Yoann Stuck : « Le trail doit rester un jeu »

C’est l’histoire d’un jeune homme de 90 kilos et à l’hygiène de vie loin d’être irréprochable, devenu en quelques mois l’un des tous meilleurs traileurs français. Cette histoire, c’est celle de Yoann Stuck. Entretien…

 

Yoann Stuck, tout d’abord, et c’est une question que l’on a dû vous poser des dizaines de fois, comment êtes-vous devenu traileur professionnel ?

C’est vrai que c’est une question que l’on me pose souvent (rires). J’ai commencé à courir en 2010, quand j’ai arrêté de fumer. L’histoire de Yoann Stuck, c’est celle d’un mec qui faisait 90 kilos, qui fumait beaucoup et qui buvait ou mangeait n’importe quoi. Quand j’ai donc décidé d’arrêter de fumer, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un sport car j’avais peur de compenser dans la nourriture. Déjà que je faisais 90 kilos, je ne voulais pas atteindre le quintal (rires). Du coup, j’ai pris une paire de baskets, un tee-shirt en coton, un short de football et je suis parti courir pendant vingt minutes. J’étais au bout de ma vie !

À ce moment-là, vous n’aviez aucune véritable expérience sportive ?

Absolument pas, même si j’ai toujours aimé le sport. Derrière, j’ai essayé d’enchaîner et de courir 45 minutes. Au début, je courais exclusivement sur la route, comme le traditionnel joggeur du dimanche. Quand je suis monté sur Lyon pour suivre ma compagne, je suis allé courir pour découvrir un peu les environs. J’ai pris de plus en plus de chemins et à force de courir sur ces terrains et de me perdre, je me suis découvert une passion pour la course en nature.

Vous étiez justement un amoureux de la nature, comme le sont la grande majorité des traileurs ?

Pas forcément, c’est ça qui est assez incroyable. Quand j’habitais à Avignon, j’avais deux boulots, je travaillais dans une boutique la journée et j’étais pizzaiolo le soir. Je bossais beaucoup, je n’avais pas plus d’occupations que cela. Je n’avais jamais fait de randonnée par exemple. Si j’allais dans la nature, c’était pour faire un pique-nique avec des amis. Je ne savais même pas ce qu’était le trail !

Comment êtes-vous devenu en quelques mois l’un des tous meilleurs traileurs français ?

Au départ, je progressais très progressivement, je n’étais pas dans l’optique d’aller chercher la performance. Quand je suis arrivé sur Lyon, j’ai fait des connaissances qui m’ont incité à rejoindre un club, à découvrir le fractionné, etc. C’est là que je me suis pris au jeu. Plus je faisais des courses, plus je progressais et me rapprochais des premières places. C’est en 2014 que je m’y suis réellement mis, j’ai passé un palier à ce moment-là. Et comme des sponsors ont commencé à arriver, il fallait assurer.

Quelle dimension accordez-vous à la souffrance, qui dans l’inconscient collectif, fait partie intégrante de la discipline ?

Plus tu t’entraînes, moins tu as un mal. Il y a une vraie dimension mentale dans l’appréhension de la douleur. Comme on dit, entraînement difficile, guerre facile ! Ce qui est dur dans le trail, c’est justement ce mélange entre le mental et le physique. Comme la douleur, c’est au fur et à mesure des entraînements que l’on travaille et que l’on fait évoluer cette dimension mentale.

Avec du recul, certaines courses étaient-elles trop difficiles ?

Ce ne sont pas forcément les courses où j’ai été en difficulté qui étaient dures, mais c’est peut-être que je n’étais pas assez reposé, que je n’étais pas dans un bon jour. Je me souviens d’une course au Chili de 50 kilomètres et 4000 mètres de dénivelé positif. Comme j’avais beaucoup enchaîné les week-end auparavant, je me suis retrouvé en grande difficulté au sommet de la bosse. J’étais très bien placé donc je voulais repartir, mais les organisateurs ne voulaient pas. Je me suis allongé, je pensais avoir dormi cinq minutes mais ça a duré finalement plus de deux heures. Au final, j’ai terminé la course et j’ai même fini dans les vingt premiers. C’était une course très technique et malgré la difficulté, ça restera un très bon souvenir.

Comme vous l’avez dit précédemment, votre hygiène de vie n’a pas toujours été irréprochable. Peut-on faire du trail tout en restant épicurien ?

Même si j’ai changé beaucoup de choses dans mon alimentation et mon rythme de vie, c’est ce que je suis aujourd’hui. Je mange très sain mais je ne vais pas me priver de faire quelques écarts. Je ne pourrai pas faire de régime ou me restreindre. Je sais que l’alimentation est clairement une aide à la performance, mais je ne veux pas me priver. Les gars qui font des régimes cétogènes par exemple, ils font ce qu’ils veulent mais j’ai du mal à comprendre. Le trail, c’est une passion. Il ne faut surtout pas que cela devienne un inconvénient dans ta vie.

Vous êtes totalement atypique dans ce milieu…

Oui, je suis même décrié par certaines personnes. Par contre, même si j’ai bu un coup de trop la veille, j’irai à l’entraînement et je me donnerai à fond. Je ne sors pas d’une école d’athlétisme, mon parcours n’est pas traditionnel. Moi, je suis un coureur à pied, polyvalent et qui aime juste sa passion. Je respecte et je suis même épaté par tous ceux qui font de gros sacrifices. Personnellement, je n’y arriverai pas. J’ai déjà changé beaucoup de choses dans ma vie, je ne veux pas que cela prenne trop de place. Je fais le travail comme il faut, mais sans me sacrifier. Je l’ai déjà dit mais c’est très important, le trail, c’est une passion. Il faut passer à autre chose quand on a franchi la ligne d’arrivée. Je ne comprends pas que l’on puisse tirer la gueule une fois que l’on a terminé une course. Le trail doit rester un jeu, un plaisir.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

 

1 COMMENT
  • Clément 26 mars 2018

    L’histoire de Yoann me fait penser à celle de l’Anglais Steve Way (https://run-motion.com/steve-way-fumeur-surpoids-marathonien-genie/), fumeur de 100kg, il se met à courir à l’âge de 33 ans.
    
En quelques mois, il devient champion de marathon (2h16) et se qualifie même aux Jeux du Commonwealth. Yoann et lui, de belles sources d’inspiration !

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