, très dense. Parler du mois de mars maintenant, ça ne fait pas skier plus vite, ça fait perdre beaucoup d’influx, beaucoup d’énergie, et ça ne sert à rien.

 

On vous a vu râler sur les modifications récentes du Combiné (ne plus inverser l’ordre de départ pour le Slalom) …
Ce n’est pas que je ne suis pas content. Je pense que tout le monde s’en fout de ce que moi je pense. Je n’ai pas du tout la science infuse, mais je trouve que c’est aberrant. C’est une décision qui intervient très tardivement, au mois d’octobre, alors qu’on s’entraîne depuis le mois de juin. La moindre des choses, si les instances avaient vraiment le respect des coureurs, ça aurait été d’en parler tout de suite. Après, pour moi, c’est une décision qui va un peu à l’encontre de notre discipline. Notre discipline veut qu’on inverse l’ordre pour que la dramaturgie monte. Là, ça ne va pas être le cas. Surtout, c’est du nivellement par le bas. On nous a dit : « le combiné on arrête, non on continue, non on arrête, non on continue… » Un coup c’est une descente, un coup c’est un Super-G. On s’y perd. Cette discipline ne ressemble à rien, ce n’est pas beau à regarder parce que les slalomeurs ne sont pas forcément très bons en descente et parce que les descendeurs ne sont pas très bons en slalom. Ce medley-là n’est pas sympa à regarder alors que c’est une belle discipline. Là, on nous ajoute encore un nouveau truc qui sort de derrière les fagots. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on a décrété que c’étaient les slalomeurs qui gagnaient les combinés et qu’on a envie que les descendeurs soient un peu plus dans le jeu. On nivelle par le bas et le nivellement par le bas ne fait pas du haut niveau, ça ne fait pas du beau spectacle. Leur seul objectif, c’est de réintéresser les gens au Super Combiné, qu’il y ait plus de monde qui le regarde à la télé. Je ne suis pas persuadé que ça fasse rêver les téléspectateurs et que ça donne envie aux jeunes de faire du Super Combiné. Et c’est ça en fait qui m’interpelle. Moi, je m’en fous, je n’en fais pas. J’ai aucun intérêt à en parler. Mais si on me dit que l’on fait ça pour que ce soit plus attractif, on regardera cet hiver à la télé, je ne suis pas certain que ça marche…

 

Cette discipline intéresse peu les spectateurs…
Elle est bâtarde parce que personne ne s’y intéresse. Il y a deux courses dans l’hiver, il n’y a pas de globe, les sponsors n’en ont rien à faire parce que les primes sont divisées par deux. Il n’y a aucun intérêt, pourtant il y a une médaille olympique, une médaille mondiale. Devant ça va très vite, mais derrière il y a un tel gouffre. Parfois sur la Coupe du monde, il n’y a même pas 30 athlètes au départ de la deuxième manche. C’est quand même la Coupe du monde du ski alpin. Ça m’embête par rapport aux jeunes. Si un jeune slalomeur, un jeune descendeur ou un jeune polyvalent se dit : « tiens, je vais aller faire du Super Combiné », il va partir sur la Coupe du monde, il va partir avec le dossard 50, il fait une bonne descente et finit 20e, il va repartir 20e en slalom. Il n’a aucune chance de faire un bon résultat. Ou alors ça va être long, mais il n’y a que deux combinés dans l’année pour remonter dans les classements. C’est dommage, on dévalue encore cette discipline.

Propos recueillis pas Simon Bardet
Crédit photo : Gepa / Icon Sport
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