L’ASJ Soyaux-Charente, bastion du football féminin

La Coupe du monde féminine de football en juin dernier a donné des espoirs pour améliorer l’accès à la pratique pour les filles et les femmes. À l’ASJ Soyaux-Charente, on affiche les mêmes attentes tout en continuant de structurer ce club historique de la D1.

 

Du 7 juin au 7 juillet, la Coupe du monde féminine de football a mobilisé l’attention partout en France. Du côté de l’Association sportive jeunesse Soyaux-Charente, dernier club 100 % féminin dans l’élite nationale, l’événement a été suivi avec attention. La défenseuse Hawa Cissoko ne manque pas de mots pour exprimer son ressenti : « C’était chaud ! Il y a eu trop d’émotions ! Surexcitée ! Sous pression comme si j’étais sur le terrain. » Celle qui a découvert le football à 13 ans dans le 19e arrondissement de Paris au FC Solitaires, puis la D1 avec le Paris Saint-Germain avant de partir à l’Olympique de Marseille et d’arriver à l’ASJ Soyaux-Charente avant la saison 2018-2019, avait ses chances pour disputer ce mondial. « J’avais été appelée plusieurs fois en équipe de France. Après l’annonce de la sélection, j’ai échangé avec Corinne Diacre qui m’a expliqué ce que je devais faire pour m’améliorer. »

« S’identifier à des footballeuses »

L’engouement pour cette Coupe du monde et le football féminin, elle l’a constaté côté spectateur tout comme son entraîneur Sébastien Joseph. « J’ai vu du monde s’intéresser, être attentif, participer », décrit-il. « J’ai discuté avec beaucoup d’enfants qui ont suivi les matchs, comme lors de la Coupe du monde des hommes en Russie l’année dernière. » L’ancien cadre technique de la Fédération française de football retient la ferveur autour de l’équipe de France. « Le public a fait corps avec les joueuses. Avant, les petites venaient aux matchs avec des maillots de Kylian Mbappé ou d’Antoine Griezmann, maintenant on en voit avec les maillots d’Amandine Henry, de Wendie Renard ou de Griedge Mbock. » « J’ai vu plus de reconnaissance », confirme Hawa Cissoko. « Les gens ont été agréablement surpris par le niveau. C’est encourageant de voir des personnes qui ont changé d’avis sur le football féminin. J’ai fait une intervention dans une école et les petits garçons ont cité Marion Torrent et Wendie Renard alors qu’ils ne les connaissaient pas avant, pareil lors de l’événement Urban Soccer. Les petites filles peuvent maintenant s’identifier à des footballeuses. Ce n’était pas possible avant. »

« Je connais toutes les joueuses »

Évidemment, la défaite en quart de finale contre les États-Unis a jeté une ombre au tableau. « Malheureusement, elles ont été éliminées trop tôt par rapport aux objectifs et aux espoirs », soupire Sébastien Joseph. « Je regrette que l’équipe de France n’ait pas su élever son niveau de jeu pour se donner l’opportunité de finir sur le podium pour la première fois de son histoire. Il faut accepter que pour aller loin il faut battre les Américaines, comme nous devons passer Lyon si nous voulons gagner la Coupe de France. » Hawa Cissoko, déçue également de la non-qualification pour les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo, avait une analyse un peu plus pointilleuse que le grand public lors des rencontres de l’équipe de France. « Quand je voyais quelque chose qui n’allait pas, j’étais très énervée. Je connais toutes les filles pour avoir joué avec et contre elles, alors j’analysais mieux par rapport aux personnes qui regardaient avec moi. » Cette défaite ne douche cependant pas les espoirs pour la suite. « Cette Coupe du monde aidera au développement du football féminin », avance Sébastien Joseph. « Le plus important est de connaître une augmentation du nombre de licenciées et que les clubs soient en capacité de créer les bonnes conditions et des compétitions spécifiques, pour accueillir ce nouveau flux de petites filles. »

 

 

Un club historique, une identité forte

Fin août, moins de deux mois après l’événement, le championnat de France a repris ses droits. « Pour la D1, l’attrait connu lors de la Coupe du monde peut se traduire par une plus grande présence dans les stades, plus d’entrées et plus de billetterie », estime Sébastien Joseph. « Pendant l’événement, nous avons constaté une ambiance familiale et festive dans les tribunes. » Cependant, à Soyaux, commune de Charente de plus de 9 000 habitants, on n’a pas attendu la Coupe du monde 2019 pour promouvoir le football féminin. Le club est moins médiatique que l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain, mais compte dans le paysage actuel et dans l’histoire. « Soyaux continue d’exister grâce à son ancienneté. Ce club, créé il y a plus de 50 ans, est le dernier entièrement féminin en D1, ce qui lui donne une identité forte », résume le coach, arrivé en 2017, après deux ans à la tête de l’équipe du Rodez Aveyron Football féminin. « Les résultats nous donnent raison, car chaque année nous finissons dans la première partie du classement. » « C’est une fierté de jouer à Soyaux ! », affirme Hawa Cissoko. « Au départ, je ne réalisais pas, mais jouer dans le dernier club 100 % féminin encore en D1, ce n’est pas rien ! Un monsieur m’a arrêtée dans un magasin pour me dire qu’il était fier de nous. Rendre les gens heureux en jouant au football, c’est important. Et les résultats sont là. Le recrutement est intelligent. Au début de la saison 2018-2019, nous étions six recrues et nous avons été très bien intégrées. Le coach fait du bon boulot, tire une force mentale du groupe qui fait la différence. » L’ASJ Soyaux-Charente aligne des joueuses professionnelles en D1, mais pas uniquement. La formation est assurée des équipes U6 aux U19 et dans une section sportive au lycée. « Il y a une logique à amener les plus jeunes vers la D1 ou leur apporter assez de pratique pour qu’elles puissent rester au club », détaille Sébastien Joseph. L’ASJ Soyaux-Charente détonne par rapport à la tendance actuelle de créer des sections féminines à partir des clubs masculins professionnels. « C’est une erreur de faire du copier-coller par rapport au football masculin », estime l’entraîneur. « Transposer aux filles ce qui est appliqué chez les garçons ferait perdre l’essence et l’identité du football féminin. »

Nouvelles perspectives

Ainsi, l’ASJ Soyaux-Charente va continuer de tracer sa voie. Le stade Léo-Lagrange va connaître un agrandissement de sa tribune, ainsi qu’une réfection des salles et des vestiaires. « C’est une infrastructure vétuste qui ne correspondait plus aux attentes de la D1 », explique Sébastien Joseph. « Une tribune de 1 000 à 1 500 places pour accueillir tout le public est nécessaire. » Cette réfection est une preuve que la municipalité tient à son équipe féminine. « C’était prévu depuis un petit moment. La Coupe du monde et la possibilité de voir un flux de spectateurs supplémentaires a coïncidé au moment de lancer le projet », précise le coach. En attendant sa nouvelle demeure, l’équipe jouera ses rencontres à domicile de la saison 2019-2020 au stade Camille-Lebon d’Angoulême, d’une capacité de 6 000 places. Les objectifs sont fixés. « Personnellement, éviter d’être suspendue pour être titulaire à tous les matchs et améliorer mes statistiques », envisage Hawa Cissoko. « Et avec le club finir quatrième ou cinquième au classement. » « Comme chaque année, assurer le maintien le plus vite possible, puis essayer de terminer dans le top 6 », répond Sébastien Joseph. Mais l’entraîneur voit plus loin et du côté de l’extrasportif. « Nous avons mis en place un team management pour développer les infrastructures et étoffer le staff médical. Pour se maintenir dans une D1 de plus en plus concurrentielle sur les plans sportif et économique, nous devons continuer d’avancer dans tous les domaines. Si on stagne, on prendra du retard sur les autres. Nous devons trouver des axes d’innovation pour permettre à l’ASJ Soyaux-Charente de continuer d’écrire son histoire. »

Un peu d’histoire

Il y a plus de 50 ans, en 1968, l’Association sportive Soyaux a créé une section féminine. Elle a été supprimée en 1982, mais les dirigeants et les joueuses, encouragés par les bons résultats, ont fondé une nouvelle entité, entièrement féminine cette fois : l’Association sportive jeunesse de Soyaux. Marylin Fort et Claude Fort, respectivement présidente et vice-président, sont présents depuis le début de l’aventure. « C’est important d’avoir des dirigeants historiques qui ont une grande connaissance du football féminin », affirme Sébastien Joseph. Corinne Petit, ancienne internationale, Corinne Diacre, l’actuelle sélectionneuse de l’équipe de France féminine ou encore Brigitte Henriques, vice-présidente déléguée de la Fédération française de football, ont joué à Soyaux.

Par Leslie Mucret
Crédit photo : Maëlle Fonteneau
PAS ENCORE DE COMMENTAIRE...

PUBLIER UN COMMENTAIRE