Para-Badminton – Mathieu Thomas poursuit son rêve

Victime d’une tumeur il y a 20 ans, Mathieu Thomas (37 ans) s’est reconstruit grâce au sport. Le joueur de para-badminton est aujourd’hui aux portes d’une qualification pour les Jeux de Tokyo.

 

A 17 ans, la vie de Mathieu Thomas bascule. Nous sommes en 2001 et les médecins lui diagnostiquent une tumeur cancéreuse au niveau du bas ventre. Son monde s’écroule. Après des séances de chimiothérapie et une opération, le nerf crural doit être sectionné pour garantir la guérison. Un acte qui lui sauvera la vie mais vaudra au Francilien une perte de mobilité et de sensibilité de la cuisse droite. Le basketteur voit ses rêves les plus fous s’effondrer aux portes de la majorité. Dans son esprit, le sport, c’est fini.

 

Vient alors l’électrochoc. « Tu ne pourras ni remarcher ni courir normalement », lance le médecin qui venait de lui sauver la vie en sectionnant le nerf en question. Le jeune homme ne l’entend pas de cette oreille. « Personne ne me dit ce que je peux faire ou ce que je ne peux pas faire », pense-t-il alors. « Je lui en voulais mais maintenant je peux lui dire merci parce que ses mots m’ont poussé à me battre », précise Mathieu Thomas.

 

Au centre de rééducation, l’équipe médicale rencontre un homme déterminé qui leur lance : « Je ne sors pas d’ici tant que je ne peux pas marcher normalement. Je veux aussi réapprendre à courir pour prouver à ce docteur qu’il se trompe. »

 

En parallèle, Mathieu Thomas reprend ces études. La maladie l’a fait grandir. Il a pris conscience que tout pouvait s’arrêter du jour au lendemain. Qu’il n’y avait plus de temps à perdre. Son brillant parcours l’amène dans une école d’ingénieur. « J’ai réappris à marcher normalement. Sous les vêtements, personne ne voyait mon handicap. Quand je devais monter des marches, je trouvais des astuces pour passer le dernier… »

 

 

Rattrapé par ces démons et par la trentaine, Mathieu Thomas remet en question sa vie professionnelle. Il cherche ce qui le différencie des autres. « Je me rends compte que ce handicap me rend différent. Je me pose la question de ce que je pourrais faire de grand avec ça. Je me lance alors le défi de participer aux Jeux Paralympiques. »

 

En 2014, Mathieu Thomas envisage donc de s’engager vers le plus grand événement sportif de la planète handisport. Mais, le natif des Yvelines ne sait pas du tout dans quel sport. « Je tombe sur l’annonce des premiers championnats de France de para-badminton. Je contacte la fédération, lui présente mon projet et je suis convoqué lors d’un premier stage en équipe de France. Je découvre d’autres personnes avec des handicaps importants. Je tombe amoureux de cette ambiance. »

 

Quelques semaines plus tard, il se retrouve en Espagne pour un premier tournoi international. Il découvre la catégorie adaptée à son handicap et joue sur un demi-terrain en simple. « C’était idéal puisque j’avais des difficultés lors des déplacements latéraux. C’était une réelle opportunité. » Au gré de la compétition, Mathieu Thomas affronte le numéro un mondial. « Quand je vois son handicap, je me suis dit que j’allais tout gagner dans cette catégorie. Et au final, il m’a battu très facilement (rires). » Grâce à cette défaite, le joueur français va bénéficier d’un second électrochoc. Dans la foulée en 2015, il devient champion de France.

 

L’année suivante, les planètes s’alignent. Le para-badminton fait son apparition aux Jeux Olympiques. En 2017, il souhaite consacrer plus de temps à son sport et assumer l’arrivée de ses jumeaux nés en fin d’année. Il arrête de travailler et s’entraîne désormais en journée. « Je vis badminton tous les jours. Je m’entraîne même au Pôle Espoirs Ile-de-France face à de jeunes joueurs valides. »

 

Lancé vers une qualification paralympique pour Tokyo, Mathieu Thomas devra composter son billet lors d’un ultime tournoi en mai. Quoiqu’il arrive, le rêve ne s’arrêtera pas là. Le numéro 6 mondial en para-badminton vise la médaille d’or à Paris en 2024. Pour léguer à ses enfants, les valeurs de résilience et de détermination.

Loïc Feltrin
Crédit photos : FFBad et
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