Escalade – Manuel Cornu : « Faire entendre nos voix »

A quelques jours de l’élection à la présidence de la FFME, 35 athlètes de l’équipe de France ont adressé une lettre ouverte à la fédération pour réagir à l’allégement de la masse salariale évoqué par un des deux candidats. Entretien avec Manuel Cornu, inquiet comme ses camarades de l’équipe de France de l’évolution de l’escalade à haut niveau.

 

Pourquoi avoir pris la parole par le biais d’une lettre ouverte adressée aux deux candidats à la présidence de la fédération ?

Nous souhaitons faire entendre nos voix car on se sent concernés par ce qui se dit. On a des inquiétudes. L’idée n’est pas de prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Il s’agit d’une réorganisation fédérale qui sera amenée à apporter moins de moyens financiers et humains au haut niveau.

 

En quoi êtes-vous inquiet ?

On n’est pas nombreux à vivre de l’escalade. On bénéficie d’aides de la fédération qui ne sont pas exorbitantes. Au-delà de l‘argent, on parle aussi de moyens humains. Si on prend l’exemple du Pôle France de Voiron, il y a des entraîneurs et énormément d’athlètes. Si on enlève des coachs, ce serait vraiment difficile à gérer. Encore une fois, l’idée n’est pas de prendre parti pour une liste plutôt qu’une autre. C’est pour ça que la lettre ne nomme personne en particulier. Mais, ce qui a été annoncé nous inquiète forcément. J’ai initié les discussions entre athlètes qui ne connaissaient pas tous les tenants et les aboutissants des débats. J’ai demandé une réunion lors de notre dernier stage pour expliquer ce qu’il se passait. Tout le monde était d’accord pour se faire entendre.

 

Quel est votre quotidien de sportif de haut niveau sur le plan financier ?

Je suis privilégié grâce à mes résultats internationaux. Je suis membre de l’Armée de champions. Via mon contrat avec l’armée de terre, j’arrive à vivre correctement. La fédération me met à disposition un entraîneur et le Pôle France est proche de chez moi. Au niveau des structures, si demain mon entraîneur doit aller remplacer un autre ailleurs, ce sera beaucoup plus compliqué pour moi.

 

Quels sont les risques encourus selon vous ?

Le risque est de mettre un frein au haut niveau. La Covid a freiné l’activité pour les jeunes, notamment. Il va falloir faire un gros travail quand la vie normale va reprendre. Je n’ai pas envie de dire que la réduction de moyens pourra être la cause future de mauvais résultats sur le plan international mais cela ne va pas nous mettre dans des conditions optimales pour continuer notre progression. Certains des athlètes étaient surpris et pas forcément au courant. Dans le fond, ce n’est pas mon quotidien de parler de politique ou des questions fédérales même si je m’y intéresse. Quand on voit ce qui est en train de se passer, on se renseigne et on s’exprime. Le problème est qu’il n’y a que deux listes et que souligner ce qui a été dit d’un côté nous place forcément de l’autre alors que ce n’est pas le but. On n’a pas cité de nom mais l’idée est de provoquer le débat et de s’y intéresser. C’était légitime de pouvoir s’exprimer sur ce sujet.

Propos recueillis par Loïc Feltrin

 

Crédit photos : Icon Sport et
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