Kevin Kuadjovi : « Un bon boxeur ne peut pas être bête »

La trajectoire de Kevin Kuadjovi est particulièrement atypique. Retour sur le parcours du « boxeur ingénieur ».

 

Vous êtes « tombé » dans la boxe un peu par hasard ?

Je n’ai jamais eu la volonté de faire de la boxe mon métier. J’ai suivi une formation d’ingénieur. Originaire du Val-d’Oise (95), je suis parti faire mes études à Bordeaux. A l’époque, je jouais au foot. Après un stage à l’étranger, je me suis mis à boxer en 2010, j’avais alors 23 ans. Un camarade m’a conseillé le club de Pessac. J’ai pris goût à ce sport et mon niveau s’est rapidement élevé. Mon coach m’a fait faire des combats. Je les ai tous gagné avant la limite. Mon entraîneur a commencé à évoquer la possibilité que je puisse participer aux JO 2012 ; je possédais alors la double nationalité franco-togolaise. En 2011, je décroche la médaille de bronze aux championnats d’Afrique, puis j’ai continué à faire des combats et remporté les championnats de France en 2012. La France souhaitait me mettre sur la liste pour les qualifications olympiques mais malheureusement, cela n’a pas été possible en raison d’une guerre diplomatique entre les deux pays à mon sujet. Mon cas était trop complexe, ce qui m’a empêché de participer aux qualifications olympiques.

S’en est alors suivie une longue période sans boxer…

J’ai été pré-embauché pour travailler dans le forage pétrolier. Pendant 3 ans, je n’ai plus boxé, je me contentais simplement de garder la forme. Fin 2015, j’ai repris l’entraînement, à Asnières. J’ai pris part aux championnats de France 2016, lors desquels j’ai perdu en quart de finale contre le futur vainqueur. Ensuite, j’ai participé au tournoi de qualification olympique ; les 3 premières places permettaient d’aller à Rio et j’ai terminé 4ème. Je pensais alors que ma carrière était terminée. Toutefois, je suis resté en contact avec mes coachs d’Asnières et de Pessac. Ils m’ont dit que si je continuais la boxe, je pourrais gagner les championnats de France 2017, ce que j’ai réussi à faire. J’ai alors été approché par la World Series of Boxing et entamé des entraînements assez réguliers à l’INSEP.

Aujourd’hui, que privilégiez-vous, la boxe ou votre travail ?

Ma priorité, c’est désormais le travail. Surtout que je viens d’avoir une offre de GRDF (Gaz Réseau Distribution France) pour un poste d’ingénieur dans la banlieue bordelaise. Après, mon entraîneur sait me « mettre des virus » (rire). Ce qui m’embêterait, c’est de participer à des championnats sans avoir eu l’occasion de bien m’entraîner au préalable. En tant que cadre, je vais avoir des responsabilités, il sera donc compliqué de concilier les deux.

Quand comptez-vous remonter sur le ring ?

Pour le moment, ce n’est pas prévu. Après, on ne sait pas de quoi demain sera fait… Je n’ai plus boxé depuis le mois de mai dernier et les World Series of Boxing.

On vous présente toujours comme « le boxeur ingénieur ». Cette appellation vous agace-t-elle ?

Non. Au contraire, cela me flatte. Beaucoup de gens pensent que les boxeurs sont des personnes qui ne réfléchissent pas. Or, pour être un bon boxeur, on ne peut pas être bête. Il y a beaucoup de réflexion dans ce sport.

Propos recueillis par Arnaud Lapointe

 

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