Les Actus
Benjamin Kayser : "Frapper un grand coup"
Le Stade Français accueille le Stade Toulousain au Stade de France, samedi en Top 14. Pour l'occasion, tous les joueurs parisiens joueront avec les lacets de couleur orange de Sport Sans Frontières. Kayser et Blin expliquent pourquoi.
Benjamin, comment est né votre engagement auprès de Sport Sans Frontières ?
Gamin, j’ai vraiment ressenti cette différence qui s’est créée entre les potes de l’école et les potes du rugby, et j’étais complètement accro au sport, à l’ambiance, aux potes, aux valeurs… C’était vraiment le milieu dans lequel je voulais évoluer. Du coup, quand une association est aussi proche des valeurs que l’on a envie de véhiculer m’a proposé de faire quelque chose, j’ai sauté sur l’opportunité avec grand plaisir. La moindre des choses, c’était donc de porter ses lacets. Jacques Delmas a été ravi de comprendre pourquoi je mettais ces lacets orange car sinon il me prenait pour un dingue (sourire). Ensuite, on a réfléchi à comment faire en sorte d’avoir la fenêtre médiatique la plus grande possible, en faire parler un maximum, frapper un grand coup. Les valeurs que je partage sont partagées par toute mon équipe, et tout le monde va mettre ces lacets avec plaisir samedi. En espérant que tout le monde entende parler de ça, que cela donne un peu l’exemple. Ce serait vraiment génial que deux, trois enfants se disent « Le sport, c’est ça ! Pourquoi ça me plaît tellement ? Pourquoi je suis bien avec mes potes ? Parce que le sport, c’est des valeurs d’engagement, de solidarité, on pense aux autres, c’est le don de soi. » C’est vraiment ce que l’on a envie de véhiculer. Nous espérons pérenniser l’action de ces lacets orange pour en faire quelque chose de sympa. Que, lorsque l’on a envie d’aller faire son jogging le dimanche, ce soit avec des lacets orange plutôt qu’avec des lacets normaux : parce que ça représente quelque chose. On a l’impression de faire partie d’une grande équipe, la grande équipe des sportifs solidaires.
Cela fait d’ailleurs quelques temps déjà que vous les portez…
Sans vouloir faire le donneur de leçons, ces lacets m’aident particulièrement. Je me suis retrouvé parfois complètement dans le rouge, affalé sous cinq, six types assez lourds et assez poilus (sourire), et le fait de voir ces lacets orange me donne une force supplémentaire, un petit quelque chose, ça me fait penser aux autres. Alors autant, on donne énormément en organisant cet événement et en mettant ces lacets, autant, on récupère beaucoup plus.
Une implication sur le terrain te tenterait ?
Avec grand plaisir ! Ce serait vraiment l’étape supplémentaire. Parler de Sport Sans Frontières, c’est ce que je peux faire en France. L’idéal, pour boucler la boucle, ce serait d’aller à l’étranger pour pouvoir apporter un petit peu ma pierre à l’édifice, vivre ces moments de partage et de communion qui, je pense, sont assez extraordinaires. Le témoignage de Laurence a été fantastique : une championne de karaté, qui va en Afghanistan, pour l’émancipation de la femme, pour la découverte de ce nouveau sport… Ça a du être particulièrement fort et riche émotionnellement. Moi c’est quelque chose que j’adorerais ! Si, en plus, ça pouvait être lié au rugby, ce serait extraordinaire. Nous, c’est notre vie de tous les jours, nous avons suffisamment de chance de pouvoir pratiquer ce sport en France. Mais si je pouvais aller au Kosovo, ou au Brésil, n’importe où dans le monde… Quand je vois les mecs qui vont dans les bidons villes en Afrique du Sud pour jouer avec eux : c’est exactement de ça qu’on parle ! Ce serait fantastique de pouvoir mettre tout ça concrètement en action.
Mathieu, tu as accepté, la main sur le cœur, de t’engager, aux côtés de Benjamin Kayser et Laurence Fischer, pour soutenir Sport Sans Frontières. Pourquoi ? Qu’est ce que cela vous apporte de participer à cette action ?
Déjà, ça nous apporte d’être un peu moins cons…Un peu moins uniquement dans nos privilèges et notre confort, même si je pourrais tenir un discours sur la dureté d’être sportif de haut niveau (sourire)... Ça nous apporte de rencontrer d’autres gens, dont c’est le métier. Pour eux, c’est tous les jours, toutes les semaines, donc aussi tous les moments où ça ne va pas forcément bien, tous les côtés très compliqués du monde associatif… Et puis c’est évidemment être dans le prolongement du lien social qu’est le sport, et qu’est le sport dans le milieu associatif. C’est un tremplin formidable. J’adore cette expression « Sport Sans Frontières » ! On ramène tellement trop de gens à ces fameuses frontières de manière inhumaine et intolérable que lorsqu’il y a, en plus, des mots qui ont un sens très fort, ça me paraît évident. C’est porté, amené par Benjamin : je trouve que se faire embarquer par des plus jeunes dans une nouvelle aventure associative, c’est génial.
D’ordinaire, vous allez, à la demande du club, sur le terrain pour diverses causes. Cette fois, c’est vous qui êtes réellement à la base de ce projet : vous en avez parlé au Président, à vos coéquipiers etc…
Avec Benoît Muller, de Sport Sans Frontières, nous avons amené le projet aux portes du Stade Français, qui a un pouvoir pour relayer une information, avoir une fenêtre médiatique très forte. Pas mieux qu’un Stade de France pour ça ! Et même si c’est nous qui le portons, nous sentons aussi que nous sommes suivis : la régie nous a envoyé tous les contacts presse ; le Stade de France est ok, évidemment ; le Stade Français encore plus pour passer un clip et pour que l’on joue tous en orange ; Canal+, qui retransmet le match, nous a prêté ses studios des spécialistes pour réaliser ce clip, ce clin d’œil que Benjamin et moi allons faire. Donc on voit bien que la « chaîne » va assez vite. Quand ce sont pour des choses évidentes, c’est souvent beaucoup moins compliqué qu’on ne le pense. Sur du « one- shot », sur une grosse opération. Ce qui est très compliqué, c’est le quotidien, et ça, ce sont les gens qui sont dans l’association qui le vivent.
Le témoignage de Laurence, c’est quelque chose t’inspire ?
Oui ! Ça donne envie d’aller sur le terrain. Je travaille pour une autre association qui s’appelle « Premiers de Cordée ». On intervient dans les hôpitaux, j’ai amené presque tous les joueurs du Stade en intervention, et ils reviennent chaque fois le cœur et la tête un peu lourds. Le témoignage de Laurence, où il s’agit d’un sport de combat, pratiqué par une femme, dans des pays compliqués… On est assez fiers d’être à ses côtés, c’est assez incroyable de l’écouter, et c’est surtout réconfortant de voir une championne aussi titrée (triple championne du monde), être dans une simplicité et un regard à la vie, comme peu de personnes ont. En tout cas ceux qui sont médiatiques.
Krystel Roche



  