Sean Garnier, un artiste, un vrai…

Une trajectoire incroyable. En seulement quelques années, Sean Garnier est devenu l’un des personnages incontournables du freestyle mondial. Suivi par près de deux millions de personnes sur les réseaux sociaux, l’ancien pensionnaire du centre de formation de l’AJ Auxerre et de l’ESTAC parcourt le monde pour vivre son rêve. Entretien avec un sportif hors-norme, un véritable artiste du ballon rond…

 

Sean Garnier, tout d’abord, un mot sur le match capital que jouera l’Équipe de France de futsal ce soir en Croatie ?

Je connais beaucoup de joueurs. Je serai à fond derrière eux, j’espère qu’ils pourront se qualifier pour la première fois de l’histoire. Aujourd’hui, ils ont le niveau et la maturité pour passer ce cap et participer à une compétition internationale. Je crois en eux, les mecs qui sont en place sont vraiment très forts. Il y a de supers joueurs comme Kévin Ramirez, qui a énormément d’expérience, ou Abdessamad Mohammed, qui est une machine. Je pense aussi à Landry Ngala, que j’ai formé à Sarcelles quand il était petit. Il est imprévisible et s’inspire aujourd’hui des gestes de freestyleur ou de street soccer. Ce sont vraiment des joueurs très dangereux.

Dans la dynamique de développement de la discipline, cette qualification serait une excellente nouvelle…

C’est clair. Tout le monde aime le futsal, c’est une discipline où tu touches beaucoup de ballons, où il y a beaucoup d’occasions et de gestes techniques. Malheureusement, il y a très peu de débouchés à l’heure actuelle, les salles ne sont pas pleines. Si on avait de vraies stars de la discipline, avec la médiatisation qui va avec, le futsal en sortirait forcément grandi. Cela permettrait à des jeunes de se projeter, d’avoir envie de s’investir. Participer à des compétitions comme l’Euro serait vraiment super positif pour la discipline.

Vous vous êtes d’ailleurs engagé avec le club très ambitieux d’Accès Futsal. Pourquoi ce choix ?

Je connaissais Accès depuis déjà pas mal d’années. L’année dernière, nous avons fait un événement avec le club et mon groupe de freestyle « S3 » pour nos dix ans. La salle était remplie et les spectateurs étaient vraiment ravis. Sur cet événement, je me suis aperçu que j’avais la même vision des choses que les dirigeants et joueurs d’Accès. Pour moi, c’était important de m’investir dans le club et travailler sur des projets en commun.

Vous êtes devenu en quelques années une référence du freestyle. Comment en êtes-vous arrivé là ?

En 2008, j’ai compris que j’attirais plus de monde en trois minutes avec des gestes de freestyle que pendant 90 minutes sur un terrain à onze. J’ai toujours aimé communiquer avec les gens mais j’étais plus à l’aise avec un ballon qu’à l’oral. Et comme j’avais la fibre artistique, le freestyle m’a très vite séduit. En 2011, et alors que je n’en faisais pas vraiment, on m’a demandé de faire une compétition nationale. Je l’ai gagnée et tout est parti de là. En quelques minutes de compétition, je suis passé à la télévision, j’ai répondu à des interviews, etc. Je me suis dit que je devais continuer avec cet outil de communication qu’est le freestyle.

Vous parliez justement de fibre artistique. Peut-on dire que le freestyle est un art ?

L’art, c’est un moyen de communication. Les artistes cherchent à communiquer des idées, des visions, des sentiments. Un footballeur est un artiste, car en étant fort avec un ballon rond, il aura le respect des gens qui l’entourent et pourra leur transmettre des émotions. Pour les freestylers et dans n’importe quel autre domaine, c’est la même chose. Avant, j’étais plutôt timide, mais le ballon m’a permis de communiquer. Grâce à ce ballon, j’ai pu m’affirmer, me construire un personnage. Et aujourd’hui, je peux discuter et m’affirmer sans ce ballon. C’est ma plus belle victoire.

À la manière d’une thérapie…

Exactement, cela m’a permis de faire un vrai travail sur moi.

Vous êtes suivi par près de deux millions de fans sur les réseaux sociaux. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Pas du tout. Après, j’ai rapidement pris conscience du pouvoir que j’avais avec un ballon. Au début, je ne pensais pas vraiment réussir là-dedans, mais en franchissant des paliers, je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose à faire. La première étape, c’était d’avoir un bon niveau et en quelques mois, j’ai réussi à l’atteindre avec pas mal de travail, entre quatre et huit heures par jour. Après, en deux ans et demi, je suis devenu Champion du Monde et cinq ans plus tard, j’ai explosé sur les réseaux sociaux.

Peut-on dire que vous avez réalisé votre rêve ?

Quand j’étais petit, mon rêve était de jouer avec ou contre les meilleurs joueurs du monde. Si on part de ce principe, on peut effectivement dire que c’est un rêve. La première fois que j’ai vu Zidane par exemple, c’est clair que ça m’a vraiment fait quelque chose. Mais maintenant, je ne le vois plus de cette manière. Je me vois un peu comme un ambassadeur. J’essaye d’éclairer les gens qui ont parfois des idées un peu arrêtées, qui idolâtrent les joueurs de football par exemple. Mais il y a des millions de talent sur terre qui mériteraient d’être reconnus. Un joueur de football n’est pas extraordinaire, mais il joue à un sport populaire, contrairement à celui de futsal par exemple. Tout le monde peut réussir à faire quelque chose, il ne faut pas se fixer de limites. Et peu importe les domaines, on peut tous être brillant. C’est pour cela que ce rôle me tient vraiment à cœur. Si j’y suis arrivé, tout le monde peut y arriver.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

 

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