André Martin : « Pour les Jeux de Tokyo, il faut serrer les boulons ! »

À la tête de la Fédération française de boxe depuis 2013, André Martin mène l’évolution de son sport avec poigne. Trois ans après les bons résultats des Français aux Jeux olympiques de Rio, le président affronte des vents contraires à l’approche de Tokyo en 2020. Il n’hésite pas à tirer la sonnette d’alarme, tout en soulignant la bonne santé de son sport en amateur et en loisirs.

 

Que pensez-vous des récents résultats des boxeurs français ?
Aujourd’hui, nous avons du mal à nous contenter de ce qu’on nous propose. Je suis mitigé. Nos récents résultats ne sont pas terribles, nous avons du mal à trouver des têtes de liste. Certes, quelques jeunes comme Wilfried Florentin (-91kg) ou le petit Bilal Bennama (-52kg) sont prometteurs. Mais globalement, ce n’est pas suffisant. Aux derniers championnats du monde, il n’y a que Caroline Cruveillier qui a sorti un bon résultat (vice-championne du monde en -54kg, NDLR). Les autres filles, plus anciennes, n’ont pas réalisé ce qu’elles voulaient.

 

« Le temps presse »

 

Comment l’expliquer ?
Il y a un problème de génération. Mais il y a surtout un problème d’encadrement. Nous n’avons pas osé changer nos méthodes à un moment donné. Maintenant, il est tard. J’ai eu une grande discussion avec les entraîneurs car ils y sont pour beaucoup. Ce que nous proposons n’est pas suffisant. Et il va bientôt être trop tard pour se préparer pour les Jeux de Tokyo. C’est pourquoi, il faut serrer les boulons ! Je ne broie pas du noir et j’essaie de garder mon optimisme. Mais il faut que les boxeurs et boxeuses parviennent à se qualifier.

 

La transition avec les Jeux olympiques de Rio en 2016 s’est-elle mal déroulée ?
De manière générale, la transition entre Rio et aujourd’hui est très difficile. Et c’est un problème que nous avons du mal à résoudre. Depuis que je suis à la tête de la Fédération, ma plus grosse satisfaction est d’avoir contribué à la récolte de toutes ces médailles avec, pour point d’orgue, les Jeux olympiques de Rio en 2016. Dès mon arrivée, j’ai travaillé de très près avec les entraîneurs. Ensemble, nous avons beaucoup fait pour stimuler nos champions et les amener là où ils sont allés. Quand j’étais président de la boxe amateure, pendant dix ans j’ai sorti des boxeurs de talent. J’étais toujours avec eux. Je pense évidemment à Jérôme Thomas et ses multiples médailles qui a été la grande fierté de notre sport. Aujourd’hui, je trouve que nos sportifs ont moins faim. Ce n’est pas évident à régler. Et le temps presse.

 

 

De manière générale, comment se porte la boxe anglaise en France ?
Dans le pays, le sport se porte très bien puisque nous tutoyons les 60 000 licenciés. Nous avons bien entendu profité des succès de Rio tant chez les hommes que chez les femmes. Je suis aussi particulièrement fier de l’état des finances. Quand je suis arrivé, nous n’avions que peu d’argent en caisse ! Je me suis efforcé de préserver la fédération en diminuant les dépenses et en trouvant des partenaires. Nous sommes aujourd’hui sur un bilan financier satisfaisant. Nous avons également transformé le site internet de la fédération qui n’était plus au goût du jour. Et nos locaux ont été rénovés, ils sont flambants neufs. Le personnel travaille dans de bonnes conditions.

 

« Le sport, c’est mieux que les médicaments ! »

 

Quelles sont les prochaines échéances importantes pour la fédération ?
Nous souhaitons présenter un tournoi de qualification olympique au mois de mai. Il y a des pourparlers avec le ministère et la Région Île-de-France. Nous espérons l’obtenir et avoir du monde. Et le fait de recevoir ce tournoi, ça pourra peut-être empêcher de se faire à nouveau voler certains combats.

 

C’est-à-dire ?
Je suis évidemment déçu des résultats récents des Français, mais il y a pas mal de fautes arbitrales préjudiciables. On ne nous fait jamais de cadeaux, c’est pénible. Quand nous allons dans les pays de l’Est, nous sommes sûrs d’être battus. Et cela arrive trop souvent. En France, nous sommes honnêtes, nous ne voulons pas de magouilles. C’est pourquoi l’accueil de cette compétition est important.

 

Sur quels autres plans la fédération œuvre-t-elle ?
Nous entreprenons depuis quelques années une amélioration sur les formations. Nous avons, par exemple, mis en place des gants de couleurs à la manière des ceintures au judo pour les plus jeunes. Nous faisons des grades avec des paliers. Cela permet à de nombreux jeunes de faire du loisir sereinement. Nous encourageons aussi le sport en entreprise, car nous avons un savoir-faire en boxe. Nous travaillons beaucoup avec la Mutuelle des sports sur le thème du sport santé. Le fait de soigner les maladies par le sport, il faut développer cela. Le sport, c’est mieux que les médicaments. C’est quelque chose en pleine évolution. Et je suis fier que la boxe y contribue.

La Ligue Nationale de Boxe Professionnelle en chiffres :

Pour sa première année, la Ligue Nationale de Boxe Professionnelle (LNBP) a enregistré des chiffres très encourageants. Avec un total porté à 569, le nombre de boxeurs professionnels a ainsi augmenté de 15% par rapport à 2018. Chez les femmes, le nombre de licenciées a quant à lui augmenté de 45%, prouvant qu’à l’heure du plan de féminisation, de la diversité et de la parité, la LNBP est en pointe sur le sujet. 40 championnats de France se sont déroulés en 2019, soit une hausse de 25% par rapport à 2018 (en impliquant uniquement des challengers officiels, sans dérogation), tandis que 70 galas ont été organisés sur le dernier trimestre 2019 (contre 53 en 2018). L’année 2019 aura également exceptionnelle au niveau des résultats. Nordine Oubaali est devenu champion du monde WBC poids coqs (une première depuis 12 ans) ; un titre mondial auquel il faut ajouter ceux obtenus par Arsen Goulamirian et Maiva Hamadouche dans une fédération majeure, et presque un quatrième avec Michel Soro. Du jamais vu depuis 25 ans ! Par ailleurs, 34 boxeurs et boxeuses professionnelles sont classés dans le Top 30 mondial (référence Boxrec), tandis que dans les fédérations mineures, deux français sont devenus champions d’Europe (Samir Ziani, Karim Guerfi) et cinq françaises championnes du monde (Ségolène Lefebvre, Estelle Mossely, Licia Boudersa, Elhem Mekhaled, Laetitia Arzalier).

Une boxe professionnelle en pleine croissance :

Aujourd’hui, cinq diffuseurs retransmettent régulièrement de la boxe (Canal+, RMC Sport, L’Equipe TV, beIN Sports et Sport en France), prouvant ainsi qu’elle bénéficie d’une belle visibilité médiatique, aussi bien à Paris qu’en province. De plus, le niveau des Championnats de France a été très relevé, notamment grâce à plus de dérogations accordées et une obligation d’affronter son challenger officiel dans un délai de 4 mois. Autant de signes positifs qui ont permis à la LNBP, grâce à l’Agence nationale du sport, de décrocher un budget pour financer la production de 10 galas. Enfin, du côté des sportifs, la génération Rio, représentée par Elie Konki, Souleymane Cissokho, Mathieu Bauderlique, Tony Yoka et Christian M’Billi, a prouvé qu’elle pouvait être performante à l’international. La nouvelle génération est également très talentueuse et ambitieuse, avec des jeunes passés par l’équipe de France comme Christ Esabe, Khalil El Hadri, Yannis Mehah, Nurali Erdogan, Milan Prat, Jérémy Dupetitmagneux. Victoire Piteau ou encore Flora Pilli qui ont fait le choix de passer professionnels.

Par Anthony Poix
Crédit photo : Icon Sport
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