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Laura Flessel : « Le sport-santé est un enjeu majeur pour notre pays »

Manuel Blondeau / Icon Sport

La ministre des Sports expose le projet de son ministère en matière de sport-santé, dont l’ambition est de recruter 3 millions de nouveaux pratiquants d’ici la fin du quinquennat.

 

Quels sont les objectifs du gouvernement en matière de sport-santé ?

Nous partons d’un constat préoccupant : l’inactivité et la sédentarité progressent en France. 10 millions de personnes sont en affection de longue durée (ALD), 3 millions souffrent de diabète. Alors qu’actuellement 55 % des Français ne pratiquent pas d’activité physique, le président souhaite qu’il y ait 3 millions de pratiquants supplémentaires d’ici la fin du quinquennat. Or, il existe sur le terrain de belles initiatives. En 2012, un plan national de nutrition santé a intégré déjà un volet sport-santé, doté d’un début de financement (participation du ministère des Sports, du CNDS et des Agences régionales de santé). Pour sa part, le CNDS apporte 10 millions d’euros par an sur le soutien au sport-santé. Nous travaillons aujourd’hui en mode interministériel : une mission d’inspection, lancée par le ministère des Sports et celui de la Santé, permettra la réalisation d’un état des lieux qui nous donnera une vision globale en matière de sport-santé. La démarche consiste à recenser sur le terrain les offres d’activités sportives et d’activités adaptées, puis à identifier ce qui devrait être développé. Vouloir toucher 3 millions de pratiquants supplémentaires, cela signifie aussi réfléchir à la formation des éducateurs sportifs. C’est un enjeu de société majeur, dont le président Macron parlait déjà pendant la campagne électorale. Il s’agit d’un défi à l’avant-veille des Jeux de 2024.

Pouvez-vous nous décrire ce qui existe déjà dans ce domaine ?

On ne part pas d’une feuille blanche, puisque des programmes précurseurs, mis en place par des professionnels du sport et de la santé attachés au message du sport-santé, s’adressent déjà par exemple aux seniors, aux personnes souffrant de diabète ou de cancer, mais restent circonscrits à des expériences locales. Le sport a été précurseur dans ce domaine, il n’est pas uniquement synonyme de festivités ou de matchs de 90 minutes, il recouvre l’intérêt général. À Marseille, le programme Rebond, de coaching mental et sportif, pour les patients à l’issue d’une chimiothérapie lourde, permet de reprendre goût à la vie après le traitement. À Toulouse, l’initiative Riposte aide les patientes opérées d’un cancer du sein à retrouver souplesse et mobilité des épaules et des bras grâce à la pratique de l’escrime. Je peux également citer le Défi Forme à La Courneuve ou des initiatives en canoë-kayak, randonnée pédestre… Aujourd’hui, nous réfléchissons à d’autres financements, certaines mutuelles de santé sont partantes, ainsi que des collectivités locales, à l’image de Strasbourg où la municipalité est impliquée depuis des années. Nous pensons également à des acteurs privés. Nous multiplions les rencontres avec les députés et les sénateurs pour avoir une réponse sur le terrain.

Comment s’articulera le dispositif ?

Le dispositif repose sur la validation et la démultiplication de l’offre à l’échelon national. Nous disposerons d’un référentiel cohérent, afin d’informer les médecins qui sont désormais habilités à prescrire du sport sur ordonnance. Le pilier du dispositif sera la création de 500 Maisons du sport-santé, en priorité dans les quartiers populaires. Des espaces de vie et de rencontres pour les personnes éloignées de toute pratique. Par exemple, une personne en obésité morbide sévère, à qui l’on a prescrit une activité physique par ordonnance, n’ira pas dans une salle de fitness. Elle a besoin d’empathie, de temps et d’accompagnement selon ses propres priorités. En fin de cycle (9 à 12 mois), les clubs et associations pourront recevoir cette population encore fragile ; il faut donc travailler avec les fédérations sportives pour former les coachs. À population spécifique, encadrement spécifique. Nous espérons que le patient deviendra pratiquant. Le budget du ministère pour cette mission s’élève à 10 millions d’euros.

En quoi consistent les « living labs » ?

Notre volonté est de mêler recherche et accompagnement humain au cœur d’un projet sportif. Nous souhaitons répliquer dans le milieu du sport les « living labs », ou laboratoires vivants, qui existent en milieu hospitalier ou dans des structures médico-sociales. Dans ce lieu, médecins, éducateurs sportifs, patients et pratiquants réfléchissent au développement de pratiques, de nouveaux outils (connectés, réalité augmentée) et de nouvelles activités physiques à proposer. On enrichit, on développe, on teste, à l’image de ce qui se fait dans le milieu des start-up. C’est un état d’esprit à développer, en co-construction. Nous allons ainsi redonner de la puissance au sport, levier qui touche le social, la santé, l’économie… Dans quatre semaines, nous lancerons un appel à manifestations d’intérêt, à destination des collectivités locales, des clubs, des CREPS ou des équipes porteuses de projets. Toutes les disciplines sportives sont concernées. 100 000 euros de subvention d’ingénierie seront attribués pour chaque pré-projet. L’appel à projet aura lieu début 2019, suivi des premiers travaux. La loi Sport et société, que nous projetons pour 2019, comprendra un volet sport-santé. « La France qui bouge », dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron, c’est aller chercher 3 millions de nouveaux pratiquants. « La France en pleine forme » concerne la population en souffrance ou éloignée des lieux de pratique. L’un alimente l’autre, les deux domaines ne sont pas étanches.

Le sport-santé concerne-t-il d’autres domaines ?

Nous nous intéressons aussi à ce qui se passe dans l’entreprise ou à l’université. Une mission avec l’OCDE, attendue fin 2018, doit mesurer l’impact économique de l’activité physique : lutte contre l’absentéisme en entreprise, dépenses de Sécurité sociale au niveau européen… On peut affirmer que l’activité physique est bénéfique pour la santé, mais nous voulons aussi mesurer précisément quelles économies elle génère. À l’université, nous ambitionnons de faire passer la pratique de 5 % à 20 %, car les étudiants d’aujourd’hui sont les cadres de la France de demain, qui devront résister au stress au travail. Nous souhaiterions par ailleurs que le sport-santé et la prévention intègrent les programmes d’études, du bac pro jusqu’à l’université. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a annoncé que les étudiants en médecine devraient tous faire un service sanitaire de trois mois sur la prévention, notamment sur les bienfaits de l’activité physique.

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Propos recueillis par Marianne Quiles

 

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