
L’ASM Clermont Auvergne a rendez-vous avec son Histoire dimanche. Les « Jaunards » joueront leur quart de finale de H Cup à Vicarage Road, contre les Saracens. Un stade de la compétition qu’ils n’ont encore jamais franchi. Le deuxième ligne Julien Pierre, à l’ASM depuis 2008, aborde cette rencontre, avec la perspective de recevoir en demi-finale le 28. Et si c’était l’année de Clermont ?
Les propos de Julien Pierre sont tirés d'une interview accordée à notre magazine SPORTMAG. Vous pouvez retrouver cet entretien dans les colonnes de SPORTMAG n°43, actuellement en kiosque (le plus près de chez vous) ou dès maintenant en version numérique en cliquant ici.
Julien, on se souvient de votre victoire face à Toulouse lors de la 19e journée de Top 14 (35-5). Faudra-t-il s’en inspirer pour franchir l’obstacle anglais ?
Le Top 14 est totalement différent de cette compétition qu’est la H Cup. La Coupe d’Europe demande énormément d’investissement et de débauche physique. Contre Toulouse, on avait à cœur de faire un gros match, de gagner, et de confirmer à domicile. Même si l’absence des internationaux a peut-être pesé dans la balance (huit absences à Toulouse, six à Clermont). Ce fut aussi une bonne opération au classement car Toulon revient vite derrière. Ça donne envie de continuer, même si ce n’était qu’un match de championnat.
Quelles sont les forces du groupe cette saison ?
Il y a un groupe très riche, avec de la concurrence à toutes les lignes. Il y a un effectif énorme, avec des internationaux partout, et des mecs qui ont envie de bosser les uns avec les autres. On veut avancer tous ensemble. Le staff et l’équipe dirigeante ont mis en place une philosophie qui fait ses preuves depuis six ans : du travail, de la rigueur, et l’envie de gagner par dessus tout.
Estimez-vous ce groupe clermontois capable de jouer les deux tableaux jusqu’au bout cette année ?
Il y a un groupe qui travaille bien, avec un super état d’esprit. Il ne lâche jamais rien, et il reste toujours compétitif malgré les turn over successifs. On a vraiment tous envie de gagner et de bien faire. Ça, c’est déjà génial. Maintenant, savoir si on peut aller au bout… Se qualifier pour les quarts de finale de la H Cup est déjà une belle étape. On sait que c’est très difficile. Ce quart est dans nos têtes depuis plusieurs mois. Et le fait d’être dans les deux premiers du championnat est un poids en moins, car cela nous libère du stress que l’on peut parfois accumuler en Top 14. On a envie de faire une grande saison.
Quel bilan avez-vous fait de la phase de groupe (2e derrière Ulster, quatre victoires pour deux défaites) ?
On n’a pas forcément tiré de bilan. On est simplement content d’être sortis de cette poule. Ulster et Leicester étaient deux gros morceaux. Ulster m’a vraiment impressionné. On a perdu deux matches à l’extérieur (à Ulster 16-11, à Leicester 23-19) sur des bêtises. Ça s’est joué à pas grand-chose. On fait des erreurs sur des schémas que l’on avait travaillés avant. Le haut niveau ne pardonne pas, et si l’on fait ce genre de fautes sur le quart de finale, on passera au travers. Il faut gommer ces petits défauts si on veut passer.
D’autant que cette compétition européenne est le seul titre qui manque au palmarès de l’ASM…
On a envie de marquer l’Histoire du club par un gros parcours en Coupe d’Europe. Pourquoi pas aller jusqu’au titre. C’est ce qui manque au club, qui n’a fait que des quarts de finale (2000, 2002 et 2010). On a envie de rentrer dans l’Histoire de la H Cup. C’est une compétition très dure mais tellement belle. On a presque fait le plus difficile en sortant de notre poule. Maintenant, ce ne doit être que du bonheur, que du plaisir, même si ce quart de finale reste un match couperet.
A ce titre, le discours des dirigeants est-il différent lorsqu’il s’agit d’aborder la H Cup ?
Non, il n’y a pas de discours particulier. On veut juste gagner et le club a raison d’afficher ses ambitions, de vouloir remporter des titres, même les plus difficiles à conquérir. Nous, les joueurs, on veut inscrire notre nom sur cette Coupe.
« Ça n’arrivera pas tous les ans… »
Et cela passe par une performance en Angleterre. Jamais facile d’aller faire un résultat en terre britannique…
Jouer à l’extérieur est toujours plus compliqué. On le sait. On n’est pas dans notre stade, on perd nos repères, on n’a pas nos supporters, même si beaucoup d’entre eux feront le déplacement et feront du bruit en Angleterre. On sait que c’est important pour eux aussi. Maintenant, on est prévenu. Si on se qualifie, ce sera d’autant plus beau.
La perspective d’accueillir la demi-finale à Marcel Michelin devrait cependant vous motiver…
On y pense aussi ! Ça n’arrivera pas tous les ans de pouvoir accueillir un match (contre Leinster ou Cardiff) avec la perspective de jouer une finale de Coupe d’Europe derrière. On n’a pas envie de passer à côté de ce quart de finale. Il ne faudra rien laisser au hasard.
Que connaissez-vous de cette équipe des Saracens ?
Ils possèdent beaucoup de Sud Africains très talentueux, à l’image de leur talonneur John Smit (111 sélections en équipe nationale, 40 points marqués). C’est une équipe très dynamique, très joueuse et toujours bien placée en Ligue anglaise (elle est championne d’Angleterre en titre). On a regardé notamment ce qu’ils avaient fait à Biarritz (défaite 15-10). C’est la mentalité anglaise, même s’il y a beaucoup d’étrangers. Il faudra bien se préparer quoi (rires) !
La préparation d’un match d’une telle importance est-elle différente de celle que vous pratiquez le reste de la saison ?
Non, pas spécialement. On va faire un peu de physique, de la vitesse, pour être en forme le jour j. On s’attend à un match d’une grande intensité, il va falloir être prêt. L’enjeu en lui-même suffit pour que l’on soit à 100 % le moment venu.
Se dit-on que c’est peut-être l’année ou jamais pour enfin remporter cette compétition ?
J’ai envie de croire qu’il y aura bien une équipe capable de la remporter un jour. Mais c’est vrai que la H Cup, c’est ce qui se fait de mieux. On sait que l’on peut faire quelque chose. Pouvoir la jouer est déjà formidable, être champion de France aussi, mais quand on est joueur de haut niveau le rêve est de pouvoir être champion d’Europe. Je n’y ai encore jamais goûté. À titre personnel et à titre collectif, j’aimerais vraiment connaître ça !
Propos recueillis par Victor Guilloteau