Perle Bouge : « Tant que je suis performante, je continue »
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Perle Bouge : « Tant que je suis performante, je continue »

FFAviron / Lionel Piquard
Médaillée d’argent aux Jeux paralympiques de Londres en 2012 et de bronze à ceux de Rio en 2016, Perle Bouge est depuis plusieurs années la meilleure rameuse française d’aviron handisport. Entretien avec la championne de 40 ans.

 

En 1997, votre vie a basculé après un accident de moto…

Oui, j’allais au ciné et je me suis fait couper la route par un jeune en voiture qui n’a pas respecté une priorité. J’avais à peine 20 ans à l’époque. J’ai alors été transférée à l’hôpital, avant d’aller en centre de rééducation. Heureusement, j’ai pu continuer ma scolarité et compter sur la présence de ma famille pour me soutenir. J’ai relativisé en voyant que des gens avaient des handicaps beaucoup plus graves que le mien. J’avais frôlé la mort, mais j’avais encore la chance d’être en vie. Le sport m’a aidée à me reconstruire.

À quel moment avez-vous pris la décision de vous mettre au handisport ?

En 2001, j’ai découvert le basket fauteuil en centre de rééducation. Auparavant, je faisais déjà beaucoup de sport en valide. Intégrer un club handisport m’a rassurée : entre coéquipiers souffrant de handicaps, on se comprend forcément plus facilement. Jusqu’à l’année 2009, j’ai joué au basket au haut niveau. Avec l’équipe de France, la non-qualification pour les Jeux paralympiques 2008 de Pékin a été compliquée à digérer. Je plafonnais…

Comment vous êtes-vous tournée vers l’aviron ?

Dans le cadre de mon métier, à savoir cadre technique et sportif auprès de la Fédération française handisport (FFH). En 2008, le club de l’Aviron bayonnais m’a demandé de voir si son activité était accessible aux gens en situation de handicap. J’ai découvert ce sport de cette façon. Un cadre technique à la Fédération française d’aviron m’a ensuite contactée pour me demander si je voulais en faire. Après un test sur rameur, je réalisais déjà une meilleure performance que la championne de France. Puis, on m’a demandé de trancher entre le basket et l’aviron pour pouvoir partir sur un projet paralympique. La Fédération française d’aviron a mis un bateau à ma disposition, ce qui a pesé dans la balance au moment de faire le choix.

« Je procède étape par étape »

Votre palmarès est aujourd’hui bien garni. De quel(s) titre(s) êtes-vous la plus fière ?

De mes médailles paralympiques, car il s’agit de titres qu’on garde durant 4 ans. Sinon, je citerai ma première Coupe du monde avec mon binôme Stéphane Tardieu, ainsi que ma médaille de vice-championne du monde en Nouvelle-Zélande, en 2010. C’était le tout le début de l’aventure !

Quels sont vos prochains objectifs à atteindre ?

Les championnats du monde, du 11 au 16 septembre prochain en Bulgarie. Cette fois, ce sera en solo. En individuel, j’ai déjà fait une régate internationale en mai dernier. Comme mon partenaire a choisi d’arrêter, je veux me prouver que je peux réaliser des performances similaires en étant seule. À plus long terme, il y aura les Jeux paralympiques de Tokyo en 2020. Mais c’est encore loin, je procède étape par étape.

« Renforcer les relations entre l’olympisme et le paralympisme »

Vous faites partie de la commission des athlètes, une instance de 18 sportifs présidée par Martin Fourcade qui travaille à la préparation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Comment travaillez-vous au sein de celle-ci ?

Nous avons déjà effectué une première réunion à la cité du cinéma. Chacun a évoqué des thématiques. Moi, je voudrais que les relations entre l’olympisme et le paralympisme soient renforcées. Qu’il y ait par exemple des bénévoles en situation de handicap sur les JO, plus d’échanges et d’interactions entre ces deux « milieux ».

En tant qu’athlète, vous évoluez sous l’égide de la Fédération française d’aviron, et non sous celle de la Fédération française de handisport. Quelles sont les principales différences pour vous ?

La FFH est une fédération multisport. Elle n’est donc pas organisée comme une fédération unisport. Le budget n’est pas géré de la même manière, les choix stratégiques sont différents. La FFH a l’expérience du handicap, on ne peut pas la lui enlever. Quant à la fédération d’aviron, elle dispose d’une certaine expertise dans son domaine.

« Il faudra savoir arrêter au bon moment »

Jusqu’à quel âge comptez-vous poursuivre le sport de haut niveau ?

Tant que l’envie, le plaisir et la motivation seront là. Tant que je suis performante, je continue. Si je m’aligne aux Jeux paralympiques de Tokyo dans 4 ans, ce sera pour aller chercher une médaille. Il faudra savoir arrêter au bon moment.

Votre métier vous permet d’adapter votre emploi du temps à la pratique du sport de haut niveau…

Mon métier de CTS (conseiller technique et sportif), au Comité Régional Handisport Nouvelle-Aquitaine, m’apporte énormément au niveau relationnel. Dans ma lettre de mission, je dispose de temps pour pouvoir me libérer et m’entraîner. Sur une année de Jeux paralympiques, par exemple, je suis détachée environ six mois avant le début de la compétition.

Sa bio express :

40 ans – Née le 1er décembre 1977 à Rennes (Ille-et-Vilaine)
Spécialités : skiff et deux de couple mixte
Club : Aviron Bayonnais (depuis 2009)
Palmarès en deux de couple mixte : Vice-championne paralympique (2012), médaille de bronze paralympique (2016), vice-championne du monde (2010, 2011, 2013, 2014), médaillée de bronze aux championnats du monde (2015)
Palmarès en skiff : Championne de France (2010, 2011, 2012)

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Arnaud Lapointe

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