Jean-Pierre Boulet : « La race des pointeurs a disparu »

Depuis des dizaines d’années, Jean-Pierre Boulet est l’une des grandes personnalités du monde de la pétanque. Dans quelques jours, il coachera l’équipe de Narbonne au Trophée des Villes. Entretien…

 

Jean-Pierre Boulet, les témoignages concernant le Trophée des Villes sont tous très positifs. Vous partagez également ce sentiment ?

Oui, doublement car j’ai fait le Trophée des Villes en tant que joueur à deux reprises, et que j’ai également la casquette d’entraîneur. Après avoir passé ma carrière professionnelle et sportive à Paris, je suis revenu dans ma région il y a quelques années. C’était Carcassonne qui était présent au Trophée des Villes ces derniers temps, et nous avons eu l’idée de monter une équipe pour Narbonne. Les joueurs ont fait preuve d’une grande motivation, on a fait en sorte de récupérer le budget nécessaire pour participer à cette magnifique épreuve. Avec le Grand 8, il s’agit effectivement de l’une des plus belles compétitions en France.

Quels seront vos objectifs ?

J’ai fait 43 Championnats de France et plus de 100 Nationaux, je vais motiver les joueurs pour aller le plus loin possible. Après, on sait que nous n’avons pas le niveau des tous meilleurs. On aura une équipe soudée, qui a déjà fait de bons résultats. En plus, on pourra compter sur un très bon jeune, qui n’a que 18 ans mais qui est déjà très performant. Au tir, il est le meilleur du département et a été qualifié aux France pour sa première année en seniors. On espère faire un bon résultat et bien figurer, malgré l’opposition qui sera importante. Très honnêtement, je ne pense pas que l’on puisse remporter le trophée. Maintenant, on peut faire un beau bout de chemin et si on est reversé dans le « B », on pourrait avoir un coup à jouer. En tout cas, on pourra compter sur une grosse cohésion dans l’équipe.

Vous avez une grosse expérience dans le milieu de la pétanque. Quel est votre sentiment sur l’évolution de ce sport ?

J’ai été Champion de Paris en 1968 et Champion de l’Aude en 2015, c’est vrai que j’ai pu voir l’évolution de la discipline. On a du mal à sensibiliser les jeunes, il y a des difficultés pour les motiver. C’est un enjeu important pour la pétanque. Maintenant, la discipline est semi-professionnalisée, on a peut-être trop tendance à privilégier l’élite. Le système de jeu a également été quelque peu dénaturé. Maintenant, la race des pointeurs a disparu, il faut avoir trois bombardiers dans une équipe si on veut gagner. Heureusement, les choses se sont un peu équilibrées avec les initiatives de Joseph Cantarelli, qui ont permis de récupérer des licences. Il y a également quelque chose de nouveau, c’est la starisation des joueurs, et notamment des tireurs. C’est toujours impressionnant de faire un carreau, mais un devant de boule ou un bouchon le sont tout autant selon moi. Moi qui suis amateur de rugby, c’est comme si l’on mettait quinze avants dans une équipe !

Il y a encore beaucoup de travail à faire…

Oui, le virage est difficile à prendre. Déjà, il y a eu un clivage ces dernières années à la Fédération entre le développement de la télévision et de l’élite, et la conservation du côté convivial et festif de la pétanque. Plusieurs facteurs rentrent en compte, comme l’argent, qui a forcément un effet dans l’évolution d’un sport. On l’a bien vu avec le rugby quand il a commencé à se professionnaliser. Je pense également au comportement de certains, qui se servent de la pétanque pour gagner de l’argent. La convivialité est malheureusement de moins en moins présente, certains passionnés ne vont plus que dans des petits tournois pour ne pas être confrontés à certains qui arrivent avec le couteau entre les dents. Maintenant, les petits et les moyens ne peuvent plus figurer, c’est devenu trop difficile. Certaines évolutions sont très positives, et d’autres le sont moins. Il y a encore du travail à faire, nous avons besoin de cohérence.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

 

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