Brice Leverdez : « C’est le badminton qui me fait vivre »

La saison 2019 de Brice Leverdez est bien chargée entre tournées en Asie, les Championnats du monde et d’Europe ainsi que le début des qualifications aux JO de Tokyo. Le meilleur badiste français au classement mondial, qui a débuté le badminton il y a plus de 20 ans, continue de se consacrer pleinement à son sport.

 

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a conduit vers votre longue carrière ?

À la base, j’ai découvert le badminton pendant des vacances. J’ai tout de suite aimé. Le badminton est un sport très intense qui demande de l’entraînement tous les jours. J’apprécie ses différents aspects : le physique, le mental, la technique et la tactique, il faut tout cumuler. J’ai voulu continuer à pratiquer ce sport, alors je suis entré en club en 1998 à Maurepas (Yvelines) et depuis je suis toujours en carrière. J’ai obtenu mes deux premières victoires en tournois internationaux en 2007 (Open d’Équateur et International de Carebaco, NDLR), puis mon premier titre de champion de France en 2008. J’ai connu une belle progression au classement mondial entre 2007 et 2010 en gagnant 473 places.

Vous êtes-vous bien remis de votre blessure qui vous avait contraint au forfait pour les Championnats d’Europe par équipes mixtes en février ?

Je vais très bien ! J’ai reçu un mauvais diagnostic, c’est pour ça que l’histoire a traîné en longueur. J’ai refait une IRM qui a montré le vrai problème. J’étais touché au ménisque et non aux ligaments. J’ai juste eu 20 jours d’arrêt depuis le début de l’année, dont la semaine des Championnats d’Europe par équipes mixtes.

« Tenter une nouvelle expérience »

Comment abordez-vous cette nouvelle saison ?

Cette année 2019 sera chargée avec l’enjeu de la qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 à partir du mois de mai. J’ai pu à nouveau gagner le titre de champion de France, après trois années de disette face à la nouvelle génération. Mes autres objectifs de la saison sont de faire de meilleurs résultats aux Championnats d’Europe et aux Championnats du monde (huitièmes de finale les deux années précédentes, NDLR) et d’entrer dans le top 15. Depuis le début de l’année, j’ai déjà joué des tournois en Inde, en Malaisie et à Singapour et je vais participer à beaucoup d’autres compétitions en Asie. Je vais tenter une nouvelle expérience, rester en Asie entre les tournois et m’entraîner là-bas. Ce n’est pas pour m’adapter à leur style de jeu, cela fait plus de dix ans que je le connais. Mon but est plutôt d’éviter la fatigue, de ne pas subir le décalage horaire avec les allers-retours avec la France.

Comment se déroule les qualifications pour les Jeux olympiques de Tokyo ?

Il faut faire les meilleurs résultats possibles entre mai 2019 et mai 2020. Ce n’est qu’à ce moment-là que je saurai si je suis qualifié pour les Jeux olympiques. Tokyo 2020 serait ma troisième participation après les JO de Londres en 2012 et de Rio en 2016. Mes souvenirs de ces deux compétitions sont mitigés. Ce sont des expériences inoubliables, mais mon but était d’aller chercher une médaille. J’ai échoué à élever mon niveau de jeu pour créer la surprise. Cela sera mon ambition pour 2020.

« On ne peut pas se permettre de ne pas se reposer »

Vous êtes également président de la marque de prêt-à-porter Leverdez SAS. Comment menez-vous vos deux carrières de front ?

L’entreprise a été mise en pause. À l’origine, je devais arrêter ma carrière sportive après les Jeux olympiques de 2016, mais je l’ai poursuivie. Je ne pouvais pas cumuler les entraînements et l’entrepreneuriat. Comme mes associés avaient aussi un boulot à côté, on a dû mettre cette activité en sommeil. Le badminton est un sport qui demande beaucoup d’entraînement et j’en ressors très fatigué. Après les entraînements, on ne peut pas se permettre de ne pas se reposer. Les temps de récupération sont obligatoires au haut niveau dans ce sport, sinon on n’est pas qualitatif sur le terrain et on augmente le risque de blessures. J’ai rarement le temps de pratiquer d’autres sports comme le judo ou le tennis que j’apprécie, ou mes hobbys comme la photographie et la plongée sous-marine. L’entreprise c’était un à-côté, c’est le badminton qui me fait vivre. On verra si je reprends quand j’aurai arrêté le badminton, car c’est une belle opportunité pour mon après-carrière.

Pourquoi avoir choisi le domaine du prêt-à-porter haut-de-gamme ?

Quand j’ai voulu me lancer je n’avais pas de secteur particulier en tête. J’ai constaté que les vêtements dans le milieu du sport manquaient d’élégance, qu’il y avait un besoin de s’améliorer dans ce domaine. L’entreprise s’est donc placée sur un marché qui allie élégance et mouvement.

« Pas assez de jeunes dans les clubs »

Vous êtes l’un des ambassadeurs du sport francilien et de l’olympisme depuis 2012. Quel est votre rôle exactement ?

Avec plusieurs sportifs qui ont participé aux Jeux olympiques, nous nous rendons dans certains lycées de la région Île-de-France ou dans des camps d’entraînement pour proposer des activités, parler de l’olympisme et des valeurs du sport en général. Ce rôle me tient à cœur, j’adore ça ! J’aime transmettre ce que j’ai appris à des plus jeunes, ainsi que défendre les valeurs du sport que je trouve belles.

Quelle est la place du badminton dans le paysage sportif français selon vous ?

Le badminton est le sport numéro un au niveau scolaire derrière le cross. Le franchissement de l’étape suivante, l’entrée dans les associations sportives, est plus difficile. Il n’y a pas assez de jeunes dans les clubs actuellement. Ils s’inscrivent plus dans les sports qu’on voit à la télévision, comme le football, le basket ou le handball. Il faudrait que le badminton soit davantage médiatisé. Les Jeux olympiques permettent à notre sport d’être plus visible pendant un certain temps, mais il faut faire des résultats pour que cela dure. Une médaille créerait une émulation énorme et donnerait de l’espoir.

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Par Leslie Mucret

 

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