Timothée Adolphe, l’homme pressé

Champion du monde lors des derniers Mondiaux handisport, Timothée Adolphe fait partie des belles chances de médailles tricolores en vue des Jeux paralympiques de Tokyo en 2021. À 30 ans, le « guépard blanc » a mis fin à une spirale négative et trouvé un équilibre qui le porte vers les sommets.

 

Des échecs. De trop nombreux échecs. « Une malédiction », comme la qualifie le principal intéressé. Puis une renaissance. En novembre dernier, Timothée Adolphe est « revenu à la vie » sur la piste de Dubaï. Lors des championnats du monde handisport d’athlétisme, le Français lève les bras sur 400 m, accompagné de son guide, Jeffrey Lami. « C’était tellement une libération pour nous », se souvient, ému, Timothée Adolphe. « Les Mondiaux nous ont permis de mettre fin à une spirale négative qui durait depuis plusieurs années. On dominait sur la piste, mais il y avait un couac à chaque fois. » Le Français a enchaîné les disqualifications, que ce soit lors de championnats d’Europe, du monde, et même à l’occasion des Jeux paralympiques de Rio. « Il faut savoir que les règlements sont assez sévères et les juges intransigeants. De nouvelles règles apparaissent chaque année, le guide porte donc une grande responsabilité. Nous travaillons ensemble afin d’assimiler à chaque fois ces nouvelles règles. Nous travaillons beaucoup à l’entraînement sur ce point, de manière à être irréprochables aux yeux des juges. Lors des derniers Mondiaux, cela a été le cas », confie Timothée Adolphe. Son guide, depuis trois ans, est donc Jeffrey Lami. « Entre nous, la complicité est nécessaire », précise le spécialiste du 100 m et du 60 m chez les valides. « J’ai intégré son équipe il y a trois ans, avec beaucoup de plaisir et l’envie de découvrir ce que ça pourrait donner. Nous sommes passés par des moments difficiles, mais cela ne nous a pas empêchés de continuer à travailler ensemble. » Une relation de confiance guide-athlète essentielle pour Timothée Adolphe. « Dubaï et les médailles mondiales, ça a été une revanche pour nous. Cela nous a montré qu’on peut aller au bout des choses, concrétiser tout ce travail réalisé à l’entraînement et gagner ensemble. »

 

 

« Je me bats, je vais de l’avant »

 

Résilience, voilà le terme qui caractérise le mieux Timothée Adolphe. Atteint d’un glaucome congénital dès la naissance, puis d’un décollement de la rétine qui le rend complètement aveugle à 19 ans, le natif de Versailles n’a jamais rien lâché. « Sur la piste, comme dans la vie, je me bats. Je vais de l’avant. Cette détermination m’a beaucoup aidé dans ma carrière de sportif. Toutes ces disqualifications, ces déceptions, nous ont rendus plus forts, mon guide et moi. Mais rebondir à chaque fois n’a pas été simple. Nous avions fait beaucoup de sacrifices pour être prêts lors des différents rendez-vous. Se faire disqualifier, c’est extrêmement frustrant. Cela nous cassait le moral. Nous aurions pu abandonner, tout lâcher. » Tel un phénix, le « guépard blanc » renaît de ses cendres. Timothée Adolphe s’est réfugié dans le travail et la préparation optimale en vue des Mondiaux de Dubaï.

 

« Pour Tokyo, j’espère que ça le fera »

 

Son émotion lors du succès sur 400 m, mais aussi de la médaille d’argent décrochée sur 100 m, témoigne de la dureté du chemin de croix qui l’a mené vers la renaissance. Son coach, rencontré en 2011 et qui est l’auteur du surnom de « guépard blanc », n’y est évidemment pas étranger. « Il a rapidement atteint des résultats que certains mettent toute leur carrière à obtenir. Ce qui fait la différence, c’est aussi son mental. Il ne lâche jamais rien. Ça m’impressionne encore aujourd’hui », souligne Arthémon Hatungimana, vice-champion du monde du 800 m en 1995 à Göteborg, reconverti entraîneur d’un champion français désormais focalisé sur ses prochains objectifs. « Cette fois, le moral est au plus haut, nous sommes ambitieux pour la suite. Ces moments difficiles nous ont rendus plus déterminés que jamais. » Désormais, Timothée Adolphe n’a plus que Tokyo en tête, lui qui a « un compte à régler » avec les Jeux paralympiques. En 2016, du côté de Rio, il est disqualifié d’une course et manque le podium sur l’autre. « Cette cinquième place à Rio, elle a très peu de valeur pour moi. J’étais blessé et je n’ai donc pas pu montrer ce dont j’étais capable », se souvient le Versaillais. « Pour Tokyo, j’espère que ça le fera. Je suis dans une bonne phase, en confiance après les deux médailles aux championnats du monde. Donc clairement, monter sur le podium à Tokyo fera partie des objectifs, que ce soit sur 100 m ou sur 400 m. » Déjà qualifié pour les Jeux paralympiques à la suite de son titre mondial, le Français peut désormais se focaliser sur sa préparation et sur comment arriver à 100% à Tokyo. « Je n’ai en effet pas besoin d’enchaîner les courses pour chercher à tout prix ma qualification. Cela me permet d’être plus serein aujourd’hui et de pouvoir me concentrer sur ma préparation. J’ai connu un début d’année 2020 un peu compliqué, marqué par une blessure. Mais j’ai réussi progressivement à me mettre dedans. J’ai effectué un stage à La Réunion au début du mois de mars. La première semaine était dédiée au développement aérobic, mon point faible. Puis l’entraînement est progressivement monté en intensité. » Une montée en puissance stoppée par la crise sanitaire actuelle. Désormais, Timothée Adolphe doit patienter plus d’un an avant les Jeux paralympiques de Tokyo.

 

 

« Mon fils m’apporte énormément de force »

 

Tokyo… puis Paris en 2024 ? Le Français ne ferme aucune porte. « J’ai 30 ans, mais je pense que l’âge n’a pas une grande signification. La preuve, je progresse encore et je continue de battre mes records. L’avenir nous dira ce qu’il se passera par la suite, mais je suis convaincu que j’ai encore quelques belles années devant moi. » Si Timothée Adolphe envisage de continuer à courir à haut niveau pendant encore un moment, c’est aussi parce qu’il a trouvé un équilibre. Champion du monde sur la piste, il est devenu père de famille il y a plusieurs mois. Sans oublier la musique, une vraie passion pour celui qui exerce le métier de maître-chien d’aveugle au quotidien. « Le fait d’être devenu père est évidemment exceptionnel, mon fils m’apporte énormément de force. J’avais mis la musique entre parenthèses pendant quelques années. Puis je me suis replongé dedans et ça allait mieux sur la piste. C’est cet équilibre qui aujourd’hui me porte. » Fan de rap, le Versaillais a sorti à l’automne dernier un clip et un premier single intitulé « Olympus ». Un « hymne à la détermination », comme le qualifie Timothée Adolphe, homme au cerveau bouillonnant. « Je prépare un one-man-show pour après les Jeux paralympiques. Je veux également lancer ma ligne de vêtements… j’ai 50 000 idées en tête ! Mais je ne veux pas tout dévoiler (rires). D’autant que de nouvelles idées viennent régulièrement s’ajouter, mon cerveau carbure bien à ce niveau-là ! » Un cerveau aussi rapide que les jambes pour un « guépard blanc » plus que jamais sur la bonne lancée.

 

La bio express de Timothée Adolphe :

 

  • 30 ans – Né le 28 décembre 1989 à Versailles (Yvelines)
  • Club : Paris Université Club
  • Palmarès : champion du monde du 400 m (2019), vice-champion du monde du 100 m (2019), champion d’Europe du 800 m (2018), champion d’Europe du 100 m (2016), champion d’Europe du 200 m (2014, 2016), champion d’Europe du 400 m (2014)

 

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Par Olivier Navarranne
Crédit photo : Icon Sport
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