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Pro A : L’Elan Chalon plus qu’un outsider

Pro A : L’Elan Chalon plus qu’un outsider
Date : jeudi 12 avril 2012
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L’Elan Chalon réalise une saison pleine et s’affirme comme un candidat très sérieux pour le titre de champion de France. Le club bourguignon a déjà fait étalage de tout son talent en remportant la Semaine des As au mois de février. Gregor Beugnot, entraîneur charismatique de Chalon, s’est longuement confié à SPORTMAG. Avec passion et simplicité.

Les propos de Gregor Beugnot sont tirés d'une interview accordée à notre magazine SPORTMAG. Vous pouvez retrouver cet entretien dans les colonnes de SPORTMAG n°43, actuellement en kiosque (le plus près de chez vous) ou dès maintenant en version numérique en cliquant ici.

SPORTMAG : Gregor, est-ce que vous êtes surpris par la saison de votre équipe ?
Gregor Beugnot :
Honnêtement, oui, par rapport à la projection que l'on se faisait la saison dernière de notre équipe, dans le sens où, si l’on a fait autant d'efforts pour conserver notre effectif - on a conservé neuf joueurs sur dix -, c'est qu'on espérait que notre équipe puisse évoluer pour jouer le titre de champion de France et rivaliser avec les meilleures équipes du championnat. Surpris, oui, parce que c'est quand même venu relativement vite. Tout passait par l'évolution de nos jeunes joueurs, et en trois, quatre mois, j'ai eu une évolution tant psychologique que technique et physique. On n'a plus été une équipe qui était « faite » de cinq joueurs très prolifiques, trois en devenir et deux porteurs d'eau, on a vraiment été une équipe complète. Et ce, même si l’on a été un peu handicapé en début de championnat parce que Steed Tchicamboud n'avait pas fait la préparation avec l'équipe. Un mois après, la mayonnaise a commencé à prendre, par rapport à l'évolution qu'on souhaitait de cette équipe, qui avait déjà montré qu'on pouvait compter sur elle, puisqu'on avait gagné la Coupe de France et été en finale des As. Si l'évolution se faisait au niveau de notre jeu, si l'équipe évoluait défensivement, oui, on pouvait monter dans la hiérarchie française. Aussi vite, honnêtement, ça a été une grosse surprise.

L’Elan est sur une dynamique exceptionnelle en Pro A. Et avec votre succès lors de la Semaine des As, vous êtes les favoris pour le titre...
Oui, oui, et on a annoncé la couleur ! On a dit qu'on jouait le titre avant la Semaine des As. Pourquoi ? Justement pour que les gens n'aient plus un regard vis-à-vis de Chalon de petite équipe qui fait un bon petit parcours et qui va s'essouffler à un moment ou un autre, et retomber dans le ventre mou du championnat. On a envie que nos adversaires prennent conscience qu'on a une belle équipe, que les médias, le corps arbitral, nos supporters commencent à se mettre en tête qu'on peut jouer le titre. On ne l'aura peut-être pas, ce n'est pas le problème, mais on a cette volonté d'y arriver, et, surtout, que nos joueurs, psychologiquement, se préparent à être une équipe qui va devoir mettre tout en œuvre pour battre ses rivaux parce qu'elle a annoncé la couleur. Pas comme l'année dernière, où l’on faisait office d'outsider systématiquement. Se mettre dans la peau d'un outsider ou dans celle d'un favori, il y a une approche psychologique différente. C'est pour ça qu'on annonce la couleur avant les matches, depuis le match contre Orléans chez nous (victoire 94-62 le 11 février dernier). Pour que l'équipe dise : « A un moment, on ne peut plus se cacher. Il faut travailler plus, assumer ce statut, et avoir une débauche d'énergie supplémentaire sur le terrain. »

« De plus en plus de belles équipes en France »

Etes-vous surpris par les difficultés de Cholet et Nancy, les deux derniers finalistes du championnat ?
Oui et non, sans focaliser sur ces deux équipes-là. Il y a deux ans, nous, on jouait pour ne pas descendre. Aujourd'hui, quelques erreurs de recrutement, un joueur majeur blessé ou une alchimie qui ne se fait pas... le championnat est tellement dense qu'on tombe vite dans le ventre mou. Et quand vous êtes là, vous avez autant de chances de jouer les play-offs que de jouer le maintien. Ça tient à pas grand-chose, on l'a vu il y a deux ans, et ça pend au nez de tout le monde. Regardez les grosses équipes des années 1990-2000, elles sont en Pro B. C'est le problème de ce championnat de France, où il y a de plus en plus de belles équipes. Alors, peut-être qu'il nous manque une ou deux locomotives, comme c'était le cas à l'époque, pour jouer les Coupes d'Europe, mais c'est dû à un manque de moyens financiers. Par contre, le ventre mou et les dernières équipes ont énormément progressé.

« Le leitmotiv du début d'année, c'était évolution des jeunes, évolution défensive de l'équipe »

Un mot sur vos jeunes, Joffrey Lauvergne, Nicolas Lang et Jordan Aboudou, qui prennent du volume...
La particularité à Chalon, c'est qu'on a besoin, à cause de l'absence de moyens financiers par rapport aux grosses cylindrées, de compléter notre effectif par des jeunes. On leur donne la possibilité de jouer quand ils ont une certaine forme de maturité. Parce que ce n'est pas pour les faire jouer quand il y a 30 points d'avance ou 30 points de retard, c'est pour les faire jouer en match, avec la pression du résultat, avec des circonstances difficiles. C'est à eux de ne plus être des éternels espoirs, mais des joueurs confirmés. On n'est pas déçu, car ils ont su par leur travail, à travers la croyance que l'équipe avait en eux, à travers leur volonté de jouer, ne jamais se contenter du niveau qu'ils avaient. Depuis deux ans, de mois en mois, ils évoluent. Et ça, c'est très bien, car beaucoup de joueurs ont tendance à se satisfaire de ce qu'ils sont. A Chalon, ils n'ont pas un rôle bâtard dans l'équipe, ils doivent avoir une rentabilité complète dans tous les registres du jeu. On n'est pas surpris par ce qu'ils font, mais par la vitesse à laquelle ils progressent, ça oui, je vous le confirme. Ce sont de bons jeunes, de bons basketteurs, et humainement des gens très intéressants aussi. Psychologiquement, ils sont beaucoup plus stables que certains.

L’Europe, avec l’EuroChallenge, vous a procuré de belles sensations. Dans un match contre Alost, vous étiez menés 19-45 à la 17e minute, avant d’inverser la tendance et de l’emporter 87-72. Quelle force de caractère !
Oui, c'est la qualité de cette équipe de Chalon. Elle peut, en étant fatiguée ou en n'ayant pas l'investissement nécessaire au début d'un match, se remettre complètement en question à la mi-temps et tout mettre en œuvre pour gagner. C'est certainement un match qui a été déclencheur de leur confiance dans le potentiel de l'équipe, parce que c'est vrai que c'est assez rare de faire un truc comme ça. Et curieusement, derrière, on a commencé à monter en puissance, surtout défensivement. On en a eu la confirmation en battant Orléans chez nous, et on a eu besoin de ça pour gagner la Semaine des As. Rappelez-vous le premier match de la Semaine des As, on est 16 points derrière Paris-Levallois après le premier quart-temps. Et c'est la défense qui nous permet de revenir dans le match. Le leitmotiv du début d'année, c'était évolution des jeunes, évolution défensive de l'équipe.

« Il faut de la nouveauté, de l’évolution »

Vous êtes au club depuis 9 ans. Vous n’éprouvez aucune lassitude ?
C'est le problème des coaches, et pas forcément une question de durée. Il faut une remise en question à la fin de chaque saison. Il ne faut pas se contenter de ce que l'on a. Quand vous restez longtemps, votre message a tendance à moins bien passer car les gens y sont habitués. Il faut de la nouveauté, de l'évolution. C'est à chacun de le faire, de se prendre en charge et d'avoir de nouvelles ambitions tous les ans.

Vous avez participé avec les joueurs à un court-métrage, « Respecte le tri », pour sensibiliser les gens au tri sélectif. C’est important de profiter de votre notoriété pour faire passer des messages ?
Oui, au niveau national, l'information a été relayée. Quand vous êtes dans des équipes sportives, en général, vous avez ce rôle-là. Dans une ville de moyenne importance comme Chalon, c'est bien évident qu'on a énormément œuvré. Il y a quatre ans, on avait déjà fait un film, « respecte le bus ». On va dans les maisons de quartier tous les ans, on invite les jeunes en difficulté... Si on peut renvoyer l'ascenseur, c'est bien de faire passer un message. En plus, on a un groupe assez sain, qui intervient naturellement lors de ces opérations. Les joueurs sont abordables, et cela fait partie des obligations des joueurs professionnels et des entraîneurs.

Propos recueillis par Simon Bardet

 
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