
Xavier Eschbach est l’entraineur fédéral de la ligue Franc-Comtoise en charge du pôle espoir de Besançon. Il est aussi l’ancien entraineur du club de Dole où est licencié le jeune Baptiste Daubigney, champion de Franche-Comté le weekend dernier pour la neuvième fois consécutive en 15-16 ans et pensionnaire du pôle France de Boulouris.
Pouvez-vous nous faire un état des lieux du Tennis jeune Franc-Comtois ?
Xavier Eschbach : En Franche-Comté, les enfants sont entrainés par groupe avenir dans les clubs. Les conseillers sportifs départementaux, gardent un œil là-dessus. Ils ont un rôle de détection et certains enfants, de 6 à 11 ans, sont choisis pour s’entrainer dans les groupes avenir régionaux. A 11 ans, si tout marche bien, mais les places sont chères, ils peuvent intégrer le pôle espoir franc-comtois à Besançon. A ce niveau, les jeunes sont déscolarisés et s’entrainent 20h à 21h par semaine jusqu’à la 3ème. Au-delà, ils peuvent, par exemple, rejoindre l’AFCAP à Sochaux/Montbéliard où évoluent, entre autres, des jeunes classés au très haut niveau français. Ces pôles ce sont les antichambres des pôles France et de l’INSEP.
Voyez-vous une amélioration du niveau chez les jeunes francs-comtois depuis la mise en place de ces pôles ?
X. E : Il y a toujours eu, en Franc-Comté, des joueurs assez bons mais souvent isolés, peu encadrés. Un bon élément émergeait tous les 3-4 ans. Là on commence à dire que le niveau global augmente. On est maintenant apte à garder nos joueurs qui avaient pour habitude de partir dans des régions voisines plus en avance dans la formation.
Vos jeunes ont tous pour ambition de passer professionnels ?
X. E : Ils ont toujours le rêve d’aller plus haut. On essaie de leur dire de faire attention, que les classements doivent se réactualiser tous les ans, à chaque étape. Il faut être juste. Au départ, ce sont les parents et les familles qui poussent puis de championnat en championnat, de titre en titre, ils deviennent eux-mêmes ambitieux et voient plus haut. Mais c’est un objectif très compliqué à atteindre. On ne cherche pas non plus à casser les rêves mais on les réajuste.
A partir de quel âge savez-vous s’ils peuvent vraiment en faire leur métier ?
X. E : En tennis, il y a un système de classement assez compliqué fait de 5 séries : Non classé, 4ème, 3ème, 2ème et 1ère série. A l’intérieur de ces séries un système de handicap. C’est en regardant leur classement par rapport à leur âge qu’on sait s’ils ont le niveau. Pour les filles, on doit être à un handicap -2/6, -4/6 entre 15 et 16ans. C’est à peine plus tardif pour les garçons.
Parlons de Baptiste Daubigney, (16 ans, 2ème série, handicap 0). Contacté un peu plus tôt le président de son club de Dole, René Geley, m’a dit de lui : « C’est le mieux classé du club, même si il a connu une année difficile ». Qu’en pensez-vous, connait-il vraiment une année de moins bien ?
X. E : L’année dernière a déjà été compliquée, surtout le premier semestre. Il a quand même passé son année mais sans faire un bond en avant. Cette année, pour la première fois, il est confronté au tennis international. En France il tient sa place dans les 10 premiers, mais à l’international il ne passe quasiment pas. Il n’a pas encore trouvé son sommet en terme de classement. Cette année il se retrouve, il a un bon gabarit, il est sérieux aux entrainements, mais à ce stade il faut quelque chose de plus.
Pensez-vous qu’il a le niveau pour devenir professionnel ?
X. E : Il a deux, trois collègues qu’il battait il y a encore 4 ans, qui sont passés nettement devant lui. Certains ont même rejoint INSEP. Cela dit, il peut encore se récupérer, à l’instar d’un Simon qui était à ses débuts loin derrière Gasquet et qui est maintenant devant. Mais c’est UN cas ! Il faudrait que d’ici à ses 18 ans, il passe en handicap -15 ou -30. On en a déjà parlé ensemble ; même s’il n’arrive pas à entrer dans les 50 ou 100 mondiaux, il aura le niveau pour être dans le système pro, type tournois Challenger.
Propos recueillis par Marlène Pansard