Arnaud Ramsay : « Tout est possible »

Et si l’AS Monaco était en passe d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du football français ? Ce soir à 20h45, les Monégasques seront opposés à la Juventus de Turin pour une demi-finale de Ligue des Champions qui s’annonce passionnante. À quelques heures de ce rendez-vous aussi excitant qu’indécis, Arnaud Ramsay, journaliste et auteur de “Dmitry Rybolovev : Le roman russe de l’AS Monaco”, a accepté de répondre à nos questions. Entretien…


Arnaud Ramsay, l’AS Monaco recevra la Juventus de Turin ce soir en demi-finale de la Ligue des Champions. Sentez-vous les Monégasques capables de faire tomber la Vieille Dame ?

Oui, bien-sûr. Mais il faut se méfier, je suis journaliste, je ne fais pas de pronostics. Comme dans les combats de boxe, on s’attend parfois à de grands matchs avant d’être finalement déçus, ce qui n’a pas été le cas samedi soir avec ce combat extraordinaire entre Joshua et Klitschko. Cette rencontre est très difficile à cerner, et c’est tant mieux car c’est ce qui peut la rendre imprévisible. J’ai entendu pas mal de commentaires sur le fait qu’il s’agissait du plus mauvais tirage pour Monaco. C’est vrai que le Barça n’a pas réussi à mettre un seul but sur les deux matchs, malgré les Messi, Suarez et Neymar. C’était également le cas il y a deux ans entre l’ASM et la Juve. Mais il faut y croire, en tout cas, tous les signaux sont au vert. Ce ne sera que la première manche et comme Monaco est très à l’aise à l’extérieur, tout sera jouable ce soir et la semaine prochaine. Parfois, on a la sensation que le destin peut faire de grandes choses. Cette année, on a l’impression que celui de Monaco est d’atteindre les sommets. Après, je me trompe peut-être et il y aura trois à zéro pour la Juventus. Mais très sincérement, c’est un match qui me semble équilibré et indécis. On va assister à une très belle opposition de style, en espérant qu’il y ait beaucoup de spectacle.

Kylian MBappé affole tous les compteurs cette saison. Quel est votre avis sur ce véritable phénomène ?

Il est bluffant, tout simplement. Il affiche à la fois une insouciance et une maturité assez impressionnante. Quand on regarde son histoire, on s’aperçoit qu’il est programmé pour réussir. Il a une fraîcheur incroyable, c’est encore un gamin même si quand on l’écoute parler, on n’a vraiment pas la sensation d’entendre un jeune de dix-huit ans. Ce qu’il fait à son âge, c’est exceptionnel, surtout avec les joueurs de grande qualité qui l’entourent. Je pense que l’on ne prend pas la pleine mesure de ce que fait l’ASM cette saison, il faut le savourer. Que ce soit l’éclosion de MBappé ou le parcours global de l’équipe, ce sont de très bonnes nouvelles pour le football français.

Après une période très difficile, le football français progresse nettement depuis plusieurs mois. Les arrivées d’entraîneurs étrangers comme Favre ou Conceiçao peuvent-elles expliquer cette progression ?

Je ne sais pas si c’est lié aux entraîneurs, mais c’est clair qu’on voit de nouvelles choses. Et puis quand on a quelqu’un d’aussi intelligent et réfléchi que Lucien Favre, c’est évident que cela ne peut être que bénéfique. Il faut également reconnaître que Conceiçao a beaucoup apporté au FC Nantes, il n’y a qu’à voir où était le club quand il est arrivé et où il est maintenant. Après, il ne faut pas oublier que malgré les critiques qu’a reçu Bruno Génésio, un entraîneur français a amené l’OL en demi-finale de l’Europe League. Mais c’est vrai qu’à l’heure où le pays va faire un vote très important, il me semble positif de s’ouvrir à l’étranger, à ce qu’il se fait ailleurs. Aujourd’hui, on a l’impression que Jardim est le meilleur entraîneur du monde alors qu’il y a encore quelques mois, on lui reprochait son jeu trop défensif et même ses fautes de français, alors qu’il faisait l’effort de parler notre langue. Dans quelque domaine que ce soit, je trouve l’apport des techniciens étrangers très sain et bénéfique. Cela dit, je ne pense pas que tout soit lié aux arrivées de coachs étrangers. Il faut également souligner que nous avons une génération qui se révèle, qui avait brillé en U18.

Une progression qui peut s’expliquer par le changement de stratégie de la DTN ces dernières années…

C’est vrai, et il le fallait. En 1998 et 2000, la France était observée par le monde entier pour sa formation. Peut-être qu’inconsciemment, nous nous étions un peu endormis. Depuis quelques années, il y a un réel travail de fond et une remise en question qui portent aujourd’hui leurs fruits. Maintenant, il va falloir gagner des titres. Même s’il y a eu une finale de l’Euro, c’est important de remporter des trophées. Ce qui est certain, c’est que l’avenir du football français est très excitant.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

 

Crédit photo : Icon Sport
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