Heather Arneton, à sauts de géant

Recordwoman du monde minimes de saut en longueur avec un bond à 6,57 m alors qu’elle n’avait que 14 ans, Heather Arneton a atteint les étoiles très vite. Aujourd’hui, avec deux ans de plus dans les jambes, le prodige français à qui l’on prédit un avenir olympique n’est pas rassasié. Loin de là…

 
Avec son 1,78 m on la voit venir de loin. Physique élancé, foulée aérienne et puissance rarement observée à son âge font le cocktail détonnant du prodige de l’athlétisme tricolore, Heather Arneton. À 13 ans, la jeune Française commence par établir un record de France minimes du saut en longueur, à 6,11 m. À 14, elle bat ensuite le record du monde minimes en salle avec un saut à 6,23 m. Trop forte, très vite, la Valdoisienne de 16 ans bouscule depuis les chronos et les standards de la discipline, se positionnant rapidement comme l’une des sauteuses les plus prometteuses dans le monde à la longueur. Jusqu’à réaliser une performance qui confirmera aux yeux de tous de quel bois elle se chauffe : début 2017, à 14 ans et demi, Arneton fait un bond à 6,57 m, record du monde minimes établit. Une perf’ sensationnelle pour celle qui s’est essayée à l’athlétisme « avec [son] cousin, dans le jardin ». Et qui se pose déjà comme l’une des têtes d’affiche de la marque internationale Under Armour. Tout d’une pro.

Suivie par de grands noms de l’athlé

« Tout a commencé dans le jardin de ma famille », se souvient celle qui a débuté son sport à l’Entente Franconville Césame Val-d’Oise (EFCVO). « J’allais déjà plus vite que mon cousin alors qu’il avait un an de plus que moi ! J’ai débuté en faisant des cross, mais je n’aimais pas trop ça. » Du coup, Heather Arneton découvre la piste, un amour qu’elle ne quittera plus. Poussée par une famille de sportifs, la native de Franconville brûle les étapes et les records à un rythme incroyable, traçant son chemin à une vitesse folle. À l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), elle s’entraîne depuis la rentrée avec des grands noms de l’athlétisme : Guy Ontanon, ex-coach notamment des sprinteurs Christine Arron et Jimmy Vicaut et Robert Emmiyan, spécialiste du saut en longueur et recordman d’Europe depuis plus de 30 ans avec 8,86 m. « Guy, il m’apporte beaucoup aux entraînements, on travaille énormément ma vitesse pour faire les meilleurs temps possibles. Ça me permet aussi de bosser ma longueur que je perfectionne avec Robert. On s’entend super bien, que ce soit avec eux deux ou avec le reste du staff. Je sens qu’en ce moment je suis bien. » En parallèle, la sauteuse n’oublie pas de se régler sur un rythme scolaire régulier et efficace, orchestré par l’INSEP. « Actuellement je suis en Seconde, j’ai environ 25 heures de cours par semaine. Je m’entraîne à côté cinq jours par semaine. Tout est fait là-bas pour que ça me soit aménagé et que ça s’enchaîne du mieux possible. Même si c’est intense, j’ai un peu de repos aussi, c’est très important pour mon équilibre. » Avec sa tête bien faite (elle a obtenu son Brevet, NDLR) et son physique taillé pour la course à haute intensité, Arneton sait que cet équilibre autour d’elle est essentiel pour que la suite de sa carrière ne soit qu’ascension.

« Être au contact d’adultes m’a façonnée »

Conscient de ce potentiel fou, l’ancien sprinteur Leslie Djhone (son agent, toujours recordman de France du 400 m, NDLR) a pris sous son aile la Valdoisienne, alors que Marie-José Pérec garde un œil sur le phénomène. « Je suis hyper contente de travailler avec des gens de ce niveau », se réjouit Heather Arneton. « Leslie, c’est quelqu’un qui connaît très bien l’athlé et le sport, ça me rassure. » Son manager veille notamment au grain lorsqu’il s’agit des réseaux sociaux de l’adolescente, un outil qu’elle tente de gérer comme une professionnelle confirmée. « Il m’empêche de répéter les bêtises qu’il a pu faire quand il était plus jeune, il m’apporte son expérience. Et je lui envoie toujours ce que je veux publier sur les réseaux pour avoir son avis. Je suis beaucoup sur Snapchat et un peu moins sur Instagram ou Facebook. Du coup, il me pousse à un peu plus communiquer avec les gens… Mais, il me fait vraiment confiance. » La rigueur dans la gestion d’une carrière est primordiale lorsque l’on a, comme Arneton, un tel talent dans les jambes. Car, à seulement 16 ans, la Française accomplit des performances supérieures à des adultes et ne se voit pas vraiment de point faible. « Je suis toujours attentive, sérieuse. L’entraînement c’est l’entraînement, je suis concentrée. Mon seul petit péché mignon, même si je fais attention là aussi, c’est l’alimentation. Parfois, je me laisse un peu aller. » Comme une ado de 16 ans, quoi. Pourtant, son mental de fer et sa confiance en elle débordante n’ont rien à voir avec les standards d’athlètes de son âge. « Je ne lâche jamais rien. Ça vient surement de mon père, qui a été sportif et qui m’a toujours poussée dans mes retranchements. De n’être globalement qu’au contact d’adultes, qui eux ont le mental, ça m’a façonnée. Et ça m’a rendu plus forte. »

« Parfois, je préférerais être une petite souris »

Son record du monde chez les minimes décroché il y a deux ans n’est pour elle qu’une étape, consciente de sa marge de progression encore énorme et qui peut l’amener très, très haut. Car il fallait atterrir “seulement” 18 centimètres plus loin cet été pour devenir championne d’Europe seniors… « J’ai toujours voulu aller plus loin, encore et encore. Tant que je ne vais pas encore dépasser ce record-là, je vais travailler, travailler, travailler. » Pour revenir également au niveau qui était le sien à ce moment-là, elle qui revient d’une dernière année quasi blanche, minée par des petits pépins physiques liés à la croissance de son corps. « Mais maintenant, je suis beaucoup mieux », embraye-t-elle. « Et ce record, je veux le battre, aller plus loin. Je ne me satisfais pas de ça. J’estime être capable d’encore plus. » Alors qu’elle n’a pas participé aux Championnats d’Europe jeunesse en juillet dernier à cause de blessures (cheville, hanche) – et ne pouvait pas jusqu’alors prendre part aux compétitions seniors (16 ans minimum) -, Heather Arneton va désormais avoir la possibilité de se frotter à des athlètes beaucoup plus proches de son niveau réel. Avec peut-être, en ligne de mire, les Championnats d’Europe 2020 à Charléty ? « Avec le coach, on n’a pas encore vraiment regardé le calendrier des compétitions, on avance petit à petit. » En tout cas, ce statut de nouvelle pépite de l’athlé français, la Francilienne le prend « avec plaisir ». « Ça ne me dérange pas du tout cet engouement. Ҫa faisait un moment que je n’avais plus fait d’interview par exemple. Mais c’est vrai que parfois je préfèrerais être une petite souris pour pouvoir faire mon truc de mon côté. Je n’aime pas trop être au centre de l’attention, je préfère travailler discrètement avec mon coach que de parler. » Mais pas simple, avec son 1,78 m, de vouloir passer inaperçue.

À Paris 2024, s’amuser et voir doré

« Ce serait tellement bien d’y participer ! Ce sera chez nous, il faut en profiter, car c’est une chance incroyable. Ce n’est pas tous les jours quand même. J’espère vraiment les faire ces Jeux, surtout que toute ma famille – en Martinique, en métropole, un peu partout – pourra venir me voir. Même si c’est encore un peu loin, je bosse pour ça. » D’autant qu’Arneton aura 22 ans lorsque les Jeux olympiques débarqueront à Paris. Et elle sera en pleine force de l’âge. « Moi, si j’y participe, ce sera forcément avec l’ambition d’y décrocher une médaille d’or. Après, je voudrais surtout y prendre beaucoup de plaisir, m’amuser, parce que c’est quand on prend du plaisir que l’on arrive à faire des perfs. »

La bio express de Heather Arneton

16 ans – Née le 27 juillet 2002 à Franconville (Val-d’Oise)
Club : INSEP (depuis 2018), Entente Franconville Césame Val-d’Oise (2012-2018)
Records sur 50 m : 6 s 54 en salle (2017), 6 s 42 en plein air (RF Minimes, 2017)
Record sur 100 m : 11 s 85 (RF Minimes, 2017)
Saut en longueur : 6,57 m en salle (RF Junior, 2017), 6,45 m en plein air (2016)
Triple saut : 13,31 m en plein air (RF Minimes, 2017), 12,64 m en salle (2017)

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Par Romain Daveau

 

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