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Boxe : « Avoir rendu des gens heureux, une grande fierté »

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C’est l’automne, bientôt l’hiver… Pour retrouver le sourire, replongeons-nous dans nos souvenirs olympiques du mois d’août. L’été dernier, Sofiane Oumiha a ouvert la moisson de médailles pour la boxe tricolore aux JO de Rio. Avec une breloque olympique en argent décrochée à seulement 21 ans, le Toulousain peut désormais rêver d’un avenir en or.

Le 16 août 2016, Sofiane Oumiha laissait échapper le métal le plus précieux aux JO de Rio. En finale du tournoi olympique, dans la catégorie des poids légers (-60 kg), l’athlète haut-garonnais s’inclinait face au Brésilien Robson Conceiçao. Bien qu’il ait été déclaré perdant à l’unanimité des trois juges, le natif de Toulouse éprouve des sentiments mitigés deux mois et demi après ce combat. « Je suis encore frustré », reconnaît-il. « Sur le coup, j’étais dégoûté ! Il m’a manqué de la fraîcheur, j’étais fatigué, et le Brésilien a été porté par le public. Mais, avec du recul, je ressens beaucoup de fierté. Avant de participer aux JO, je m’étais dit qu’il fallait que je m’amuse et que je ne regrette rien ».

Si le licencié du Boxing Toulouse Bagatelle relativise autant, c’est aussi parce qu’il aurait pu ne pas participer à cet événement. Quart de finaliste des championnats du monde 2015, Sofiane Oumiha n’avait pas pu valider directement son billet pour le Brésil. Il avait obtenu sa place dans la délégation française pour Rio seulement quelques semaines plus tard, après avoir dominé le tournoi qualificatif olympique européen. Pour se hisser en finale du tournoi olympique, l’athlète d’1,68m a réalisé un parcours quasi sans faute. Vainqueur de Teofimo Lopéz par décision unanime des trois juges lors de son premier combat, il a ensuite écarté le Thaïlandais Amnat Ruenroeng en huitièmes de finale. Au tour suivant, c’est l’Azerbaïdjanais Albert Selimov qui est éliminé par le Français. Sa victoire en demi-finale face au Mongol Dorjnyambuu Otgondalai lui assure par la suite de décrocher la médaille d’argent. Lors de l’ultime combat, la salle est logiquement en sa défaveur, soutenant ardemment son adversaire auriverde. « Avant d’entrer sur le ring, je me doutais que le climat serait hostile », confie-t-il. « Le Brésilien est entré sous les acclamations, le sol tremblait. Mais c’est normal que le public soutienne l’athlète local. Malgré tout, cela ne m’a pas effrayé. Je ne me suis pas laissé emporter par le stress ». Après la perte des deux premiers rounds (3-0 à chaque fois), celui qui a commencé la boxe à l’âge de 7 ans a dominé son adversaire dans la troisième reprise (2-1).

« En France, vivre de la boxe n’est pas évident »

À son retour dans la Ville Rose, Sofiane Oumiha est accueilli en rock star. À peine arrivé, il a droit aux « So-So ! So-So ! » d’une soixantaine de fans venue l’acclamer à l’aéroport de Toulouse Blagnac. « À ce moment-là, je n’avais pas encore réalisé l’ampleur de ma performance », indique le sportif issu du quartier du Mirail, et médiateur jeunesse en parallèle à son activité de sportif de haut niveau. « J’ai constaté que j’étais réellement soutenu. Je n’aurais jamais cru pouvoir rendre autant de gens heureux. Aujourd’hui, c’est ça qui fait ma fierté ». Celui qui est devenu le premier boxeur français à atteindre la finale des Jeux Olympiques depuis Brahim Asloum, en 2000, à Sydney, a ensuite enchaîné avec les séances de dédicaces. « La question qui revient le plus fréquemment est : « Comment as-tu fait ? » », enchaîne-t-il. « Je réponds aux jeunes qu’il faut toujours croire en ses rêves et que le travail finit toujours par payer. Surtout dans la boxe, où la valeur travail a peut-être plus de poids que dans d’autres sports. La boxe ne consiste pas seulement à donner des coups, cela nécessite de longues heures d’entraînement ». Le médaillé d’or aux Jeux méditerranéens de Mersin en 2013 s’entraînait, en effet, 5 à 6 heures par jour lors de sa préparation pour les JO.

Depuis son retour dans l’Hexagone, le jeune homme d’origine marocaine n’a pas repris le chemin de la salle. Il prend du repos avant d’envisager les prochaines échéances, à savoir les Jeux méditerranéens l’été prochain, les championnats d’Europe en septembre 2017 et les championnats du monde en octobre. À l’âge de seulement 21 ans, l’avenir semble lui tendre les bras. Pourrait-il marcher dans les pas de Tony Yoka, qui envisage de devenir professionnel ? « Vivre de la boxe n’est pas évident », répond-il. « Je pourrais essayer, mais je ne serais alors même pas certain de pouvoir me nourrir. D’autant plus qu’aucun média important ne diffuse de boxe à l’heure actuelle en France. Après, ce sport est en pleine renaissance. Peut-être que certaines chaînes vont se pencher sur la question. » En attendant de remonter sur le ring, le poids plume s’entretient en pratiquant le rugby. Il a repris une licence au Toulouse Université Club, l’endroit même où il avait commencé ce sport à l’âge de 7 ans. « J’avais arrêté le ballon ovale en 2012, pour me lancer dans l’aventure olympique », conclut Sofiane. « C’est un vrai plaisir d’avoir pu reprendre. Peut-être que je devrai arrêter la boxe si le sélectionneur du XV de France me convoque ». (rires)

« Tous les arbitres de Rio écarté »

Le 6 octobre dernier, les 36 juges et arbitres ayant officié aux Jeux de Rio ont été écartés par l’Association internationale de boxe amateur (AIBA). Celle-ci a accepté de diligenter une enquête après les critiques survenues au cours de la compétition. « Les juges sont corrompus, c’est aussi simple
que ça », avait déclaré l’Irlandais Michael Conlan suite à sa défaite face au Russe Vladimir Nikitin. Le sacre chez les lourds d’Evgeny Tishchenko, face à Vassiliy Levit, avait également été controversé. Le Russe avait d’ailleurs été copieusement sifflé par le public lors de la remise des médailles. « Il a été décidé que l’intégralité des 36 juges et arbitres présents aux JO de Rio ne pourra plus officier lors de compétitions AIBA jusqu’à la conclusion de l’enquête », a fait savoir l’instance internationale, recommandant au passage que le choix des officiels se fasse au hasard, afin d’assurer plus de transparence.

 

Arnaud Lapointe

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